Visage familier du cinéma belge et français de ces dernières années, Bouli Lanners développe en parallèle de son parcours d’acteur une carrière de réalisateur, qui a été tant salué par la critique que par le public.

Ultranova, Eldorado, Les Géants et Les Premiers Les Derniers l’ont imposé comme un auteur à l’univers pictural fort, et à l’humanité mélancolique et généreuse.

Son nouveau film, L’Ombre d’un mensonge est salles depuis une semaine et connait un beau succes d'estime d'après les premiers échos de salles.

Nous avions rencontré son réalisateur à Lyon au cinéma le comoedia une semaine avant sa sortie, nous revenons avec vous sur les meilleurs moments de l'entretien :

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Les origines du projet 
Bouli Lanners :
 Cela fait plus de 30 ans que je vais en Ecosse chaque année, j’adore ce pays, et cela faisait un bout de temps que j’avais envie de tourner là-bas. J’imaginais bien la mise en images de ces paysages, mais je n’avais pas d’histoire. Et puis je me suis installé sur l’île de Lewis pendant plusieurs mois.

J’aime particulièrement cette île car c’est une île presbytérienne, et elle a quelque chose de lié au passé.

J’y écouté beaucoup une chanson en particulier, Wise Blood, et c’est cette chanson qui m’a donné l’idée d’y raconter une histoire d’amour. 

Et puis je me suis dit qu’à 54 ans, je pouvais enfin faire une histoire d’amour, mais avec des gens de mon âge. 

 

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Un film en rupture avec les précédents

Bouli Lanners : On m’a toujours dit que c’était bien de sortir de sa zone de confort, et là on peut dire que j’étais en zone d’inconfort totale. Mais l’aventure humaine et artistique a été exceptionnelle. J’avais dit, de toutes façons, après Les Premiers les derniers , que je voulais opérer une rupture avec ce que j’avais fait avant. J’avais fait 4 films très auteuristes.

Je voulais tenter quelque chose de potentiellement plus grand public, sans trahir rien de ce que je suis bien sûr et cela passait par faire une vraie histoire d'amour, sans second degrès et sans manipulations .

La difficulté d'écrire et réaliser une histoire d’amour 

Bouli Lanners :C’était une  envie que j’avais depuis longtemps, mais sans me sentir forcément légitime à le faire. Peut-être parce que j’avais le sentiment de ne pas encore être prêt à oser parler d’amour

. Il n’y a rien de pire, à mes yeux, qu’une histoire d’amour ratée. Une comédie ratée, ce n’est déjà pas bien fameux, mais une histoire d’amour ratée, c’est atroce. Mais en mettant en scène une romance avec des personnages ayant plus de cinquante ans, je pouvais y projeter quelque chose de plus personnel et j’ai donc oser l’écrire. De fait, une histoire d’amour, cela se vit à tout âge et de fait, je suis enfin devenu un homme, et je peux enfin commencer à avoir du recul sur l’amour et les relations amoureuses. (rires).

Une histoire d’amour emmenée par une héroïne, qui prend son destin en main.

Bouli Lanners : On m’a toujours dit que dans mes films, il n’y avait pas beaucoup de femmes. Mais là tout à coup, je me suis dit que je pouvais, avec mon vécu, parler des femmes sans tomber dans les lieux communs. Millie  est coincée sur cette île.

Moi je viens de la campagne, je peux imaginer ce que c’est, ce poids de la communauté. D’autant que c’est impossible sur l’île de trouver un partenaire, il n’y en a plus, ils sont tous partis. Alors elle franchit le pas, elle se décide à mentir.

L’amnésie de Phil rend tout possible, fait tomber les barrières. 130925032


Se mettre  à nu en tant qu'acteur

Bouli Lanners : Au début, je n’étais pas censé jouer le rôle. J’avais trouvé quelqu’un,  un italien qui ne me ressemblait pas du tout mais cela n'a pas pu se faire  pour plusieurs raisons  Alors mon agent et mon producteur m’ont dit : "Mais fais-le !" 

Seulement jouer en anglais, c’était un vrai défi, et réaliser en anglais en plus, j’avais peur que ça vire à la performance, l’exercice de style, et moi je voulais juste faire un film. Se mettre en scène dans une histoire d’amour, revoir les images après, c’est très compliqué.

Et c’est là que j’ai enlevé toutes les scènes de cul (rires) ! Disons que je voulais parler de gens normaux, et les gens normaux ne sont pas tous plastiquement superbes. Je correspondais donc parfaitement aux critères définis (rires). Ce qui n’enlève rien à la force de l’amour pour mes personnages..

Une histoire d'amour avec des gens cabossés à l'intérieur

Bouli Lanners :Je ne me reconnais pas dans les amours de bellâtres ou de trentenaires, et c'est le cas d'une certaine partie du public, je suppose.

On a voulu m'inciter à trouver des quinquagénaires plus sexy, mais je voulais filmer des gens de mon âge, avec leur expérience, leurs imperfections, leurs rides…

Choisir une actrice passée par la chirurgie pour jouer une presbytérienne n'aurait eu aucun sens ! Mais trouver une comédienne qui porte son âge et l'assume n'a pas été simple.

Michelle Fairley (vue dans Game of thrones, NDLR) a eu ce courage et elle est magnifique.

La beauté des images et de la lumière

Bouli Lanners : J’avais fait tous les repérages avant, mon grand plaisir, c’est d’écrire sur place, et d’avoir presque tous les décors quand j’ai fini d’écrire

. Evidemment, Frank van Den Eden, mon  fidèle chef opérateur, était ravi de pouvoir tourner en Ecosse, mais le truc délicat, c’est qu’on a tourné en novembre/ décembre, et qu’il fait noir à 3h de l’après-midi, et jour à 9h du matin.

On avait des journées très courtes, alors on tout préparé en fonction de la luminosité. 

On a finalement eu une très belle lumière. On s’est souvent référés à pas mal de peintres qu'on aime bien Mais avec un chef op comme Frank, et cette lumière, très basse, magnifique, ça ne pouvait être que réussi.

Sans oublier que ma mère est toujours créditée à la météo, sur tous mes films, elle fait des neuvaines pour qu’on ait du soleil, et on n’a eu qu’un seul vrai jour de pluie. 

 Des choix musicaux forts 

Bouli Lanners : J’aime soigner mes bandes-son. Puisqu’il m’a accompagné pendant toute l’écriture, le morceau des Soulsavers « Wise Blood » sonnait comme une évidence.

 

Les Soulsavers nous ont en plus laissé utiliser trois autres morceaux de l’album. Ensuite Pascal Humbert, qui avait écrit la musique pour Les Premiers, les Derniers, nous a fait quelques nappes.

Et puis, et j’adore cette rencontre improbable, mon monteur son m’a présenté son voisin, Sébastien Willemyns, un jeune prof de piano qui voulait juste venir voir comment se passait un montage son.

Il nous manquait des morceaux. Sébastien n’avait
jamais fait de musique de film.

Il a essayé et ça donné quelque chose de vraiment magique. Voila typiquement le genre de hasard et de magie que seul le cinéma peut offrir !! 

 

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Merci à Ad Vitam et au cinéma le Comoedia