Baz'art  : Des films, des livres...
12 juillet 2022

Rencontre avec Dominik Moll, réalisateur de la nuit du 12

Un des meilleurs  films de l'été, La Nuit du 12  sort en salles demain;

Dominik Moll s’empare d’une histoire vraie, relatée par Pauline Guena dans son livre "18.3", fruit de son année passée à la PJ de Versailles.

On entre dans une brigade criminelle, à Grenoble, enquêtant sur un crime survenu à Saint-Jean de Maurienne. 

Haletant, juste, sans caricature, il vaut largement le détour comme on l'a dit dans notre chronique du film parue il y a un mois  

On avait rencontré  Dominik Moll et son comédien Bastien Bouillon, au cinéma Comoedia de Lyon le  Lundi 27 Juin 2022, on vous en dit plus de suite sur cet échange avec ce cinéaste aussi talentueux que sympathique  

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Coup de coeur pour livre de Pauline Guena 18-3

"Ce film est une adaptation particulière puisque le film est tiré d’une petite trentaine de pages sur un livre qui en fait plus de cinq cents.

Pauline Guéna a passé une année en immersion dans les services de la PJ de Versailles. Elle relate un quotidien fait de routine et de situations éprouvantes

J'ai remarqué  le livre de Pauline Guena 18-3 une année à la PJ grâce à la newsletter des nouveautés de Gallimard avec cette phrase mise en exergue et qui est dans le film : "à la Police Judiciaire, on dit que chaque enquêteur a un crime qui le hante".

Cette présentation avant même sa parution m'a donné envie de lire et j'ai retrouvé dans le récit cette histoire d'enquêteurs jantés par des crimes jamais résolus  Pauline Guéna a passé un an en immersion dans la PJ de Versailles, un peu à la manière d'un David Simon scénariste de la série sur écoute.

Elle en fait une oeuvre qui n'est ni une fiction ni un documentaire mais un peu des deux, une vision de l'intérieur qui évoque la lourdeur de l'administration et la vie privée très cahotique des enquêteurs, entre divorce et burn out

Un travail d'adaptation et un angle original 

"Donc je  lis le livre , mais je ne voyais pas un film et je me disais aussi qu’il avait déjà eu tellement de séries qui balisent ce terrain là, que je ne voyais pas où trouver l’histoire et cela jusqu’aux deux derniers chapitres qui racontent l’enquête de La nuit du 12, ce meurtre de Clara et cet enquêteur Yohann qui a été et qui est toujours obsédé car elle n’a pas été résolue, par cette affaire.

Dominik Moll • Opérateur de La ténèbres du 12 - LBE News

 J'ai choisi de me concentrer sur les deux derniers chapitres du livre centrés sur l'obsession de cet enquêteur, 

Dans cette enquête, il y avait d'éléments incroyables que je trouvais assez fictionnels comme lorsque l’affaire est relancée trois ans après avec cette planque et cette caméra cachée dans une fausse pierre tombale et cet homme venu sur la tombe de Clara faire des choses bizarres, mais finalement ce n’était pas lui non plus...

Ce qui me plaisait beaucoup, c’est qu’on ne trouve pas le coupable car cet angle n’avait pas vu si souvent, sauf dans Zodiac ou Memories of murder 

En général, quand il y a une enquête policière, il y a un coupable à la fin, c’est ce qu’attend le public en tout cas. Là, non, et cela permet de regarder ailleurs."

Un film qui interroge la violence des hommes à l'égard des femmes 

La nuit du 12 marque mon retour au polar, genre qui est plus que jamais sur un terrain ultra balisé par les séries Gilles ( Marchand) a tenu un role essentiel dans l'écriture du scénario en tirant le fil de la question de la masculinité et des rapports hommes femmes qui st le vrai fil rouge de l'intrigue qui n'était pas vraiment mis en avant dans le livre

Ttrès vite, Gilles Marchand, mon coscénariste, s’est dit que le vrai fil rouge, c’était les rapports hommes-femmes, ce quelque chose qui cloche entre eux en lien avec la violence des hommes à l’encontre des femmes.

Nous ne voulions surtout pas en faire un pensum et qu’on se dise de nous "ah, ce sont des hommes des 60 ans qui veulent attraper le train MeToo pour faire moderne" (rires).

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Il fallait que ce soit plus subtil mais le parcours du personnage principal devait aborder des interrogations où lui-même se met à questionner sa propre attitude de mec par rapport aux femmes, typiquement comme quand la copine de la victime lui fait ce reproche : qu’est-ce que cela change de savoir si elle a couché avec untel ou untel ? N’est-ce pas une façon d’insinuer qu’elle l’a un peu cherché ?

C’est là que Yohann se rend compte qu’il peut être malgré lui dans ce genre de raisonnements et cela va déclencher un craquèlement de ses certitudes et l’amener ensuite à évoluer et à voir les choses autrement, et pour faire changer ce monde d’hommes des enquêteurs, il faudrait d’abord le rendre moins masculin et d’accepter aussi l’aide des femmes qui peuvent apporter autre chose. 

Je m'interroge  évidemment dans le film sur la masculinité et la violence qui en découle, tous les hommes ne sont évidemment pas des violeurs mais tous les violeurs sont des hommes, cela veut bien dire qu'il ya quand même un souci quelque part.

Le lieu de décor du film :  Grenoble et la vallée de la Maurienne

Nous avons travaillé au sein de la PJ de Grenoble, qui est entourée de montagnes et ressemble à une arène, un peu le symbole de l’enfermement des personnages, puis à Saint-Jean de Maurienne, qui par de nombreux aspects représentait un monde avec plein de facettes, c’est ce que l’on cherchait. 

Au-delà du fait que la montagne m’inspire, comme le vrai crime avait eu lieu en région parisien, comme je ne voulais pas faire un documentaire, il fallait s’en éloigner.

Ce qui me plaisait dans la vallée de la Maurienne, c’est que c’est très industrialisé. Ce n’est pas une vallée pittoresque de montagne avec ses chalets en bois, mais un mélange d’univers assez singuliers.

Par ailleurs, la montagne, tout en étant majestueuse a aussi quelque chose d’écrasant, qui enferme, menace, oppresse.

Leur présence est à la fois oppressante et majestueuse. Saint-Jean-de-Maurienne est une ville assez industrialisée, il y a une usine d’aluminium, Trimet, qui emploie 700 personnes, il y a des habitats très variés, des barres d’immeubles, des quartiers résidentiels plus cossus, les stations de ski juste au-dessus.

J’aime ce mélange d’ambiances, c’est un monde miniature, à la fois singulier et universel.

Et il y avait aussi cette idée que Yohan fasse du vélo, d’abord sur piste, dans un vélodrome, comme le hamster dans sa cage.

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Ses choix de mise en scène

"J'ai voulu utuliser les grands angles, un peu comme le fait Rodrigo Sorogoyen et éviter les plans serrs et gros plans pour que les enqueteurs puissent faire corps avec leur environnement et inscrire mes personnages dans les décors jusqu'à ce qu'ils se confondent avec eux  .

Il fallait absolument éviter un traitement télévisuel, sensationnaliste et complaisant, je préfère la sobriété ou l'éllipse, il était impensable d'exploiter la souffrance.   

Vous savez, on ne sait pas forcément où va nous mener notre idée de départ, , on essaie de faire fonctionner le personnage sur le papier, puis incarné par un comédien, cela ne donnera pas la même chose qu’avec un autre. Un film, c’est un être vivant qui va évoluer jusqu’à la toute fin du montage.

Dans le film, on voit que cette affaire non résolue va provoquer des choses chez les personnages : que vont-ils en faire, comment le ressentent-ils ? C’est un point de vue très intime. "

Le choix de Bastien Bouillon pour incarner Yohann.

 

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"J’avais tourné avec Bastien dans «SEULES LES BÊTES». Il y jouait un gendarme naïf et souriant. J’avais beaucoup aimé travailler avec lui mais je ne pensais pas particulièrement à lui pendant l’écriture de «LA NUIT DU 12». D’ailleurs avec Gilles, nous essayons de ne pas trop nous fixer sur des comédiens précis en écrivant.

J’aime que les personnages existent par eux-mêmes. Mais une fois le scénario terminé, au moment du casting, en cherchant quels comédiens pourraient incarner Yohan, l’idée de Bastien a été évoquée.

L’idée m’intriguait, m’attirait, et il nous a convaincu au moment des essais. Sa présence, son mélange de douceur et de gravité mélancolique, sa sensibilité, son regard, ses intonations… Tout est apparu comme évident.

 Bastien joue queqlqu'un qui retient ses émotions qui se met des gardes fous partout, mais on sent dans son regard, ses nons dits et sur son visage que cela travaille terriblement à l'intérieur..

Je vous avoue un truc: au tout début du projet, j'avais comme modèle delon dans les films de Melville comme "Le samouraï"; mais en  fait ce n'est  pas  du tout ca je  voulais que l'émotion puisse affleurer.

Le rôle est spécial, Yohan parle peu, il est le réceptacle de cette histoire et de tous ceux qui l’entourent, mais on sent toutes les émotions qui le traversent et affleurent sur son visage.

Avec Bouli Lanners, il forme un duo d’enquêteurs à la fois contrasté et  profondément attachant! "

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 Dominik Moll et son comédien Bastien Bouillon, au cinéma Comoedia de Lyon le  Lundi 27 Juin 2022  

 

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