Découvert au OFF d'Avignon cet été, Je ne cours pas, je vole, nouvelle création d’Élodie Menant et Johanna Boyé, débarque à partir du 7 décembre au Théâtre du Rond-Point. Et je ne saurais que trop vous conseiller de courir, de voler voir ce spectacle...                

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Comment devient-on un·e champion·ne, une légende ? Est-ce inscrit quelque part dans nos gênes, dans notre destinée ? Le sprinter jamaïcain Usain Bolt (Olivier Dote Doevi), le coureur de fonds éthiopien Haile Gebrselassie (Axel Mandron en alternance avec Slimane Kacioui), la nageuse française Laure Manaudou (Élodie Menant), la danseuse de ballet russe Rita (Youna Noiret) ou encore le tennisman espagnol Rafael Nadal (Laurent Paolini) vont ouvrir la partie en nous donnant la réponse, ou plus exactement, leur réponse. Tour à tour, ils vont nous raconter comment ils sont arrivés là, comment leurs victoires ont été précédées d'échecs, nous confier à quel point la pression de ne pas décevoir un coach, des supporters, un pays, est capable de leur couper les jambes. Le coup de projecteur se braque ensuite sur la jeune Julie Linard (Vanessa Cailhol) qui, contrairement aux sportifs mentionnés, n'a jamais fait les gros titres de L'Équipe, elle est le pur produit de l'imagination d'Élodie Menant qui s'est inspirée quelque peu d'elle-même pour composer son personnage.

Depuis douze ans, Julie s'entraîne sans relâche pour le 800 mètres aux Jeux Olympiques. Poussée par son père, animée par une rage de se dépasser et une volonté immense de gagner, elle subit sans broncher la dureté d'entraînements qui ne connaissent ni week-ends, ni jours fériés, la pression grandissante de son entourage et éprouve les limites d'un corps rompu à la douleur et à la fatigue qui n'arrive plus à suivre le rythme.

Souffrant d'une blessure au tendon d'Achille et de crises d'asthme chroniques, la jeune femme maintient le cap vers son objectif. Nous partageons son quotidien tout entier dévolu à la compétition, nous nous heurtons avec elle à l'incompréhension d'une mère ou d'un petit copain, nous ressentons sa soif d'aller toujours plus vite, plus haut, cette sensation de se voir pousser des ailes quand elle court... Et son envie de tout donner pour son frère, terrassé par la maladie.

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J'ai été portée du début à la fin par cette mise en scène virevoltante signée Élodie Menant et Johanna Boyé - vous savez, ce duo de talent à qui l'on doit déjà Est-ce que j'ai une gueule d'Arletty ?, lauréat de deux Molières en 2020.

J'ai été bluffée par l'interprétation de ces six comédiens de haut niveau, qui m'ont fait sauter d'une émotion à une autre (une sacrée gymnastique entre le rire et les larmes), capables d'une souplesse inouïe dans leur jeu - aussi précis que leurs mouvements -, glissant de la peau d'un personnage à celle d'un autre - car croyez-le ou non, ils seront vingt-trois à s'étirer, crier, danser, sauter devant vous, sur scène - et entraînés pour réaliser d'impressionnantes figures (le grand écart, notamment !). Ils se donnent âme et corps, avec leur cœur et leur sueur.

Mention spéciale pour les parties chorégraphiées (par Johann Nus) qui viennent ajouter à la pertinence de parler d'eux comme des comédiens-sportifs. 

Sans que le décor y soit pour quelque chose, nous sommes comme télé-transportés sur un terrain d'entraînement ou sur une piste d'athlétisme, grâce aux effets sonores. Certaines scènes nous font entendre les clameurs d'une foule de supporters, l'euphorie de deux commentateurs sportifs, le brouhaha caractéristique dans lequel les coups de sifflet viennent se mêler aux hurlements de joie et de déception. 

Plus qu'un spectacle, c'est une véritable performance que nous offre cette compagnie. Un immense bravo.

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 Découvrez la bande-annonce :

Je ne cours pas, je vole, jusqu'au 31 décembre 2022 au Théâtre du Rond Point, 2bis avenue Franklin Roosevelt, 75008 Paris, Salle Jean Tardieu, 21h (du 7 au 24) et à 20h30 (du 27 au 31) ; 15h30 les 24 et 25 décembre ; 18h30 le 31 décembre ; relâches les 13 et 26 décembre.