Françoise Henry, finaliste du prix Femina a obtenu de nombreux prix littéraires dont le prix Charles Exbrayat 2009 pour « Juste avant l'hiver ». Comédienne, elle joue et écrit des pièces pour France-Culture et France-Inter. Son nouveau roman, sorti il y a quelques semaines aux éditions du Rocher nous a vraiment séduit. On explique pourquoi de suite : 

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«  Toi, tu restais le petit Loïc. C’était ainsi qu’elle t’avait mis, puis si tôt laissé au monde, la belle Nadine : petit. Longtemps cet adjectif te collerait à la peau et au prénom, alors que tu devenais grand et dégingandé comme ton père – toujours resté maigre car l’alcool, au lieu de gonfler les chairs, parfois au contraire les étrangle, les étrique, les suce. Et même si les gens, te voyant si grand et décharné, ne pourraient plus dire « le petit Loïc », sans que cela  franchise leurs lèvres ils le penseraient toujours. »

 Un petit hameau, près d’un petit village, Greta la voisine nous raconte l’histoire de la belle Nadine et du tendre Augustin heureux parents du petit Loïc.

Un bonheur tout neuf, un peu marginale, la belle Nadine, qui a décroché un CAP de coiffeuse, préfère, et c’est plutôt mal vu dans le bourg, ne rien faire, une situation qui ne semble pas déranger Augustin qui vient de se mettre à son compte comme artisan plombier.

Mais souvent chez les « mal partis » le destin s’acharne.

Triste enfance, triste adolescence, triste début dans la vie, le fatum atavique du petit Loïc semble tout tracé.

Une belle et tendre douceur empathique enveloppe le roman de Françoise Henry.

«  Vous vivez ensemble tous les deux, vous faites votre cuisine, entretenez votre jardin, vous devenez un drôle de couple un peu cabossé par la vie : pour l’instant on n’y voit que du feu. On croit que tu vas sauver ton père de la dégringolade. »

Terrible constat d’un déterminisme social, entre Edouard Louis et Marie-Hélène Lafon, l’écrivaine trouve les mots justes pour nous faire ressentir les frustrations, les hontes et les craintes des gens de peu.

L’histoire d’un abandon et d’un espoir dans un petit coin de France triste, un très beau roman débordant d’humanité.

Françoise Henry – Loin du soleil – Editions du Rocher – 17 € 90