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Comme on pouvait le déplorer ici même il y a quelques années, la réalisatrice française Mia Hansen Love a toujours bénéficié d'une côte très elevée auprès de la presse cinématographique française ainsi qu'auprès des grands festivals internationaux.

Et pourtant, la plupart de ses six précédents films semblaient avoir des défauts réccurents à nos yeux : un sujet souvent fort intéressant sur le papier, mais gâché par scénario souvent confus et jamais complètement abouti ainsi qu'une réalisation assez plate qui ne démontrait pas un point de vue de metteur en scène particulièrement affirmé.

Or, force est de reconnaitre que Bergman Island, son dernier film à ce jour,  et présenté pour la première fois cette année en compétition officielle à Cannes, est sans doute aussi son plus convaincant à nos yeux et celui qui semble le plus maitrisé et synthétisant le mieux l'ensemble de sa filmographie.

Bergman-islnd1Si la réalisatrice, une fois atteint la quarantaine, continue de creuser le même sillon et d'explorer des thématiques déjà présentes  dans ses oeuvres précédentes - le sens de la vocation, le doute existentiel, la panne de confiance, la place d'une figure paternelle tutélaire-, Bergman island se présente comme une œuvre différente, moins proche d'un naturalisme parfois un peu plombant si cher à la cinéaste qui se propose de brouiller les lignes entre le réel et la fiction.

Alors que tout ses films semblaient parfois être trop tributaire de l'oeuvre d'un Bergman qu'elle assume vénérer depuis très longtemps, paradoxalement,  Mia Hansen-Løve livre sans doute son film le moins bergmanien alors qu'il n'est pratiquement question que de Bergman dans les propos et dans le décor de cette sublime île de Fårö, parfaitement photographiée. 

Contrairement à ce que l'on aurait pu craindre, dans Bergman Island, le poids de Bergman n'est jamais pesant et son influence s'intègre  avec fluidité au récit dans sa globalité.

Et alors que les personnages de ses autres films nous ont souvent paru sans émotion et toute en froideur,  empreints d'une grande sagesse enseignée par les philosophes (comme cette professeur jouée par une Isabelle Huppert toute en raideur dans l'Avenir) .. le personnage de réalisatrice- incarnée avec énormément de talent par la comédienne luxembourgeoies Vicky Krieps, double assumée de Mia Hansen-Løve,  touche par sa sensibilité et ses doutes constants. 

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Avec son mari, gand cinéaste affirmé ( on reconnaitra l'inspiration d' un Olivier Assayas avec qui la réalisatrice a longtemps vécu), Chis va chercher à trouver l’équilibre entre un dialogue, un partage très désirables, et une nécessaire solitude propice à l'inspiration créatrice, sans  en même temps, être trop écrasée par le figure tuthélaire de son mari et de l'ogre Bergman

 Car tout le monde à Faro semble considérer comme un dieu vivant le réalisateur de films comme Les fraises sauvagesLe Septième SceauA travers le miroir qui auront marqué de leurs empreintes des générations entières de cinéphiles et apprentis cinéastes .

Progressivement, Chris va assumer le fait qu’au cinéma sa vie puisse irriguer la fiction, et la fiction refléter la vie, comme un ping-pong, ou deux miroirs se renvoyant une même histoire à l’infini

Ce questionnement tres théorique sur le papier, se cristallise joliment par la conception d'un autre film en un dans sa seconde partie qui relance intelligement le débat et un quotidien à Faro qui pouvait gentiment ronronner entre nos deux artistes …

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Bergman Island est à la fois un film sur l’amour du cinéma, et notamment de Bergman, mais aussi un film sur une double histoire d’amour difficile à vivre en simultané.

 Si parfois à certains moments du film,  la raison et le cerveau l'emportent encore sur l'émotion et le souffle ( le péché mignon de Mia Hansen-Løve), Bergman Island emporte largement le morceau par la profondeur de sa réflexion et la qualité d'écriture et de la mise en scène . 

Film d’une grande intelligence, Bergman island est sans doute ausis le plus beau film de Mia Hansen-Løve . 

 

Vicky Krieps et Tim Roth

Vicky Krieps et Tim Roth; Cannes 2021

ERIC GAILLARD