affiche_678 (3)_0

ON s'en souvient bien  :Un petit frère, le deuxième film de Léonor Serraille, lauréate de la Caméra d’or en 2017 pour Jeune femme,  était le tout dernier film  en compétition à la sélection officielle à Cannes l'an dernier. 

Ce calendrier particulier a sans doute contribué au fait que le film soit passé un peu inaperçu (Entre les murs était vraiment un cas à part)  alors même que ce long métrage est une très grande réussite qui mérite largement d'être découvert comme il se doit à sa sortie, prévue dans tout juste une semaine. 

En s'inspirant  visiblement assez fortement de la famille de son compagnon, Léonor Séraille s'attache à faire le portrait d'une famille immigrée qui quitte la Cote d'Ivoire par arriver à Paris, un portrait loin de l'image  véhiculée dans les oeuvres de fiction.

Dans Un petit frère, il n’est en effet nullement question de clandestinité, de faux-papiers ou de destins souvent glauques et/ou sordides.  

Un petit frère

En suivant pas à pas, avec quelques élipses temporelles souvent malignes, l’histoire d'un trio fusionnel sur presque trois décennies, entre Paris et la Normandie,  Un petit frère évite à tous points le misérabilisme ou le dolorisme qu'on peut retrouver dans les chroniques sociales habituelles, notamment celles des frères Dardenne .. 

Le film questionne ainsi avec une grande intelligence la question du déracinement et de l’intégration, sans le traiter un grand sujet sociétal qui traverse la France dépeinte à l’écran.

 Léonor Serraille opte pour un parti pris assez fort, qu'elle réussit à développer pleinement, quitte à dérouter les spectateurs qui préfèrent les sagas plus classiques : faire de son film une épopée intime, essentiellement centrée sur le foyer familial en s'attardant sur les moments un peu anodins, les instants de flottement qui montre beaucoup de choses sans en dire beaucoup. 

photo_2_un-petit-frere-c-blue-monday-productions-france-3-cinema_r-1600x900

La mère du film, Rose, très  beau personnage loin de l'archétype de la femme soumise, et assez proche finalement dans sa volonté de sortir des conventions et de diktats de la société de la Jeune femme jouée par Laetitia Dosh, choisit les hommes avec qui elle couche, va au gré de ses envies, mais va, au fil des années, perdre un peu de sa superbe, de son énergie et de son enthousiasme. 

 Ce personnage de Rose est magnifié par l’interprétation magnifique d’Annabelle Lengronne, qui, pour son premier très grand rôle,  laisse lentement effleurer ses réflexion intérieurs.

Le film a l'intelligence d'être  découpé en trois partie en épousant les contours de ses trois personnages principaux. À tour de rôle, chacun, la mère puis les deux films occupe le centre de la scène, présentant son regard sur leur famille et l’acclimatation à ce nouvel environnement.

photo_4-un-petit-frere-c-magali-bragard-blue-monday-productions-france-3-cinema_r-1350x900

Mine de rien, le film  raconte aussi  la très forte responsabilité qui incombe à l’aîné, Jean, celui qu’on juge le plus doué, et qui malheureusement ne va pas réussir à soutenir la pression qui repose sur ses épaules. Portrait juste et jamais attendu d’une famille africaine, Petit frère est un  des très grands films de ce début d'année ! 

Petite soeur ***,

Long métrage réalisé par Léonor Séraille

En salles le 01.02.2023

Distribué par Diaphana

Le film  a été projeté lundi 23 janvier 2023 en avant première au cinéma Lumière Terreaux en présence  de Léonor Séraille et d'Annabelle Lengronne.

A venir interview de la réalisatrice et de la comédienne Annabelle Lengronne