C’est l’histoire d’une bavure policière qui aura marqué toute une génération, et même un peu plus.

Le 6 décembre 1986, le jeune homme de 22 ans était tué à Paris par des policiers lors de la répression d’une manifestation étudiante contre la loi Devaquet sur la réforme des universités.

Après la série en  4 épisodes sobrement nommée "Oussekine" diffusée récemment sur Disney plus, le cinéaste Rachid Bouchareb (Indigènes, Hors la loi) s'apprête à sortir en salles le film "Nos Frangins" qui s'en inspire grandement encore et que nous avons pu découvrir en avant première au Comoedia à la mi octobre ..

 

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Nos frangins reconstitue l’affaire Malik Oussekine, cet étudiant tué par la police en 1986, mais aussi, dans la même nuit d’Abdel Benyahia, abattu d’une balle par un policier hors service et ivre, après avoir tenté de séparer une rixe.

Ce fait divers tout aussi tragique, a été un peu effacé des livres d’histoire, mais si son destin  est lié à jamais à celui de Malik Oussekine non seulement dans la mémoire de Rachid Bouchareb, mais aussi dans les paroles de l'inoubliable chanson Petite de Renaud ("Cicatrices profondes, pour Malik et Abdel, pour nos frangins qui tombent, pour William et Michel") qui habille le générique de fin de son dernier film, 

 

Rachid Bouchareb, qui a pu défendre ses partis pris lors de notre rencontre dans le cadre du dernier festival Lumière,  fait le choix d'une unité de temps resserrér, sur quelques jours, lui permettant de mettre en parallèle le destin de Malik Oussekine avec celui de Abdel Benyahia,  un peu oublié des livres d'histoire.

Avec "Nos Frangins", Bouchareb s’intéresse avant tout aux répercussions de ce double-homicide, préférant les , sans doute par manque de moyens, mais pas que, scènes intimistes et les images d'archives aux grandes reconstitutions historiques spectaculaires.

 Dans ses meilleurs moments, le long métrage parvient à trouver l'équilibre entre ce qui relève du devoir de mémoire et la façon dont cette double histoire, ainsi documentée, avec la dynamique entre archives et fiction, vient dialoguer et rencontrer la réalité contemporaine. 

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Cela étant, contrairement à la série, qui propose un traitement  des faits plus minutieux  et plus  complet. Nos Frangins se permet quelques flottements narratifs,  notamment au début du film, qui rend le spectateur assez confus ( on met pas mal de temps à saisir qu'il s'agit de deux histoires de meurtres bien distinctes) .

Son film a certes le mérite de remettre en lumière un souvenir douloureux autant qu’un dysfonctionnement étatique mais son traitement, très minimaliste,  et un parti pris esthétique aux teintes grises et froides sans doute trop uniforme, peuvent un peu dérouter le spectateur. 

Nos frangins

 Heureusement, les acteurs s'en sortent bien dans l'ensemble.

On pense notamment au toujours excellent Samir Guesmi en père peu loquace et  impuissant, ou Reda Kateb, bloc de chagrin vivace, alors que d'autres comme Raphael Personnaz ont un peu plus de mal à défendre des personnages trop flous pour sortir de l'archétype (le flic ténébreux trainant sa peine, forcément en  long imper)

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Malgré ses défauts, le film reste un témoignage nécessaire d'un moment clé des années 80 et nous montre pour quelles raisons  l'affaire Oussekine nous parait  plus actuelle que jamais! 

« Nos Frangins »**  film de Rachid Bouchareb, sort en salles le 7 décembre prochain.

Le film sera projeté hors de compétition ce mardi 29 novembre dans le cadre du festival du film de Société de Royan