Le chorégraphe espagnol Marcos Morau revisite La Belle au bois dormant, le ballet de Tchaïkovski.

Un télescopage des styles et des époques qu'on a pu découvrir en ce mois de novembre  sur la scène de l’Opéra de Lyon.

bekkeUn décor digne d’un club berlinois, un rectangle mouvant aux couleurs fluorescentes, des poupées vivantes, dire que le spectacle de Marcos Morau pousse la confusion à son paroxysme serait un euphémisme.

 Tout est fait afin de perturber le spectateur s’attendant à découvrir une version si ce n’est classique tout du moins moderne de La Belle au bois dormant.

D’emblée, la jeune femme n’est pas le personnage principal puisque les 15 danseuses et danseurs arborent le même costume, tous affublés de robes à crinoline, et brouillent les pistes sur la véritable identité d’Aurora.

Dans un décor minimaliste et angoissant, variant du vert fluo au rouge éclatant, les danseurs se donnent la réplique, formant une symbiose étonnante.

Chaque geste à une répercussion sur les autres, laissant place à un groupe tout à la fois désarticulé et en harmonie.

Le rythme effréné de la musique intensifie ce cycle claustrophobique. Ces éléments associés provoquent une étrange sensation pas loin de l’inconfort qui prend le spectateur désorienté à la gorge dès les premières minutes.

Au fur et à mesure, les danseurs semblent étouffer sous le poids de leurs propres costumes et celui de la scène lorsque cette étrange boîte qui semble les emprisonner se renferme sur elle-même.

Tour à tour, ils s’arrachent leurs tenues, dépouillent le décor, laissant place à une scène quasiment vide.

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Cette métaphore entend donner un souffle nouveau quoique macabre à ce conte qui conserve une vision archaïque de la place de la femme.

Ici, pas de prince charmant qui sauve la belle Aurora mais c’est le groupe qui finit par se sauver en se dénuant de tout, laissant place à un joyeux chaos.

Dans ce spectacle, il n’y a plus de genre, plus de carcans sociaux à porter, la liberté et le groupe prime.

La musique tourmentée se marie parfaitement à Tchaïkovski lui conférant cet aspect sombre et torturé.

Un mélange de style réussi, à l’image de notre époque, cassant les codes et dépoussiérant ce conte avec habileté.

Spectacle vu le 15 novembre 2022 à l’Opéra de Lyon

Rédactrice de l'article :  Nastassia Trushkin