NENEH-SUPERSTAR_PHOTO_07Du film « Les Misérables » de Ladj Ly à la série « Braquo », en passant par le film "Robuste" ou le feuilleton historique « Germinal », le comédien Steve Tientcheu, est,  à l'aube de la quarantaine, en train d’imposer sa gueule au cinéma et à la télévision.

A ce sujet, on est plus que d'accord avec l'appelation de  la réalisatrice de Saint Omer Alice Diop qui trouve que Steve Tientcheu  est un comédien " hyper charismatique, une sorte de Depardieu- NDLR : avec qui il a joué dans Robuste- d'aujourd'hui » . 

Il faut dire qu'Alice Diop connait Steve depuis plus de dix ans et a réalisé un documentaire sur le comédien au travail, La mort de Danton en 2011. 

2023 devrait être l'année de sa consécration : Steve sera en effet, rien qu'au premier semestre, à l'affiche de plusieurs films, dont La gravité, Sage homme et Neneh superstar qui sort en salles mercredi prochain.

C'est à l'occasion de la promotion de ce beau récit d'apprentissage qu'on a eu envie d'échanger par téléphone avec un acteur sans fioritures, mais qui dans la vie semble plus pudique et moins baratineur que certains des rôles qu'il a pu jouer . 

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 Crédit photo :  Awatef Chengal

Il faut dire que le comédien est plutôt à contre emploi de ses rôles précédents en incarnant ce père d'une jeune fille de 12 ans qui aimerait intégrer le ballet de l'Opéra de Paris alors que c'est une jeune noire qui n'a pas forcément les codes de l'institution : 

 "J'ai vraiment pris pas mal de plaisir à jouer ce personnage qui est plus confiant, plus optimiste que la mère de Neneh, jouée par Aissa (Maiga) . Il est prêt à percer le plafond de verre parce qu'il veut qu'elle grandisse, il sait que ce n'est pas facile pour elle à vivre au quotidien, mais lui dit qu'il faut s'accrocher à ses reves que coute coute malgré les sacrifices et les épreuves qui l'attendent".

Le destin de Steve Tientcheu pourrait avoir quelques résonnances avec la Neneh du film de Ramy Ben Slimane.

Il a grandi à la cité des 3000 à Aulnay-sous-Bois et fait connaissance avec le théâtre sur le tard, à 25 ans,  en découvrant l’existence du  prestigieux Cours Simon un peu par hasard alors qu’il était médiateur dans un cabinet médical :  «J’avais besoin de sortir de la cité pour apprendre le métier de comédien, À l’époque, le regard des autres comptait beaucoup pour moi, beaucoup trop. Le cours Simon, c’était aussi une sortie, l’occasion de vivre de nouveaux challenges. A 25 ans, je me disais que c'était le bon moment pour y aller. 

Et c'est  à la fin de la dernière année, et finalement  assez vite que tout s'enchaine pour Steve :  "J'ai fait trois ans au Cours Simon puis à la sortie j'ai réussi le casting de  Braquo saison 2 et ensuite  j'ai enchainé pas mal de beaux projets au cinéma  des films d'auteurs de grande qualité comme Rengaine, Les combattants et  Ni le ciel ni la terre, tout ca a pris forme assez rapidement en fait, je ne peux pas vraiment me plaindre...Vous savez, à partir du moment où l'on croit en ses rêves,  il faut y aller, c'est d'ailleurs le message du film de Ramy Ben Sliman  qui n'a pu que me parler (sourires)." 

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 Crédit photo :  Awatef Chengal

Une fois cela dit, et comme le père de Neneh superstar reproche à sa fille dans une des scènes les plus émouvantes du film , les sacrifices financiers qu'il doit faire pour celle ci puisse suivre ses cours de danse,  Steve reconnait aisément que « Le cours Simon, c’est cher, car tout le monde en banlieue ne peut se permettre de sortir plus de 300 euros par mois juste pour prendre des cours d'acteur. "

Concernant la préparation de ses rôles,  Steve Tientcheu nous confie, au détour d'une phrase que, plus de dix ans après le début de sa carrière, il continue de suivre régulièrement des cours de coaching privé avec des professionnels du métier :  "Ce métier est un jeu de tous les jours, et je m'éclate vraiment à le faire, mais en même temps, il faut être carré,  et c'est une fois que tu maitrises bien les règles du truc que tu peux vraiment jouer avec. Ainsi, ces coachings me servent surtout à me préparer pour bien tenir le role, j'ai toujours besoin de sentir une vraie sécurité,  de connaitre le background du personnage que je joue, bref d'avoir avec moi toutes les infos qui peuvent me servir de base solide pour le rôle en question. Souvent, les coachings ont lieu avant le tournage, mais là par exemple, sur le nouveau film de Ladj Ly que je suis en train de tourner, comme j'avais pas le temps de le préparer avant, je prépare le role avec ma coach juste avant les prises."

Malgré le succès de ses derniers rôles, il n’oublie rien de son parcours et notamment de son enfance qu'il livre avec la pudeur un peu bourrue qui le caractérise : "Mon père regardait beaucoup des films du patrimoine français comme Les tontons flingeurs ou  "Le cave se rebiffe". Gabin et Ventura sont vraiment des gens qui m'ont donné envie de donner de faire ce métier. Si j'accepte de jouer ce père aimant dans le film de Ramzy Ben Sliman c'est aussi surement un peu pour rendre un hommage à mon propre daron. "

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 Crédit photo :  Awatef Chengal

Et concernant  justement ces rôles de père aimant d'un enfant qui cherche sa place dans un milieu pas fait pour lui,  on peut dire qu'il commence à les connaitre puisque, outre Neneh superstar, il compose un personnage un peu similaire dans le film de Jennifer Devoldère, Sage Homme, épatant récit initiatique qu'on a pu découvrir au festival du film de Royan avant sa sortie en salles le 15 mars.

Quand on l'interroge sur ce dernier film, Steve nous coupe assez vite..." ah désolé, mais je ne peux pas trop vous en parler, je n'ai pas encore vu le film...  Sincèrement, vous l'avez trouvé comment ce "sage homme" ?"  Quand on le rassure sur le sujet, il nous dit qu'il était ravi de l'expérience, même si il a un regret: ne pas avoir de scène avec Karin Viard à qui il aurait aimé donner la réplique car " quand même, Karine Viard, c'est une sacré comédienne, à la fois populaire et très exigeante dans ses choix de film et dans son jeu."

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 Crédit photo :  Awatef Chengal

Dans ces deux films, il a aussi pour partenaire des enfants (plus ou moins jeune)  et nous avoue que c'est un challenge pas forcement des plus facile à relever : "Avec un gosse en fasse de soi, on ne peut pas tricher, l'enfant, il n'a pas de trucs  et astuces de comédiens comme on le voit parfois chez les pros, là,  dès qu'on dit "action", il faut tout y suite y aller.. "Mais vous savez, la petite Oumy, ( NDLR :Bruni Garrel l'héroïne de Neneh Superstar) ; malgré son jeune âge, elle possède une maturité assez incroyable qui m'a vraiment bluffé ".. 

 Impossible aussi de ne pas parler à Steve Tientcheu du rôle qui aura marqué les esprits de tout le monde, celui du maire au maillot de l’équipe de France floqué « Le Maire 93 » dans le film multicésarisé Les Misérables.

Un rôle clé qui lui a forcément fait évoluer sa carrière , ce qu'il confirme dans un éclat de rire :  "Ah c'est sûr, j'avais déjà de beaux rôles avant le film de Ladj, mais on va dire que , dans les scénarios que j'ai recus après, ceux-ci se sont sérieusement ettoffés . Souvent, on dit qu'un comédien doit attendre 10 ans pour trouver LE rôle qui va tout faire changer et là en jouant ce maire , dix ans tout rond après le début de ma carrière, il est vraiment arrivé au bon moment. 

Mais est- ce que Steve Tientcheu  et ce maire ne forment qu'une seule et même personne pour autant lui coller à la peau quelques années après l'avoir joué? L'acteur répond par la négative :  "Vous savez, au départ, ce maire, il est très loin de moi: je suis beaucoup moins bavard et filou que lui, mais j'ai fait en sorte de me l'approprier pour qu'il me colle à la peau. C'est vrai que dans la rue, les gens me reconnaissent pas mal et m'identifient quasiment tout le temps à ce rôle, surtout quand je porte le béret que j'ai dans le film,donc si je veux être tranquille je ne le mets pas sur la tête quand je sors (rires). " 

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Et sinon, dans sa tête à lui , avec ou sans béret,  quels sont les rêves de grands personnages de cinéma qui l'animent pour les années à venir? :  "J'ai plein d'idées de rôles différents en tête et en même temps, je me laisse porter par le vent et les propositions de scénario qu'on m'envoie. Vous savez, on veut toujours élargir sa palette de jeu. Ce qui est sur, c'est cette envie de jouer des roles de plus en plus éloignés de moi. Là, dans le nouveau film de Kim Chapiron, "Le jeune imam",   et co scénarisé par Ramy Ben Sliman, le réalisateur de Neneh Supestar, je joue un assistant social, c'est un type de rôle que je n'avais jamais joué auparavant et cela m'a vraiment plu d'y apporter  ma personnalité et je l'espère pas mal d'épaisseur "

Et la mise en scène d'un long,  est ce que c'est une envie qui  lui trotte quand il se rase le matin ou à un autre moment de la journée :  " Ah oui bien sur que j'y pense, à fond même.. Vous savez, l'an passé, j'ai tourné; chez moi à Aulnay; ma première réalisation, un court-métrage intitulé « La Chimère*. J'ai vraiment bien kiffé l'expérience et oui, bien sûr, je rêve de la recommencer le plus vite possible. Mais il faut trouver les moyens, le temps et les idées pour tenir le projet jusqu'au bout, on sait que réaliser un long métrage, c'est un truc qui te tient des années éveillé. Enfin, j'y crois à fond, et heureusement, du reste, car sinon qui y croirait pour moi?"

Et, sur ce voeu qu'on espère absolument pas pieu, Steve de nous congédier, non sans nous avoir longuement et chaleureusement remercié d'avoir bien voulu échanger avec lui.. 

Un chic type décidement, ce Steve, en plus d'être un immense comédien, qu'il faut aller applaudir des demain dans Neneh superstar..  

* Ce film, réaliste et sincère, raconte l’histoire de Madi, qui retrouve la cité des 3000 après huit années passées en prison. L’ex-détenu poursuit une chimère en voulant récupérer le « territoire » que d’autres, en son absence, se sont approprié.

 NENEH SUPERSTAR  de Ramzi Ben Sliman avec Oumy Bruni Garrel, Maïwenn, Aïssa Maïga sort en salles le 25 janvier 2023