Focus en ce vendredi lecture sur  Celui qui veille” de Louise Erdrich, récompensé il y a quelques mois par le prix Pulitzer.
Ne perdons pas de temps pour chanter les louanges de ce  magnifique roman qui confirme la place unique de cette grande dame au sein de la littérature américaine.

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« Thomas ressassait le mémoire dans ses moindres détails

Bonne nouvelle : nous sommes suffisamment pauvres pour demander que le gouvernement maintienne, et même améliore, le statu quo. Mauvaise nouvelle : nous sommes très pauvres. Bonne nouvelle : le comté, l’Etat et nos voisins des villes hors réserve ne veulent pas nous avoir sur les bras.

Mauvaise nouvelle : ce n’est pas seulement parce que nous sommes pauvres, mais aussi parce qu’ils ne nous aiment pas.

Bonne nouvelle : nous avons tous un toit sur la tête. Mauvaise nouvelle : 97 % de ces toits sont en papier goudronné. Bonne nouvelle : nous avons des écoles.

Mauvaise nouvelle : beaucoup d’entre nous sont illettrés. Bonne nouvelle : on a trouvé un remède au dernier fléau à s’être abattu sur nous, la tuberculose. Mauvaise nouvelle : beaucoup de parents en sont morts et leurs enfants ont grandi au pensionnat. Bonne nouvelle : nous avons ce mémoire. Mauvaise nouvelle : ce que dit ce mémoire. »

 

Thomas et Rose, un couple fort, Pixie une jeune fille libre, Wood Mountain et Barnes ses deux prétendants, Doris et Valentine les bonnes copines sur qui on peut compter, entre amitié, amour et révolte, la vie est rude dans la réserve de Turtle Mountain en ce milieu des années cinquante.

Les Indiens ont été chassés de leurs terres pour être parqués dans des réserves aux sols arides. Pourtant le Congrès s’était engagé et avait signé un traité sans limite de  temps avec le peuple autochtone.

Un traité à l’intitulé poétique certes : «  Aussi longtemps que l’herbe poussera et que l’eau coulera ».

Mais les sources tarissent et le gouvernement des Etats-Unis n’est plus à un mensonge prés.

En voulant assimiler les Indiens en tant qu’Américain, cette loi, qui doit être votée prochainement au Congrès, finira par des expropriations pures et simples. Tout un peuple coupé à jamais de ses racines, un vol autorisé à grande échelle. Thomas, le veilleur de nuit lettré veut entrainer toute une délégation jusqu’à Washington pour empêcher le vote de cette loi inique.

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Auteur reconnu de roman jeunesse et figure emblématique de la littérature amérindienne, Louise Erdrich, qu'on a déjà loué les immenses talents sur Baz'art signe avec «  Celui qui veille » un grand roman somme de  la condition de vie du peuple autochtone des Etats-Unis.

L’auteure nous offre un compte rendu de la vie quotidienne dans une réserve, mais aussi celui des batailles politiques et sociales que son grand-père Patrick Gourneau a mené toute sa vie.

Une langue douce et crue et toute la force de la poésie panthéiste amérindienne pour plonger avec bonheur dans les racines d’un pays et de tout un peuple.

Roman réaliste et picaresque à la fois et ouvertement politique, en mêlant la petite histoire à la grande, « Celui qui veille » devient le puissant témoignage de toutes les spoliations, les escroqueries, les humiliations que le Congrès Américain a fait subir au peuple Indien.

  Celui qui veille » (The Night Watchman), de Louise Erdrich, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sarah Durcel, Albin Michel, « Terres d’Amérique », 560 p., 24 €, numérique 16 €.