G06100

 "Sur le parvis de la mairie, j'examine le récépissé. J'entends le brouhaha des gosses du quartier qui jouent au ballon, les bribes de conversation qui s'échappent du talkie-walkie du vigile gardant l'entrée de manière ni très convaincue ni très convaincante. Je lis et relis les lignes du papier. Nom d'usage : néant. Nom d'usage : rien, zéro, le vide, la fumée. Nom d'usage : aucun, nullard, manque, vapeur, abîme. Né-ant. Puis sur la ligne en dessous, mes prénoms, tous. Ne le perdez pas, surtout, vous en aurez besoin. Je range le papier dans mon portefeuille."

On avait raté le très applaudi Ça raconte Sarah (Éditions de minuit, 2018) qui avait permis à Pauline Delabroy-Allard de recevoir tous les lauriers des principaux acteurs de la scène littéraire française .

On a rattrapé pour cette rentrée littéraire Qui sait,  son second roman qui décrit les aléas troubles de l'état civil, les jeux dangereux entre mémoire et identité.

On aurait adoré l'aimer à fond, ce livre ambitieux, où la narratrice qui semble être l'autrice tente de rechercher ses origines via ses seconds prénoms pour faire face à un  deuil .  Pauline Delabroy-Allard creuse des sujets passionnants comme le  rapport à la littérature et aux auteurs qui nous apporte tant. et qui  nous prouvent que nous sommes des êtres empreint de sentiments. 

pauline

Malheureusement on n' a pas été complètement convaincu par l'exercice, même si cette auto fiction joliment troussée avec de belles formules littéraires parfois bien frappantes : 

" Pas de questions alors, pas de vagues. J’écris parce que le regard de ma mère s’évapore, parce que son silence m’enveloppe. J’écris pour remplir les vides. J’écris pour voir après. J’écris pour plaire. J’écris pour passer la nuit. J’écris pour triturer du bout du doigt les blessures de l’existence. J’écris pour déplaire. J’écris pour ne plus avoir peur. J’écris pour sauver ce qui peut l’être. J’écris pour savoir qui je suis. Si je n’obtiens pas de réponses, alors j’inventerai."

Dommage qu'assez rapidement, le recit s'enlise dans les redites et quelques longueurs dans comme la rencontre avec le fossoyeur ou bien encore sur son voyage en Tunisie…

L'autrice donne l'impression de ne pas vraiment aborder le sujet phare  de son mal-être ( sa fausse couche) et préfère y aller de façon plus contournée et pas toujours des plus passionnantes.. 

Heureusement, cette quête de l’identité de  Pauline  comporte des beaux passages sur la littérature, de Hervé Guibert à  Paul Claudel  en passant par Marguerite Duras et se conlut plutôt  joliment. .

.Un peu trop référencé et désincarné pour être aussi accessible et bouleversant qu'attendu..

Un avis mi figue mi raisin même si les critiques et les blogueurs littéraires semblent vraiment très séduits .

 

Qui sait, de Pauline Delabroy-Allard, Gallimard, 208 p., 19,50 €.

En librairie le 18/08/2022.