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Comme quoi, la magie fonctionne ! Ce titre accrocheur quoiqu’un peu déconcertant à voir sur une affiche de théâtre : Ferme bien ta gueule. Avec le synopsis présenté, le décor est posé mais laisse à beaucoup à imaginer et de curiosités à creuser… On peut aborder le début un peu dubitatif… Qui sont ces gens qui dès qu’ils doivent s’adresser à l’autre, clore toutes discussions par un « ferme bien ta gueule » ? 

Cette idée originale est tirée de l’esprit de Constance Carrelet et Julien Ratel, auteurs.trices mais eux même comédiens dans la pièce. L’auteur, les metteurs en scène et les producteurs de ce spectacle appartiennent aux Mises en capsules du Théâtre Lepic. Le festival, imaginé par Benjamin Bellecourt, propose chaque mois de mai, de découvrir des maquettes de trente minutes d’un spectacle en devenir. Un spectacle peut naître et être nourri d’années en années grâce à ce concept : c’est le cas de Ferme bien ta gueule, qui a commencé ses premières scènes dès 2017 jusqu’à devenir cet objet unique. 

Dans cet objet, une plateforme en longueur est plantée au milieu de la scène, créant différentes ambiances de décors délimitées. En premier plan, nous entrons dans la maison de Steven et Aurélie sa femme.

Ensemble depuis le lycée, ces quadras vivent sous le même toit mais ne se connaissent plus. Steve, rêveur, ne termine jamais vraiment ses phrases. Julien Ratel se dévoile magnifiquement dans ce personnage d’adulte paumé qui essaie de retrouver son enfant intérieur. Aurélie est très brute mais reste une femme qui n’a pas les mots pour verbaliser et ressentir ses émotions. Si au début, on peut être agacée par elle, Constance Carrelet en fait un des personnage les plus touchants.

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Un soir, il invite chez lui Adil, un inconnu (si drôle auquel on s’attache directement grâce au jeu de Mikaël Chirinian) contacté sur une application , et avec qui il tente de partager son secret et passer ainsi du fantasme à la réalité, une étrange rencontre interrompue par le retour d’Aurélie et de Marie C, la meilleure amie qui prend beaucoup de place mais qui nous fait tordre de rire avec sa recherche du "grand amour" qui l’entraîne dans des situations totalement absurdes. Les codes des genres sont brisés voire inversés, parfois trop stéréotypés et grossis mais l’intention est là. 

Sous ce « ferme bien ta gueule » et ces moments d’émotion, se pose une réalité qui peut toucher : le manque de quelqu’un.e sans pouvoir réussir à l’exprimer, la surprotection de soi pour éviter ses émotions et surtout s’empêcher de vivre une belle histoire d’amour et de vie.

Les gens ne se parlent pas directement, quitte à s’envoyer des punchlines dans la figure. Les quatre comédiens forment à la fin un bel ensemble et créent un dialogue avec le public, sur l’espoir de se questionner sur nos propres faiblesses (qui n’est point un gros mot).

Il en sort une comédie absurbe assez jubilatoire, pas forcément des plus faciles à suivre, à rentrer dans l’intrigue mais dès qu’on y est, impossible d’en sortir ! Encore mieux si on peut le faire en chantant Où je vais d’Amel Bent !

Crédits photos : Cloé Harent

Ferme bien ta gueule de Julie Ratel.

Écrit par Julien Ratel

Mise en scène de Ludivine de Chastenet et Benjamin Gauthier.

Jusqu’au 7 janvier 2024.
Du mercredi au samedi à 21h, dimanche à 17h.
Théâtre Lepic (Paris 18e)
 

Jade SAUVANET