L'an dernier, en interviewant la chanteuse Clio, on était tombé sous le charme. Ce mélange de détachement et de sensibilité nous avait profondément happé...

Cette année, nouvelle interview, liée à la sortie de son très beau troisième album, et le charme reste totalement intact, Clio étant toujours autant humble et singulière  comme vous allez vous en rendre compte. :

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  Baz'art : Bonjour Clio ,  j'avoue être très heureux de vous retrouver tout juste un an après notre premier échangeA cette époque-là, on était en plein confinement, un peu comme maintenant du reste,  et vous m’aviez dit que cette période était profitable pour vous donner le temps d'écrire un tas de nouvelles chansons. Ce sont toutes ces chansons que l’on retrouve dans ce formidable troisième album ?

Clio : Oui, en grande partie, une bonne majorité des morceaux qui sont sur "L'amour hélas" ont été créés l'an dernier…

En même temps, ce confinement, je l’ai passé en famille dans la campagne byzontine où je vis depuis que j’ai quitté Paris ; on peut donc dire qu'il aura surtout été l’occasion d’élever mes deux petits garçons en bas âge…

C’était donc une période un peu hors de tout, une plongée dans le quotidien des couches et des nuits agitées, donc en même temps  c'était idéal pour m’évader dans l’écriture et la composition.

Les plages de création m’embarquaient ailleurs et me semblaient particulièrement bienvenues....(rires) .

 Baz'art :  Justement, j’ai remarqué, que contrairement à pas mal d’artistes, vous n’avez jamais eu l'envie d'écrire sur la maternité et sur la joie d'avoir des petits bouts de choux…Est- ce justement parce que c’est trop proche de votre quotidien et que vous préférez vous évader avec de belles chansons d’amour romanesques et passionnées ?

Clio : En fait, si,  j’ai composé,il y a deux ans environ,  un morceau sur les perturbations de la vie quotidienne qu’occasionne  l’arrivée d’un enfant.

Un sujet que je connais pas mal, même si ce n’était pas non plus un titre totalement autobiographique..  C’est un morceau que j’ai joué quelquefois sur scène. Je l'aime bien, mais je n'ai jamais eu trop envie d'intégrer dans un disque, je trouve qu’il a plus sa place sur scène …

Mais oui, globalement, il est vrai que je préfère m’affranchir de mon quotidien un peu trop concret pour m’amener un peu ailleurs, c’est quelque chose d'assez instinctif et naturel, il me semble.. 

 Baz'art :  Et "ailleurs", pour vous, c'est  forcément et exclusivement la relation amoureuse. L’an passé, je vous avais gentiment taquinée sur votre propension à ne chanter que sur  les affres de l’amour. Là, non seulement, vous en rajoutez une couche avec 10 chansons d'amour sur 10 et en plus vous l’assumez largement avec le titre de cet album et la chanson qui le clôture. Un titre dans lequel vous reconnaissez humblement ne savoir que faire cela, malgré les injonctions à faire autre chose des gens qui vous le reprochent. Mais, d’ailleurs, est-ce qu’on vous le reproche tant que cela ou c’est vous-même qui les anticipez les éventuelles critiques sur vos chansons 100% sentimentales ?

Clio : Ce genre de remarques, j'en ai eu quelques fois, un petit peu, mais pas tant que cela, c’est vrai ( sourires)….

C’est plutôt moi qui me met un peu la pression, je me dis parfois :  « Allez on va quitter mes petites bluettes  toutes légères de gens qui s'aiment et s'aiment plus et on va tenter d’aborder un autre sujet plus sérieux » mais en fait, cela ne dure jamais très longtemps ( rires)..

Vraiment, j’ai l’impression de ne savoir qu’écrire et composer des histoires de couples qui vont mal.

Autrement dit, "L’amour hélas" c’est un petit clin d'oeil et à la fois ce constat d’impuissance et cette envie d’assumer cette propension à ne faire que cela…

 Baz'art : Mais vous avez vraiment essayé de vous attaquer plus sérieusement à des morceaux plus sociétaux, abordant autre chose que "nos inclinations" , comme vous dites  vous même dans  "l’amour hélas" ? A titre d'exemple, un morceau sur les migrants ou la violence conjugale, des sujets que votre comparse Tom Poisson, avec qui vous avez chanté en duo l'an passé, avait abordé dans son précédent album, ce sont des choses qui pourraient vous inspirer ?

Clio : Très franchement, pour aborder ce genre de sujets, il faudrait déjà trouver un véritable angle. Il faudrait que j'arrive à poser dessus mon regard, un peu décalé, celui qui fait sans doute ma petite singularité dans les chansons d’amour,

 

Donc pour répondre à votre question, certes, j’ai tenté d'aborder dans des morceaux certains "grands sujets" mais pour l’instant cela ne fonctionne pas vraiment…

Cela viendra peut-être plus tard, mais pour le moment, cela ne sert à rien de se forcer je crois, cela sonnerait  un peu faux….

Et puis c’est vrai que je me lasse pas d’explorer le sujet des relations amoureuses,  je continue à prendre du plaisir à le sonder sous tous les angles et tous les axes possibles avec des protagonistes qui sont à la fois proches de moi et pas totalement moi non plus..

Tant que je n’ai pas l’impression de trop radoter dessus, je continue (rires) ..

Baz'art : Et il faut dire que vous maitrisez parfaitement le sujet et que vous arrivez toujours à le décliner sous des formes assez proches, avec toujours ce regard à la fois grave et léger, et en même temps toujours différents. C’est un vrai talent, ça quand même, non?

Clio : Oh je ne sais pas trop, ce n’est certainement pas à moi de le dire … 

C’est sûr que j’aime beaucoup décliner la thématique des amours qui fânent sous toutes  ces variations qui peuvent en effet sembler toujours les mêmes mais qui ne le sont pas tant que cela si on s’y penche bien dessus (rires)…

Baz'art : Dans ces variations là,  il y a notamment quelques morceaux ("Elle voudrait" ou "Quelqu’un quelque part") où vous  n'utilisez pas la première personne du singulier comme vous le faites normalement, posant un regard encore plus distancié. C’était quelque chose qui vous intéressait  particulièrement de manier le « tu » ou le « elle » sur ces titres là ?

Clio : Oui,pour ces deux morceaux là en fait et notamment « Elle voudrait », ce sont des histoires qui ont pu être proches de ma vie personnelle il y a quelques années mais qui ne l’est plus vraiment.

Du coup je m’adresse un peu à la personne que j’étais à cette période-là, et effectivement avec l’intention d’y mettre une certaine distance  qui donne une certaine couleur, assez inédite pour moi, au morceau…

Baz'art : Quand vous dites, au début de l’entretien, que la plupart des morceaux ont été écrits pendant le confinement, on peut  aisément le deviner. Par exemple dans le premier single  «Ai-je perdu le nord ? » , vous parlez d’un Paris où tout le monde semble mort, cela résonne cruellement à nos oreilles. 

Clio : Disons que j’ai toujours eu cette inclinaison à faire le  parallèle entre l’errance géographique et l’élan amoureux de sorte que les deux se mélangent un peu. C'est quelque chose qui était présent dans mes chansons précédentes…

Et d’ailleurs, figurez-vous que le titre «  Ai-je perdu le nord ?, je l’ai écrite bien avant le confinement de mars 2020.

Je l’avais même chanté sur scène à la Cigale,  juste un peu avant sans évidemment me douter de ce qui allait se passer…

C’est sûr que « Il y a plus personne nulle part Est-ce que tout le monde est sourd Est-ce que tout le monde est mort… » , cela  prend une dimension  toute autre, plus angoissante forcément mais franchement ce n’était pas voulu (rires).

Baz'art : La remarque est la même avec cette profusion de villes d’Europe que vous citez dans différents titres de l'album  : Berlin, Prague, Stockholm, on voyage beaucoup dans "l'amour hélas". C’est un besoin d’évasion qui a été commandité par la situation non ?

Clio : Ah oui, pour le coup, c’est certain que ma soif d’évasion était plus prégnante pendant le confinement. 

Donc, ces séjours dans les villes d’Europe dont je parle dans les morceaux que vous citez,  c’est clairement délibéré.. 

Plus que jamais,  on a envie de marcher dans les rues de Berlin ou de Prague, et à défaut de pouvoir y aller ce sont les personnages de mes chansons qui y vont, les veinards ! (rires) 

 Baz'art : Et sans aller aussi loin,  ce Paris, qui est toujours très présent dans vos morceaux,  c’est volontaire aussi ?

Clio : Ah oui tout à fait…maintenant que je n’habite plus Paris, j’avoue idéaliser, voire fantasmer beaucoup plus la ville que quand j’y résidais…

Quand j’y retourne, souvent pour tout ce qui tourne autour de la musique,  je prends un plaisir évident à marcher dans les rues.

Le vrai fantasme de la petite provinciale qui rêve de la capitale j’imagine (rires).

Et puis pas mal de mes films préférés se déroulent à Paris, donc oui c’est un décor qui s'impose de façon assez évidentz pour mes titres…

 Baz'art :  On pense pas mal d’ailleurs en écoutant votre dernier opus,  à Alex Beaupain, également provincial fasciné par Paris et qui lui aussi faisait référence à des capitales européennes dans certains de ces titres. C’est quelqu’un qui vous inspire beaucoup ?

Clio :  Ah oui tout à fait, certains observateurs avaient parlé de Vincent Delerm en influence de mon premier album, mais Alex Beaupain c’est vraiment un artiste que j’ai plus écouté et que j’admire profondément…J’ai également énormément vu les films d’Honoré dont il a écrit la partition et les paroles des passages chantés.

Je n’essaie pas forcément d’écrire à la manière d’un Beaupain mais c’est vrai que mon imaginaire et mon inconscient en sont forcément un peu imprégnés, oui., c'est évident!

Baz'art : La différence entre vous deux, c’est que ses textes sont beaucoup plus crus… Si Beaupain avait écrit  "l’appartement", il aurait sans doute été plus explicite que vous sur ce que les amants font exactement dans cet appartement alors qu’il pleut dehors, non ? (rires)...

Clio :Ah oui, j’imagine qu’il ne l’aurait pas abordé sous cet angle, cette relation là (rires) ….

Je vous avouerai que très sincèrement, et je ne pense pas que cela soit de la pudeur mal placée, écrire de façon très crue sur les relations charnelles ne m’a jamais attirée..

C’est vraiment quelque chose vers laquelle je ne tends pas du tout . 

Comme je vous l’ai dit , j’adore ce que fait Beaupain mais loin de moi l’idée de le copier, vous savez! 

Clio photo 6 ©Mélanie Elbaz

Baz'art : "L’appartement" justement on est comme obligés de parler plus en détail de ce morceau. C'est un duo et pas avec n’importe qui…l’Iguane, alias Iggy Pop, chante avec vous,  et on ne peut pas dire qu’on l’attendait forcément entrer dans votre univers. Comment s’est faite la rencontre ?

 Clio : En fait, en imaginant la chanson que j’ai dès le départ conçu comme un duo, je pensais à une voix masculine en contrepoids de ma voix féminine que j’imaginais très haute.

Il fallait un  contraste   avec une voix forcément très grave  

De plus, je m'imaginais un accent anglais sans me l’expliquer pourquoi..

J’avais en tête quelqu’un comme Bill Murray, sans doute le côté Lost In translation ( rires)..

En fait, c’est mon manager qui m’a parlé d’Iggy Pop. J’ai trouvé au départ que c’était assez incongru comme idée. Puis j’ai beaucoup réécouté son album  "Après "qu’il avait sorti en 2012.

Il y avait dedans plusieurs  morceaux en français, des reprises d’Henri Salvador, de Joe Dassin et j’aimais beaucoup sa façon de les chanter.

Bref, on lui a donc fait la proposition de ce duo par l’intermédiaire de mon manager.

Je n’espérais pas qu’il s’intéresse à cette chanson en français mais tout s’est passé avec beaucoup de générosité, il m’a dit  très vite " oui "car il me l’a confié  l’avoir beaucoup aimé. Iggy s'est avéré être un artiste enthousiaste,d'une formidable générosité. 

 Baz'art : J'ai même vu qu'il  était allé jusqu'à refaire  sa voix parce qu’il n’en était pas content au départ..Comment cela?

Clio: En fait, il a voulu la  réengistré  à nouveau, mais une octave en dessous ce qui ne nous semblait pas trop possible vu que la première version était déjà très grave.

Du coup ce contraste entre nos deux voix fonctionne bien, je trouve , et correspond tout à fait à l’esprit de la chanson.

Baz'art : A ce propos, je trouve que votre voix à vous n’a jamais semblé aller aussi haut, allant presque à se briser sur ce morceau là ou sur d’autres comme " Vertige"… C’est quelque chose avez laquelle vous avez joué consciemment ?

Clio : Non, pas vraiment, je ne me suis pas vraiment posé la question.

Je pense que c’est vraiment lié aux compositions et aux arrangements qui me font aller dans cette direction-là, aller chercher les aigus le plus possible pour épouser les mélodies...

clio22

Baz'art : Justement ; à propos des mélodies et des arrangements,  on peut dire qu'elles prolongent parfaitement celles du second album… Elles sont dans la belle continuité de "déjà Venise" . Je sais que vous avez travaillé la même équipe de réalisateurs, Florian Monchatre, Augustin Parsy… Cela a été plus facile de trouver avec eux cette tonalité-là  dans la continuité de  l’album précédent ?

Clio : Ah oui tout à fait.  Vous savez, j'ai mis vraiment pas mal de temps à chercher une couleur d'ensemble, une cohérence pour le précédent disque.

Quand je l'ai trouvé avec Florian et Augustin, et comme on a eu de bons retours sur le second album,  je voulais à tout prix continuer dans cette voie  et ces sons là .

Cela a été bien plus rapide et bien plus simple de trouver ces sons  qui collaient aux textes. Je pense que, dans cet album là, encore plus que dans le précédent , les textes et les mélodies sont totalement imbriquées les unes dans les autres…

Les deux arrivaient toujours en même temps;  j’avais quelques lignes de textes de façon simultanées aux accords de piano et les deux se rejoignaient en même temps 

Bref, on est restés sur cet esprit-là pour la réalisation de l’album  : il fallait que les paroles et la partie musicale forment un seul et même tout.

Baz'art : Et on imagine que ce lien direct entre texte et mélodie sera aussi la ligne conductrice de la tournée à venir, non ? Et d’ailleurs,  est-ce qu'une tournée est-elle rapidement prévue maintenant qu'il semblerait qu'on se déconfine un petit peu ?

Clio : Oui , on va bientôt communiquer dessus  : il y a pas mal de dates prévues à l’automne.

On a déjà travaillé un peu au cours une résidence d’artistes en mars dernier pour préparer la tournée avec mes musiciens et une autre résidence similaire est prévue pour la rentrée.

Donc on aura pas mal de matière et quelques bases assez solides  pour travailler sur la couleur musicale de ces concerts à venir… 

En plus, on a dans les semaines à venir, quelques lives pour les radios et les télés et ça nous permet aussi de préparer cette tournée..

La précédente avait été stoppée en plein cœur comme pour beaucoup d’artistes et forcément on meurt d’envie d’y retourner je prends de plus en plus de plaisir sur scène et je suis sûre que cet album-là va nous permettre de faire des trucs très sympas sur scène …

 Baz'art : On a terriblement hâte de venir le vérifier quand vous passerez sur Lyon…Bon Clio ,je vais vous faire une confidence avant qu'on ne se quitte  : notre précédente rencontre ensemble l'an passé avait très bien marché, c’est un de nos interviews musiques les plus lues depuis longtemps, donc on espère évidemment que celui-ci marche tout aussi bien…

Clio : (génée) Oh là,  je ne savais pas cela du tout : cela me met la pression du coup...

 J’espère que je n'ai pas trop dit de bêtises,  j’ai l’impression d’avoir dit que cela... 

Baz'art : Mais pas du tout…vous avez été formidable, comme la fois précédente, qu'est que vous allez imaginez? Merci encore et on souhaite  tout le meilleur à ce 3e album et à la longue tournée à venir!  

Clio - L'amour hélas_Cover_HD

L'amour hélas, Clio, Nouvel album sorti le 23 Avril 2021 - Label Un plan simple