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 On connaît Salim Kechiouche pour l'avoir vu en comédien intense et fiévreux aussi bien chez Gaël Morel ("À toute vitesse"), que chez François Ozon ("Les Amants criminels"), ou Abdellatif Kechiche ("Mektoub My Love", "La vie d'adèle").  

Inspiré à la fois par son parcours de comédien et par le cinéma qu’il aime, Salim Kechiouche livre avec L’Enfant du paradis (en salles mercredi) un premier film intense et  sensible.  

Pour son premier long en tant que réalisateur, Salim Kechiouche choisit de partir de son expérience d’acteur, en s’inspirant à la fois de son meilleur ami, mort dans un accident de moto, et de lui-même, en intégrant des images d’archives personnelles, des vidéos de son enfance.

On a pu échanger avec lui juste avant la sortie en salles de son film : 

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 Un enfant du cru lyonnais mais pas du cinéma 

 Ma première rencontre avec le cinéma, c’était à  Vaux en Velin dont je suis originaire. J’ai été repéré par Gael Morel qui m’a fait débuter dans  » A grande Vitesse ». Par la suite, François Ozon qui avait vu le film, m’a proposé de jouer dans le sien.  Au départ, je n’avais pas particulièrement envisagé une carrière d’acteur, moi ce que j’aimais c’était la boxe et d’ailleurs je pratiquais beaucoup (ndlr : champion de kick boxing 98 et vice-champion de muay tha௠(boxe thaà¯landaise) en 1999 et en 2002). C’est donc, grà¢ce à  ce sport que j’ai j’ai joué mon premier rôle dans le film de François Ozon  » Les Amants Criminels ». C’est celui-ci, qui m’a révélé l’amour du métier, l’envie de réaliser ce rêve, à  la base impossible, pour quelqu’un comme moi qui vient d’un quartier plutôt difficile.

L'enfant du paradis, un film aux fortes inspirations cinéphiles 

Le point de départ  de l'enfant du paradis, ce n'est pas forcément le film de Carné qui a évidemment inspiré le titre, mais c’est le film Carlito’s Way (L’impasse)  chef d'oeuvre absolu avec Al Pacino  pour le coté tragédie inéluctable et impossibiltié de se défaire de son passé, en jouant sur l'unité de temps. 

Mais j'ai aussi beaucoup pensé  à Beautiful d'Alejandro  Iñárritu, en terme de décharge émotionnelle  que j’aime beaucoup et, forcément, le cinéma de Kechiche, de Cassaveteses ou de Pialat. Il y a effectivement toutes ces influences qui m’ont touché, qui m’ont bercé. Ce que j'ai retenu des cinéastes avec lesquels j'ai tourné comme Kechiche mais aussi Gael Morel, qui fait une apparition dans mon film, c'est de donner l'impression que le metteur en scène et le comédien construisent quelque chose ensemble sans lien subalterne beaucoup trop affirmé 


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 L'utilisation des images d’archives

Sur le tournage, je me suis rendu compte que j’hésitais encore à utiliser les images d’archives, même si j’avais ce désir quelque part dans ma tête. J'avais au départ pensé à mettre des images d’animation entre les scènes mais ca donnait plus de distance, moins de sincérité au projet , C’est vraiment  pendant le montage que l’idée de les utiliser dans le film s’est imposée.

J’avais depuis le début ce désir fort que des images évoquent le passé du personnage. Mais j’avais aussi enfoui en moi cette crainte qu’exposer ces traces de mon enfance soit trop impudique. 

J'ai décidé d'intégrer ces images d'archives  en me disant que je me mouillais aussi complètement et qu’on verrait bien ce que ça donne. En fin de compte, elles constituent un hommage à ma mère que j’ai perdue à l’âge de 14 ans, ce qui a été une grande douleur dans ma vie.

Avec le peu de moyens financiers que nous avions, je me suis dit que j’allais faire ça de façon hyper nature et sincère, et me mettre à nu en impliquant des proches et des membres de ma famille.

D'ailleurs, lors de la projection lyonnaise, la semaine passée  il y avait énormément de proches dont certains qui sont bien concernés par ces images d'archives, et leur retour a été super positif alors que je l'appréhendais quand même pas mal ( sourires) ! 

Le choix de la comédienne Nora Arnezeder
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Nora, cela a été une évidence.
Je la connais depuis longtemps et je trouve que le cinéma français la cantonnait toujours un peu trop dans des rôles de belle jeune première, car elle est belle évidemment mais elle vaut aussi bien mieux que cela.
Elle en a eu un peu marre de ce défaut d'imagination des français et  elle est partie aux Etats-Unis et a fait de belles choses là-bas.

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Je me suis dit que ce serait intéressant de la voir dans un registre où on ne l’attend pas. De son côté, elle était très enthousiaste à l’idée de jouer dans un film d’auteur, tourné en mode guérilla, libre et non formaté. Garance apporte à Yazid un avenir, une douceur et peut être une ouverture sur autre chose.
Elle n’a pas reçu la même éducation. 
On sent qu’elle n’a pas les mêmes traumatismes, qu’il y a quelque chose de plus équilibré chez elle, qu’elle pourrait apaiser Yazid. Mais il n’est pas prêt pour ça.

La difficulté de faire un film de manière indépendante

J'ai réalisé le film sur un temps relativement court, en moins de trois semaines, avec un sentiment d'urgence qui sied bien à ce que je raconte mais aussi avec des moyens financiers très réduits qui nous a donné l'obligation de nous réinventer sans cesse et d'adapter le scénario aux contraintes du tournage..

On peut le dire, le tournage, c’était un peu en mode guérilla ! J’ai mis mon propre argent dans le budget du film…

Mais on a fait les choses dans les clous, c'était important que tout le monde soit rémunéré, ce qui a été  le cas,  à part moi et c'est d'ailleurs une des raisons pour lesquels je joue dedans j'étais le moins cher des comédiens (rires) ..

Au dela de ca, je me suis aperçu après le tournage que je n'avais pas vraiment de réseau, que je ne connaissais personne dans ce milieu et heureusement qu'on a eu une bonne fée en la personne de Dominique Besnehard qui a adoré le film et qui l'a présenté à son festival d'Angoulème sans que le film n'ait de distributeur, ce qui ne sait jamais, car comme cela, il a pu trouver un moyen de diffusion et sortir en salles avec ce petit mais génial distributeur qu'est la 25e heure.

Mais en même temps, il a fallu se battre pour que le film ait un beau réseau de distribution, là par exemple, sur Lyon qui est quand même ma ville , il ne passe que sur une seule séance par jour au Pathé Carré de soie, c'est vraiment pas beaucoup, je sais que c'est compliqué avec tout ce qui sort mais quand même j'aurais voulu un peu plus ( sourires) 

Les projets à venir

Je suis en pleine écriture d'un second long qui commence à se mettre en place j'ai notamment  l’envie d’adapter le roman de Yasmina Khadra, À quoi rêvent les loups, qui parle d’un acteur qui tombe dans le terrorisme. 

Mais j'ai d'autres projets  à l'esprit, plus légers, plus dans la comédie aussi en tout cas je m'interdis rien désormais et j'ai eu de très bons retours publics et critiques sur "L'enfant du paradis", et ca c'est un boost incroyable !  

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 L’Enfant du paradis de et avec Salim Kechiouche (France 2023) avec Nora Arzeneder, Hassan Alili , en salles actuellement .

Merci au Pathé de Lyon  au distributeur la vingt cinqiuème heure  et à Fabrice  Schiff pour les photos 

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