Baz'art  : Des films, des livres...
26 juillet 2021

Rencontre avec le réalisateur Jean Pierre Ameris pour Profession du père

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 Sorj Chalandon avait bouleversé les lecteurs avec son roman « Profession du père » en 2015 dans lequel il racontait l’amour inconditionnel d’un fils pour son père, dont le prestige et les exploits ne tarissent qu’au fur et à mesure de leurs périlleuses et invraisemblables missions.

Le livre fut adapté en bande dessinée en 2018 chez Futuropolis :  il l'est désormais dans une version cinéma que le public pourra aller voir en salles dès mercredi prochain, réalisé par le lyonnais Jean Pierre Ameris ( voir notre chronique du film).

Un film où Jean-Pierre Améris dit beaucoup de sa propre enfance, comme il nous l'a confié lors de notre rencontre sur Lyon avec lui et son actrice Audrey Dana- fin juin :

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Pourquoi adapter un roman de Sorj Chalandon?

Sorj Chalandon est, un auteur que j'aime énormément et dont je lis tous les livres,

Profession du père est un roman particulier dans son œuvre

C'est un roman autobiographique, qui explique pas mal de ses romans précédents.

Chalandon évoque souvent ce thème de la mystification, ce danger de croire aux histoires et aux légendes d’un autre…

 Là avec Profession du père on comprend que le premier mystificateur de sa vie c’était son propre père, homme mythomane qui vivait dans un monde imaginaire.

Ça m’a profondément touché, et d’autant plus que cela faisait aussi pas mal écho à ma propre enfance.

Une histoire profondément personnelle pour vous ?

 Il y a beaucoup de liens avec mon enfance. Pour mon père comme pour ce personnage.

Je n’ai pas seulement choisi des moments du livre, j’ai aussi choisi des moments de ma vie.

Les scènes les plus angoissantes. Étaient très certainement celles du repas, je pense que tous ceux qui ont connu une enfance un peu tendue douloureuse ont ces scènes là en tête Je revois mon père renvoyer les assiettes qui sentaient l’œuf pourris et ma mère courir à la cuisine…

Mais attention il ne fallait jamais que ça tourne au règlement de compte, j’aime cet homme avec ses faibles d’homme. 

Photo-4-Profession-du-Pere-©carolinebottaro-2048x1365

 Tourner à Lyon, une nécessité ?

Oui, Sorj est lyonnais, moi aussi, on a cette ville là en commun ce n’est pas vraiment anodin.

C’était important de recréer l’appartement un peu comme mon appartement familial. J’ai trouvé des bureaux vide rue Sala (dans le 2e arrondissement de Lyon, dans le quartier d’Ainay....

 On a aussi tourné dans les quartiers de mon enfance, au-dessus de Vaise, où ma mère est enterrée. C’était un peu comme si je sentais leur présence.

 

Photo 2 - Profession du Père ©carolinebottaro

Les choix  qui prédominent l'’adaptation 

Adapter un livre, c’est avant tout une question de choix.

Le livre de Sorj  raconte son enfance, son adolescence et une partie de sa vie d’adulte.

Dès notre première rencontre, je lui ai annoncé mon parti pris : je ne raconterai que l’enfance.

Personnellement, je suis rentré en conflit avec mon père durant mon adolescence, je n’avais pas envie de raconter cette période là ni non plus la partie adulte, sauf pour la scène finale

Avec ma scénariste, Murielle Magellan, on a tout de suite travaillé à sélectionner les éléments à retenir dans cette première partie de sa vie.

Par ailleurs, j’ai voulu très vite rester dans le registre tragi-comique du livre.

Sorj Chalandon m’avait demandé une seule chose quand on s’est rencontrés il fallait conserver le ton tragicomique de son récit.

C’est quelque chose que j’ai  de mon côté également beaucoup aimé dans le livre, c’était donc important de rester dans cette lignée tout au long de l’adaptation.

 Le personnage du père a tour à tour été grand résistant, champion de judo, parachutiste, manager des compagnons de la chanson, c’est dire le rocambolesque du postulat de départ !

Ce père mythomane, joué par Benoît Poelvoorde, s’invente des histoires tellement énormes que cela en devient presque drôle. Seulement, il se remet assez vite à devenir violent…

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Une vision à hauteur d’enfant

 Profession du père c’est vraiment un film sur l’imaginaire enfantin. 

 Je voulais, comme dans le livre, que cela soit excitant, qu’il y ait une part de suspens…

Quand j'ai commencé à réfléchir à une adaptation je me suis dit qu’il fallait raconter cette histoire du point de vue de l’enfant, que le spectateur retrouve l’enfance en lui.

Je voulais montrer avec ce film que j’étais encore, du haut de mon âge qui est ce qu’il est, être encore capable de faire des films à hauteur d’enfant.

 Je voulais aussi montrer le danger qu’il puisse y avoir à trop croire aux fictions des autres. Le grand danger pour lui – comme pour tous les enfants ou les adolescents que l’on embrigade -, c’est de trop croire aux fictions. Moi, j’aime la fiction, j’aime les histoires, mais cela peut devenir un plaisir dangereux. J’ai donc essayé de montrer comment il revient au réel.

Profession du père est au fond un éloge des enfants. .Le vrai héros du film, ce n’est pas le père – ce faux héros, mais bien l'enfant..

Être enfant, c’est réussir à tracer sa route tout en encaissant les travers et les injustices des adultes…

Sorj Chalandon - Profession du père

L’importance de trouver le bon comédien qui joue le rôle de l’enfant

Le héros du film, c’est l’enfant. On découvre l’histoire par son regard. Il fallait un jeune garçon de onze ou douze ans qui puisse jouer le rôle. Je voulais un enfant qui croit et qui aime inconditionnellement son père.

J’ai eu la chance de voir pendant que je travaillais sur le casting un film belge Duelles dans lequel Jules Lefebvre jouait le rôle du fils de l’une des deux mères.

Je l’ai trouvé excellente et eu envie de le rencontrer. Il est venu avec sa mère et son père à Paris.

Ce jeune homme était tellement juste et tellement vif lors des essais…

J’ai donc tout de suite su que cela allait être lui. Il faut dire qu’il a la passion du jeu.  Il a commencé très jeune, car son frère ainé, qui veut devenir réalisateur, le prenait comme acteur dans ses films.

Pour moi, tourner avec les enfants n’est pas un problème. C’est peu ou prou la même chose qu’avec les adultes.

On lit le scénario, on en parle ensemble. Je lui ai toujours expliqué l’origine de chaque chose, et lui ai donc beaucoup parlé de mon enfance.  Mais attention, je ne voulais surtout pas le traumatiser un enfant. Il ne faut pas oublier la dimension du jeu ! Elle est d’ailleurs très importante dans le film.

Profession du père

Benoît Poelvoorde, votre comédien fétiche ?

 Benoît, dès l’écriture du scénario, c’était clair que le rôle était pour lui.

C’est notre troisième film ensemble : Les émotifs anonymes, Une famille à louer et celui-ci. J’ai une sorte d’alter ego avec Benoit. Je peux lui confier les choses les plus intimes me concernant.

J’ai confiance en lui et lui en moi.

Je savais qu’il allait jouer pleinement ce personnage et assumer ses nombreux défauts : la violence, la folie, l’humiliation de sa femme, ....

Comme indication de jeu, je lui ai donné des références comme Alberto Sordi ou Vittorio Gassmann, des acteurs italiens qui étaient géniaux  pour jouer ce personnage vantard, hâbleur, et qui en même temps est très trouillard et très lâche.

Il ne s’agit pas de l’excuser. Il ne cherche pas à dire au spectateur que le « personnage est affreux, mais ce n’est pas moi ».

Il endosse tout ! C’est ça qui est beau chez lui.

Et pourtant je vais vous faire une confidence : son entourage professionnel lui conseillait de ne pas faire ce film. On me disait souvent : « il ne peut pas jouer ça, le personnage est pour l’Algérie française, il est raciste, il humilie sa femme, il tape son fils :  ce n’est pas bon pour son image ».

C’est quelque chose que je ne comprends pas du tout ! 

Dans ce cas, et sans me comparer à eux évidemment, Al Pacino n’aurait jamais dû faire Scarface, Robert de Niro Raging Bull ou Jean Yanne, Que la Bête meure…

Ce qui est beau chez les acteurs et les actrices, c’est leur capacité à endosser les noirceurs humaines et de nous les donner à voir, pour nous inviter éventuellement à les dépasser, c'est ce qu'on nomme  la catharsis.

Heureusement, Benoît n’a écouté personne et m’a fait confiance : il a compris de suite toute la dimension humaine du personnage.

 À notre première lecture du scénario, il m’a seulement demandé une chose : « est-ce que tu l’aimes cet homme » ? Spontanément, je lui ai dit que oui, parce que j’aimais mon père, cela lui a suffit comme réponse pour pouvoir totalement s’abandonner au rôle… 

Propos recueillis à Lyon le  18 juin 2021 dans une rencontre à Lyon avec Jean-Pierre Améris et Audrey Dana

Merci à Auvergne Rhône Alpes cinéma et Ad Vitam distribution 

 

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