Sandrine Kiberlain et de Rebecca Marder, respectivement réalisatrice et comédienne du drame historique Une jeune fille qui va bien  qui est sorti en salles hier, étaient présentes le jeudi 6 janvier à Lyon présenter leur film au  Pathé Bellecour.

On a pu à cette occasion échanger avec sa brillante réalisatrice qui pour son premier long métrage fait une entrée en matière tout à fait réussie et qui revient ainsi sur ses choix de scénario et de mise en scène : 

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Prendre le temps de passer derrière la caméra et trouver le bon sujet

"Oser faire un film, cela a pris du temps me concernant  surtout quand on a eu comme moi la chance de travailler avec de grands metteurs en scène et qu'on est comblés en tant que comédienne.

 Mais en parralèle est venue se greffer peu à peu l’envie de m’exprimer autrement. Et à force d’entrer dans l’aventure d’un autre ou d’une autre, j’ai eu envie de mon aventure à moi.

J’ai beaucoup regardé les réalisateurs avant de me lancer, peut-être leur ai-je volé inconsciemment des choses ? 

J’attendais d’avoir le bon point de vue sur une histoire pour avoir l’impression de raconter un récit d'une façon peu traitée auparavant.

Car une fois qu’on s’autorise à réaliser, il faut aussi une histoire à la hauteur, une histoire qui conforte le processus de s’autoriser. Je ne me serais pas sentie légitime à réaliser un film, si je n’avais pas écrit une histoire qui à mes yeux, valait le coup d’être filmée.

UNE JEUNE FILLE QUI VA BIEN PHOTO 2 ©Jérôme Prébois

Trouver un angle différent et personnel pour une période souvent traitée au cinéma

Pour un contexte historique déjà tellement traité au cinéma, il fallait vraiment que je trouve le bon angle.

Pour cela, j'’ai repensé à l'impact que j'avais ressenti en écourant deux histoires. L’une que ma grand-mère m’avait racontée et Le Journal d’Anne Frank.

J’avais rencontré Marceline Loridan, qui a été déportée.  Je l’ai connue sur les dernières années de sa vie, elle m’encourageait beaucoup quand je lui parlais de mon projet et me  poussait à la raconter pour faire perdurer ses histoires après leurs morts.

Ma grand-mère dans le film est d’ailleurs à la fois inspirée de Marcelline et de ma grand-mère, mais aussi de ma mère et de mon père.

Ne pas être en avance sur les protagonistes de l'histoire 

Ayant soixante-dix ans d’avance sur les protagonistes de mon histoire, je trouvais presque réducteur de rappeler aux gens ce que l’on sait déjà.

A partir du moment ou une information situe l’histoire et le cœur même de l’époque que je veux raconter, ce n’est pas la peine d’enfoncer le clou avec des choses qui seraient redondantes pour mon histoire.

Aujourd’hui, avec soixante-dix ans de recul, nous connaissons l’Histoire, la fin  tragique d’Anne Frank, mais quand elle écrit son journal, elle n’en connaît pas la fin et ne l’écrira jamais c'est ce moment là que j'ai voulu retrouver avec ce film . 

Comme on sait depuis plus de 70 ans ce qui s'est passé, je n'ai pas eu envie de rajouter des symboles qui seraient presque venus réduire mon histoire.

Eviter à tout prix le coté pesant de la reconstitution notamment par le langage

Il ne fallait pas qu'on ait une langue temporalisée “années 1940” ; ce qui aurait trop collé à ce que je ne voulais pas faire : un film de reconstitution.

Même au niveau du dialogue, ce qui m'importait, c'était d'être très minimaliste ; d'en dire le moins possible pour que chaque mot ait son importance et qu'ils ne se parlent pas autrement de la façon dont on se parle aujourd'hui.

Sur chaque personnage est venue la façon dont chacun aurait à s'exprimer.

 Je me suis attachée à ce qu'aucun des personnages ne parle de la même manière, chacun a la sienne — c'est souvent du reste ce que j'ai préféré dans les scénarios que j'ai eu à jouer.

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L'importance de mettre la menace de la guerre dans le  hors champ

 Cette idée de parler de la guerre sans la montrer, par le prisme d'une jeune fille qui ne veut pas la voir, est l'idée même du film.

Elle était parfois difficile à faire comprendre, au début . Quand je m'attaque à un truc, je pense que je vais savoir raconter ce que j'ai dans la tête.

Il y en a qui m'attendaient au tournant, et j'avais un peu les chocottes parce que je me suis rendu compte à quel point ce que j'avais dans la tête devait à la fin être  compris par les spectateurs. 

 J'avais cette idée de fin, qui a construit un peu ce film  et qui faisait que tout l'élan était possible.

Mais il fallait avoir des trucs à raconter pour ne pas s'ennuyer dans les deux histoires : celle de Rebecca que l'on suit et le contexte. 

Je ne voulais pas du tout qe mon personnage principal  soit  quelqu'un de totalement inconscient, presque écervelée mais je voulais qu’on sente qu’à travers son âge, elle est pressée de retrouver son amoureux, son cours de théâtre et l’élan vital de son âge.

Un film où l'élan de vie est primordial  et se matérialise dans la mise en scène

Tout devait circuler dans l’appartement, je voulais qu’Irène aille tout le temps vite, la caméra est toujours en mouvement avec elle, en travelling, à l’épaule.

Si j’avais pu faire un seul plan-séquence d’Irène de bout en bout, je l’aurais fait volontiers.

La caméra ne se pose que quand Irène est avec les adultes, parce qu’un adulte est plus mature, plus.posé !

Mais avec Irène, il fallait faire parler la fougue, cela donnait un élan au film et faisait qu’on avait envie de la suivre 

Le choix des grands textes théatraux qu'on entend dans le film 

Marivaux a été un choix immédiat : je suis entrée au Conservatoire avec un Marivaux et je trouve que, dans l'histoire que je raconte, c'est tellement un hymne à la vie, aux entourloupes, aux mensonges…

C'est dit avec l'air de rien et en même temps, ça transcende la vie. Mais il y a aussi le monologue de Ruy Blas.

Ça allait très bien au personnage de Jo, que joue Ben Attal, qui devait être très marquant tout de suite parce qu'il disparaît très vite. Il fallait la grandeur du texte.

Je voulais vraiment que ça raconte aussi la passion des acteurs : on ne parle jamais aussi bien que de ce qu'on aime profondément. 

Et dans l'élan d'Irène, c'est très important les grands textes!!

Rebecca Marder,un trésor tombé du ciel

 Rebecca, j'ai tendance à dire que c'est mon trésor ; j'aurais pu ne jamais la trouver puisque je l'ai rencontrée en fin de casting. J'avais vu beaucoup d'actrices très bonnes, mais c'était comme en amour : elles avaient tout ce qu'il fallait, mais il n'y avait rien qui faisait que c'était elles.

Et un jour, Rebecca est entrée, elle a posé son sac et c'était immédiat, c'était elle. On a joué les scènes, elle a claqué la porte et j'ai dit : « on arrête le casting, c'est bon on a trouvé notre Irène  ».

C'est  toujours ce miracle de ces rencontres qu'on ne saurait vraiment expliquer .

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 Une jeune fille qui va bien, en salles le 26 janvier 2022

Propos et photos recueillis et prises le 6 janvier 2022 à Lyon