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 "Mais que se passera-t-il le jour où on ne pourra plus encaisser ?"

À Splott, sinistre quartier de Cardiff – capitale du pays de Galles ravagée par la désindustrialisation, le chômage et la misère rampante – la jeune Effie, violente et fragile, brutale et tendre, survit à coups d’alcool et de drogues. Abandonnée et solitaire dans un territoire délaissé par les politiques quand il n’est pas détruit par eux.

Troisième gros coup de coeur des créations du OFF 2023,  l'adaptation par le belge Georges Lini du texte "Iphigénie à Splott"  écrit en 2015 par le Gallois Gary Owen. 

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S’inspirant du mythe grec, l'auteur gallois Gary Owen invente une Iphigénie d’aujourd’hui, combative, drôle et furieuse, pour montrer les invisibles et pour parler des classes sociales les plus meurtries par les coupes drastiques effectuées dans les budgets de la santé et du social.  

Effie, on croit la connaître, mais on n’en connaît que la surface et là pendant une heure trente on est contraints d'écouter son parcours, son mental d'acier, mais aussi ses doutes, ses combats, ses rages , ses diatribes contre la société qui délaisse sans vergogne des habitants brisés, en les laissant encaisser encore et encore. ,

Splott, quartier désindustrialisé, en déclin, de Cardiff se réinvente sur le plateau nu d'unThéâtre 11 seulement délimité par un filet de lumières, un canapé en cuir. 

Gwendoline Gauthier incarne avec force et fureur le personnage d’Effie sur la scène du Poche.
Sans misérabilisme ni pathos, souvent avec un humour féroce, le texte d'Owen est aussi percutant qu'un uppercut en pleine poire. 
La mise en scène tendue, sèche, sobre  met surtout en valeur le jeu de l'excellente Gwendoline Gauthier, anti héroïne qu'on ne quittera jamais du regard, elle, son survetement basique et ses grandes créoles aux oreilles. 
Totalement habitée par son personnage, sa complicité avec les trois musiciens qui l'accompagnent  – François Sauveur, Pierre Constant et Julien Lemonnier – est pour beaucoup dans la réussite de cette pièce aussi fougeuse qu'intense, et dont les derniers mots résonnent longtemps en tête d'un spectateur qui quittera un peu groggy la scène du Théâtre 11, avant d'aller rechercher un autre théâtre qui proposera sans doute quelque chose de plus léger mais de moins mémorable aussi .

  Iphigénie à Splott de Gary Owen

  Du 7 au 26 juillet, 11-Avignon, 10h20. Durée : 1h30.  

 Relâches les jeudis 

 Traduction Blandine Pélissier et Kelly Rivière | Mise en scène Georges Lini avec Gwendoline Gauthier