30 janvier 2012
L'homme qui voulait vivre sa vie: le film à la hauteur du livre
En général, lorsque je chronique une adaptation cinématographique d'un livre, il est rare que je sois tendre avec, et ma dernière chronique, ne peut que le confirmer.
Heureusement, parfois, il arrive que je sois très satisfait de la version cinéma d'un best seller, et ce, même quand j'ai beaucoup apprécié le roman en question.
C'est notamment le cas avec une des adaptations d'un roman de Douglas Kennedy, réalisé avant la femme du Vème, sorti il y a quelques mois. Il s'agit de L'homme qui voulait vivre sa vie, sorti sur nos écrans en novembre 2010, et qui a connu un franc succès, tout autant que le livre d'origine. La surprise est d'autant plus étonnante que le réalisateur est Eric Lartigau, connu auparavant pour des comédies drôles mais sans plus, Qui a tué Pamela Rose? avec Kad et Olivier, et Prête moi ta main, avec Alain Chabat et Charlotte Gainsbourg.
Il faut dire que, et je peux fairele parrallèle avec le film La vie d'une autre, je trouve le matériau de départ absolument sensationnel. Sauf qu'ici elle est exploitée avec grand talent, et par Kennedy et par Eeric Lartigau : l'intrigue fait en effet se mélanger un questionnement existentiel sur le fossé existant entre sa vie réelle et sa vie fantasmée et un polar sous tension ( un meurtre a été commis, et le coupable est en fuite).
Le personnage principal, ce Paul, avocat qui mène une vie confortable financièrement mais si loin de sa passion pour la photographie va certes profiter d'un acte accidentel terrible pour changer d'identité, mais cela ne lui permettra pas de se sentir plus libre qu'avant, puisque le poids de sa culpabilité sera encore bien plus prégnante que les conventions bourgeoises de sa vie d'avant.
Si l'histoire du film prend quelques libértés avec le roman, notamment le décor de la première partie, déplacée des
Etats Unis au Paris bourgeois, et que la partie à Sarajevo souffre de quelques invraisemblances ou facilités d'écriture (le compangnon de beuverie est forcément un très grand rédacteur en chef du journal de la région), elle tient parfaitement la route, et ne fonce jamais dans le grotesque ou le too much.
Et l'interprétation (sauf peut etre celle de Catherine Deneuve, ici, moins convaincante que dans les autres films récents dans laquelle j'ai pu la voir) est assez formidable, mené par un Duris au top de son jeu, et qui nous fait totalement partager les angoisses existentielles de ce type qui ne sera finalement jamais bien dans sa peau.
Mais la vraie grande surprise du film réside, à mes yeux, dans la mise en scène : là où on aurait pu s'attendre à une réalisation à l'américaine avec forces travelling et scènes d'actions étouridissantes, Lartigau joue la carte de la sobriété, avec une mise en scène même parfois aride, notamment pour la partie à Sarajevo, et aidée par l'excellent travail du chef opérateur usant d'une photographie léchée sans être chichiteuse.
Vraiment une très bonne surprise pour un film que je visionnais sans grand enthousiasme en me disant que comme dans 95% des cas, le film serait à 100 coudées en dessous du roman. Comme quoi on peut parfois se tromper, heureusement d'ailleurs!!
L'homme qui voulait vivre sa vie - Bande annonce
23 janvier 2012
La vie d'une autre: les (timides) débuts de Sylvie Testud derrière la caméra
L'expérience de l'avant première du film The Descendants (qui sort d'ailleurs ce mercredi en salles) m'avait tant plu que j'ai voulu la réitérer. Ainsi, lorsque les cinémas Gaumont-Pathé se sont lancés dans une vaste opération d'avant première pour des films qui sortiront sur nos écrans en février, je n'ai pas hésité une seconde et j'ai fait mon choix sur un des films qui m'attirait le plus : la Vie d'une autre, le tout premier film réalisé par l'actrice-romancière Sylvie Testud que j'apprécie particulièrement, comme je le disais ici.
Contrairement à l'avant première du film d'Alexander Payne, j'arrivais dans les salles de cinéma avec plus d'élèments sur ce que j'allais voir. En effet, je savais que pour sa première réalisation, Sylvie Testud avait choisi d'adapter un roman qui a connu un certain succès et que j'ai eu l'occasion de lire l'été dernier, La vie d'une autre (tiens le meme titre, c'est quand meme bien fait) écrit par la romancière Frédérique Deghelt.
Si le roman m'avait laissé une impression mitigée, j'étais tout à fait
partant pour tenter l'aventure cinématographique car je trouvais que le postulat de départ était absolument formidable, mais que l'auteur ne l'avait pas, à mon sens, exploité jusqu'au bout.
De plus, le duo d'acteurs choisi par Testud avait de quoi faire saliver: Juliette Binoche, et surtout Mathieu Kassovitz sont suffisament rares sur nos écrans pour être ravi de les voir ensemble à l'affiche dans le rôle d'un couple qui doit traverser une terrible épreuve. Et l'épreuve en question n'est pas banale puisque la femme du couple, Marie, se réveille un beau matin en oubliant 15 ans de sa vie, persuadé que l'homme à coté d'elle est son jeune amour rencontré la veille, alors qu'en réalité, elle va vite s'apercevoir qu'ils sont mariés depuis longtemps, parents d'un enfant de 7 ans, et même en instance de divorce. Dès lors, alors que personne évidemment ne se doute de ce qu'elle traverse, elle va tout faire pour faire basculer l'ordre établi. et reconquérir celui qu'elle pensait n'avoir jamais perdu.
Cette idée de départ est donc trés belle puisqu'elle permet de s'interroger sur la routine dans la vie à deux, comment les idéaux du début se noient avec l'amertume et la trahison des relations conjuagales, un peu comme dans le très beau Blue Valentine). Le problème est que d'une vie à l'autre m'a beaucoup plus fait penser à d'autres films, comme L'âge de raison avec Sophie Marceau et surtout Deuxième vie de Patrick Braoudé (au fait qu'est il devenu celui la?) comédie un peu lourdaude où un type indécis se retrouve d'un coup projeté 15 ans après sans vivre la vie qu'il aurait voulu s'il s'était un peu décidé avant.
En effet, jamais Sylvie Testud ne trouve le juste équilibre entre les deux versants du film, la réflexion sur la vie à deux laissant trop souvent le pas à la comédie classique sur les anachronismes entre les époques, et un certain nombre de scènes jouent sur ce décalage (la découverte de l'euro, de l'ouverture automatique des portes de voitures, le mail...) sans que cela ne soit du reste très drôle, et en laissant tomber la vraie quête de l'héroine : sauver son couple. Testud ne retrouve son sujet que vers la fin du film, et cela donne d'ailleurs de belles scènes, notamment cette scène de péniche où le couple Binoche/Kassovitz touche par leur complicité évidente, et la subtilité de leur jeu. En revanche, les personnages secondaires manquent vraiment de consistance, notamment les pauvres Aure Atika ou François Berléand, réduits à jouer les simples utilités.
Même si on sait gré à Sylvie Testud de s'écarter assez largement du roman de Frédarique Deghelt (notamment pour la fin où le livre proposait une solution rationelle, absente ici), on regrette qu'elle n'ait pas écrit elle même le scénario de son premier film, elle qui nous avait montré dans ses romans une subtilité psychologique plus fine.
Bref, je ne pourrais augurer du succès ou non du film, mais la salle dans laquelle j'ai découvert la vie d'une autre était bien froide, et cela m'étonnerait que Sylvie Testud cinéaste ait autant de succès que la romancière. Mais Peut-être aurais-je faux sur toute la ligne? Je l'espère sincérement pour elle, car au risque de me répeter, et c'est pour cela que ma déception est amère, j'aime beaucoup l'artiste.
LA VIE D'UNE AUTRE : BANDE-ANNONCE Full HD de Sylvie Testud
04 octobre 2011
Et après: enfin une version cinéma plus réussie que le bouquin?
Il n'y pas trés longtemps, dans le cadre d'un commentaire que j'ai émis sur un blog de cinéma, j'essayais de trouver des exemples d'adaptation cinématographiques de livres plus réussies que le livre en lui même. Et je dois dire que je ne trouvais pas pléthore d'exemples, du moins dans le cinéma contemporain . Comme ça, sans réfléchir, je citerais simplement deux films que je juge bien supérieur au roman de base :
- Sur la Route de Madison, du génial Clint :il faut dire que le bouquin était une vraie bluette sans style),
- Je vais bien ne t'en fais pas ( autant j'aime beaucoup les derniers romans d'Olivier Adam, autant celui ci que j'avais lu à sa parution, m'avait paru fade, et l'adaptation de Philippe Lioret était une trés bonne suprise).
Je pourrais désormais donner un troisième exemple, même si nous sommes évidemment sur des niveaux moins hauts que les deux films sous nommés: il s'agit de Et Après, l'adaptation éponyme du roman de Guillaume Musso. Le film n'est pas tout récent, il est sorti il ya plus de 2 ans au cinéma, mais je viens juste de le rattraper in extremis en DVD.
Bon, j'ai rapidement donné mon opinion, dans l'article consacré au policier écrit par son frère, Valentin, sur les livres de Guillaume, champion des ventes en compagnie de Marc Levy ou Amélie Nothomb. Certes, je n'ai pas lu toute sa bibliographie (pas folle, la guèpe), mais seulement ses premiers, dont ce fameux Et Après, que j'avais lu dès sa parution, donc sans avoir d'a priori sur le phénomène Musso.
J'avoue que ce livre m'avait laissé une impression plutôt mitigée : d'un coté, je trouvais que la narration était
quand même assez bien foutue et donnait au récit une tournure assez captivante. Maintenant, le style m'avait quand même géné avec ses facilités d'écriture et sa construction manichénne (l'avocat au départ sans scrupule qui va se rédomptionner au contact de ce médecin un peu gourou. Certains passages sonnaient vraiment comme trop appuyés, mais par rapport à d'autres livres de Guillaume Musso que j'ai lu ensuite, je trouvais quand même que ca tenait plutot bien la baraque.
Et du coup, j'ai trouvé que le film garde ce matériau de départ plutôt intéressant, cette idée certes philosophio- mystique que certaines personnes sont des messagers, c'est à dire qu'ils ont la possibilité de déceler chez les individus la présence d'un halo de lumière qui annonce leur mort imminente. Ce postulat passe, pour moi, mieux le cap de l'écran que celui de l'écrit, et Gilles Bourdos, dont j'aimais déja aimé le sens de l'image et de la lumière dans son précédent film, Inquiétudes, met ici tout son savoir faire pour faire un film assez hypotnique.
Quant à une des grandes curiosités du film, à savoir la prestation in english de notre Romain Duris national, qu'on imaginait plutôt éloigné de ce genre d'univers holywoodien, il nous livre une prestation trés sobre et plutôt convaincante, assez proche de celle de Will Smith dans le film 7 vies auquel et après fait assez penser, sur plusieurs points. En revanche, John Malkovich dans ce rôle de chirurgien qui fait penser à une sorte de dieu le père m'a semblé assez monolitique et loin de ses performances les plus exceptionnelles.
Bref, un livre, qui grace avant tout à sa force visuelle ( merci, monsieur le chef op) m'a finalement semblé plus convaincante que le roman de Musso.
03 août 2011
Sacha Lenoir : quand écrivains et cinéastes se rencontrent autour d'un même projet
Lorsque le site les agents littéraires spécialisé dans les maisons d'éditions indépendantes, m'a proposé de découvrir- et vous faire découvrir- l'ouvrage Sacha Lenoir, paru aux éditions Capricci, je me suis dit que ce livre était idéal pour mon blog, et notamment pour ma rubrique " de l'écrit à l'écran".
En effet,Sacha Lenoir est une idée que je trouve assez formidable, initiée par la région des Pays de la Loire et donc la maison d'édition Capricci. En effet, ce projet tend à creuser une passerelle entre romanciers et cinéastes.
La recette est simple, encore fallait-il y penser. Prenez un personnage, une fillette nommée Sacha Lenoir, un décor unique (un ferry) et laisser 5 romanciers français plutôt issus de la nouvelle génération (Maylis de Kerangall, Olivia Rosenthal...) broder une nouvelle de 15 pages autour de ce personnage. Ensuite, montrer ces différents écrits à un réalisateur, connu (Melvil Poupaud; Pascal Bonitzer) ou moins, qui, de son coté, va songer à une adaptation cinématographique autour de cette nouvelle. Enfin, faites rencontrer un de ces écrivains et un ces réalisateurs et faites les discuter ensemble autour de ce projet.
Le coffret Sacha Lenoir se présente donc sous la forme d'une grande boîte contenant 5 petits livrets de taille identique, et chacun contenant une nouvelle suivi de la discussion entre le romancier et le metteur en scène chargé de l’adaptation.
J'avoue que dans tous ces livrets, c'est de loin la partie que j'ai préféré car ces discussions permettent aux
deux créateurs de se poser des questions assez passionnantes autour du processus de création, et notamment autour d'une adaptation cinématographique. Est ce qu'un écrivain se fait forcément des images concrètes des personnages et des situations qu'il écrit? Et est ce que ces images peuvent se confondre avec celles d'un réalisateur, a priori plus compétent pour la mise en images? Les discussions vont donc tourner autour de ces thèmes, et les protagonistes citeront pas mal de références et d'influences permettant d’orienter leurs projets sur un univers plutôt que sur un autre.
Il est simplement dommage que ces discussions restent à l'état d'ébauche, puisque ces films sont restés à la phase de l'écrit, et on aurait aimé recevoir le DVD du court métrage avec le coffret, pour que le projet soit pleinement abouti. De même, et c'est pour moi la réserve principale du concept: les nouvelles en elles-mêmes manquent de force et finalement finissent par un peu toutes se ressembler, une fillette perdue sur un ferry ressemblant pas mal à une autre fillette perdue sur un autre ferry :o)
Des 5 récits, la nouvelle La ligne de flottaison m'a paru la plus convaincante, car elle tente un peu de s'affranchir du postulat du départ et instaure un climat onirico-fantastique qui sied bien à l'histoire. Et l’échange qui suit entre Emmanuelle Pagano, l’auteur et Pascal Bonitzer le réalisateur nous emmène sur des chemins tout à fait passionnants.
En bref, le projet est absolument passionnant, mais la réalisation d’ensemble donne un léger sentiment d’inachevé.
Cela étant, je ne peux qu’encourager à ce que se multiplient des projets similaires, qui ne font que stimuler l'esprit créatif des artistes.
28 juin 2011
Sylvie Testud, l'actrice qui sait manier la plume
Si, depuis plusieurs années, un certain nombre d'actrices françaises se sont trouvés des talents de chanteuse avec plus ou moins de bonheur (le dernier exemple est Mélanie Laurent), assez peu d'entre elles se sont essayées à l'écriture.
Quand j'emploie cette expression, je ne vise pas les actrices qui se lancent dans leur mémoires, car elles ne sont évidemment pas toutes seules derrière leur pages blanches. En ce qui me concerne, dans la catégorie : actrices possédant un vrai talent de conteuse, un seul nom me vient immédiatement à l'esprit, j'ai nommé Sylvie Testud.
J'étais pourtant un peu septique lorsque j'ai lu son premier roman publié en 2003, Il n'y a pas beaucoup d'étoiles ce soir. Je connaissais déjà l'actrice, depuis 1998 et son premier rôle marquant dans le film Karnaval, qui se déroule durant le carnaval de Dunkerque ( avec Clovis Cornillac avant qu'il devienne une star).
Si j'ai très vite apprécié son coté à la fois spontané et effronté à la fois ,je ne me doutais pas que, sous sa pétillante personnalité , se cachait aussi une écrivain bourrée de talent. Ce premier livre n'est pas un roman, il s'agit en fait d'une série d'anecdotes de ses premières années d'actrice, mais par rapport à des biographies classiques, se dégageait un ton, un humour, une maitrise du récit absolument savoureux. Jamais, moi qui adore humer les cuisines internes du 7ème art, je n'avais approché les coulisses de tournage d'un film avec autant d'authenticité et de voracité.
Du coup, et alors que ses rôles au cinéma étaient souvents, à de rares exceptions près, assez décevants, j'ai continué de la suivre en tant qu' écrivain, et j'ai dévoré, dès leurs sorties, ses 2 romans suivants : Le ciel t'aidera et gamines. Tandis que le premier est plus un récit autobiographique sur ses névroses, ses peurs, rempli d'autodérision et d'humour à la limite de l'absurde, le second, bien que trés inspiré de son enfance à Lyon sur les pentes de la Croix Rousse ( quartier que je connais bien, ce qui ajoutait au plaisir de lecture) est sa première incursion dans le roman, mais toujours avec son style propre, original et décalé.
Hélas, comme toutes les bonnes choses ont une fin, mon enthousiasme est retombé à la lecture de son dernier opus, sorti le mois dernier, intitulé Chevalier de l'ordre du mérite.
Une nouvelle fois, Sylvie Testud tisse un roman fortement inspiré de ses propres névroses autour du personnage de Sybille, jeune cadre dynamique, confrontée à une obession pathologique du nettoyage une fois rentrée chez elle. Cela pourrait être cocasse et amusant, cela m'a juste paru assez bâclé; en tout cas pas tres bien foutu et avec une intrigue vite ennuyeuse et qui fait rapidement du surplace.
On attendra donc son prochain pour juger si celui là était un simple accident de parcours ou si c'étaient ses premiers romans qui avaient été écrits en surrégime.
Il faut dire aussi que Mademoiselle Testud tente également simultanément l'expérience de la réalisation avec un premier film, la vie d'une autre (inspirée d'un autre roman pas terrible, méfiance, donc), et à force d'avoir plusieurs fers au feu, inévitablement, on peut parfois se brûler...
09 mai 2011
L'élégance du hérisson contre sa version cinéma, qui l'emporte?
1 Elégance du hérisson, le livre de Muriel Barbery
Il y a Renée et il y a une petite fille. La première mange du chocolat noir, boit du thé et lit de la "grande littérature". La deuxième nous annonce dès le début qu'elle veut mourir. Renée est concierge d'un immeuble de Paris et la fillette, un membre d'une famille quelque peu dysfonctionnelle.
Tout semble bien tranquille pour Renée qui passe inaperçue jusqu'au jour où un Japonais arrive dans l'immeuble suite à la mort d'un des locataires. Ce monsieur comprendra Renée et se liera d'amitié avec la fillette.
Immense succès littéraire devenu un vrai phénomène de société, j'ai lu ce livre quelques temps aprés sa sortie, donc avec quelques a priori plutôt négatifs, et je dois dire que j'ai été plutot agréablement surpris.
'Certes, au départ, ces deux personnages agacent, par leur prétention affirmée, surtout la petite fille surdouée et font un peu trop factices pour émouvoir vraiment, ... Mais, au fil des pages, progressivement, les personnages changent, communiquent, se rencontrent, aiment et tout s'arrange et devient plus intéressant et même assez touchant dans sa dernière partie.
Pas le chef d'oeuvre du siècle, mais par rapport aux succès planétaires de Lévy et consorts, un vrai talent littéraire évident.
Si on voulait être méchant, on dirait que le fait que le hérisson a perdu de son élégance se voit un peu à l'écran. Tout y est assez fidèle, et pourtant ici, ca ne fonctionne pas vraiment : les répliques, tirées pourtant du livre font ici dialogue sentencieux et appuyé, et la petite fille est encore plus agaçante que dans le livre. Bon évidemment, Balasko est à son top, dans un role qui lui va très bien, mais justement il manque un peu l'effet de surprise propre à un contre emploi. La mise en scène est trop sage pour transcender l'écrit, et du coup, si le résultat n'est pas déshonorant, on se demande quand même l'utilité d'un tel film, à part pour l'aspect mercantile, vu le tiroir caisse qu'avait fait résonner le roman.
05 mai 2011
pièce montée, la littérature gagne à plat de couture sur le grand écran
Un mariage, c’est souvent à la fois drôle et triste à pleurer… Dans Pièce montée, Blandine Le Callet, romancière née en 1969, s’amuse à démonter pièce par pièce le gâteau suprême, « cette pyramide grotesque ponctuée de petits grains de sucre argentés », à l’occasion d’un mariage bourgeois dans une campagne de la province française. Plutôt sympathique comme sujet. Surtout qu’en général, l’euphorie apparente des convives cache des choses bien noires…
À chaque chapitre, le lecteur découvrira un personnage singulier tiré de l’assistance, qu’il s’agisse du dragueur de service, de la tante frustrée, de la mariée soucieuse de la perfection de la cérémonie, ou du marié soudain pris d’une terrible angoisse existentielle…
Très belle réussite que ce premier roman dont l'idée géniale est d'avoir choisi de suivre différents protagonistes d'un mariage ( le marie/ la mariée, le pretre, les témoins...) et de revoir plusieurs fois la même scène sous des angles différents. L'exercice, souvent périlleux, est ici parfaitement maitrisé et nous offre ainsi une palette d'émotions différentes, du cynisme aux doutes, de la mélancolie aux vacheries, sans oublier les secrets honteux revelés en pleine cérémonie.
Cela pourrait sembler raté et ridicule , mais le résultat est gracieux et trés drole. Un succès de librairie et d'estime parfaitement mérité!!!
Voila l'exemple typique d'une adaptation -presque- totalement ratée d'un roman qui ne l'était pas du tout. Autant le livre était une petite merveille d'humour et de maitrise autour d'un mariage vu par ses principaux protagonistes (voir ci dessus) , autant le film est un vaudeville banal, succession de scénettes pas déplaisantes à regarder, mais aussitôt oubliées.
Le gros problème du film, à mon sens réside dans l'écart principal avec le roman qui nous faisait revivre la même scène, mais avec un angle de vue différent selon le narrateur, alors qu'ici, on n'est dans la tête d'aucun personnage en particulier, on suit un peu le marié, puis le prêtre, puis la mariée, puis sa soeur, mais tous ces personnages n'existent jamais réellement et restent en l'état de simples ébauches.
Certains personnages (notamment la pauvre Julie Gayet, magnifique dans Clara et moi) sont même carrément sacrifiés sous l'autel de la caricature et du gag qui ne fonctionne pas.
Reste à sauver deux ou trois belles scènes, dû surtout à la grace de deux superbes actrices, de deux générations différentes, Clémence Poésy et Danielle Darieux.
01 mai 2011
shutter island vs shutter island, le film ou le livre?
Nous sommes dans les années cinquante. Au large de Boston, sur un îlot nommé Shutter Island, se dresse un groupe de bâtiments d'allure austère. On dirait une forteresse. C'est un hôpital psychiatrique. Mais les pensionnaires d'Ashecliffe Hospital ne sont pas des patients ordinaires. Ils souffrent de graves troubles mentaux et ont tous commis des meurtres particulièrement horribles. D'où la présence de gardes armés sur l'île.
Lorsque le ferry assurant la liaison entre Shutter Island et le continent aborde ce jour-là, deux hommes en descendent : le marshal Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule. Ils sont venus à la demande du directeur de la prison-hôpital et du médecin chef, le docteur Cawley, car l'une des patientes, Rachel Solando, manque à l'appel. Il s'agit d'une dangereuse schizophrène qui a tué ses trois enfants dans un moment de crise et demeure convaincue qu'ils sont vivants.
Son évasion est inexplicable, elle semble s'être volatilisée. Comment a-t-elle pu sortir d'une cellule fermée à clé de l'extérieur et franchir les barrages de sécurité ? Pour aller où ? L'île est totalement inhospitalière, bordée de falaises abruptes, baignée par de violents courants ; or, malgré les recherches entreprises sur place, Rachel n'a toujours pas été retrouvée.
De façon tout à fait subjective comme objective également, Shuttler Island constitue pour moi un des meilleurs thrillers de ces 20 dernières années : une maestria énorme, un des livres qu'on a envie de relire une seconde fois après la dernière page refermée pour essayer de voir ce qu'on a pas compris, et de trouver un nouvel éclairage à l'aune du rebondissement final que personne ne pouvait deviner.
Je pense que pour apprécier pleinement le film, il ne faut avoir lu le roman de Lehane auparavant, car forcément il va apparaitre d'un niveau inférieur, simplement déja parce que l'on se souvient forcément du twist final, et du coup, l'effet de surprise ne peut pas autant nous prendre à rebrousse poil, et dès le départ, on voit forcément le héros autrement que comme un simple marschall, et on a d'ailleurs l'impression que le scénario nous distille les doutes sur sa santé mentale plus rapidement que le livre.
De même, adapter un livre aussi fort bute sur les limites du visuel sur l'imaginaire: en nous plongeant dans le roman, on se faisait une idée de l'ile, de l'asile, et du phare où se passe ces experiences horribles sur le cerveau humain, et irrémédiablement, l'illustration de ces lieux, même créés par ce superbe styliste qu'est Scorsese apparait plus fade que ce qu'on avait en tête.
En outre, Scorsese a misé sur les effets visuels horrifiques (les rats, les hallucinations très voyantes), et un peu de sobriété aurait certainement encore attisé la tension.
Des 3 cinéastes qui ont adaptés Lehane au cours des dernières années, j'ai la nette impression qu' Eastwood avec Mystic River ou Ben Affleck avec Gone baby gone s'en sont mieux tirés,mais il faut dire aussi que les romans choisis, avec un suspens moins important que l'ambiance générale s'y prétait certainement mieux.
Cela étant dit, et encore une fois pour ceux qui découvriraient l'histoire, Shutter Island reste un très efficace polar, dont la fin éblouissante et tellement triste ne peut que hanter les mémoires longtemps aprés sa vision.
29 avril 2011
La fenetre panoramique richard yates vs les noces rebelles
1. La Fenetre panoramique, le roman de Richard Yates : April et Franck forment un jeune couple avec deux enfants sans histoire, bien sous tout rapport selon l'agent immobilier qui leur a trouvé un pavillon moderne dans une banlieue new-yorkaise. Mais par La fenêtre panoramique de leur maison, on réalise vite que sous le vernis des apparences, leur face à face est en train de tourner au cauchemar.
Entraînés dans une vie et un univers petit-bourgeois qu'ils ont toujours rejeté, nos deux héros tentent de se débattre, cherchent une issue à un quotidien abrutissant, confrontent leurs désirs et leurs renoncements. Avec une écriture au scalpel, sans jamais un mot de trop, Richard Yates nous plonge dans ce récit oppressant.
J'ai aimé l'idéalisme d'April et sa violence, la psychologie du couple tout en nuances, le soin apporté par l'écrivain à tous les personnages secondaires, le questionnement intemporel sur le couple (la difficulté de communiquer, les concessions, l'usure du quotidien).
Pas vraiment la lecture la plus joyeuse qui soit, loin de là pour mais un véritable petit bijou sur les non dits dans les relations de couple porté à l'écran par Sam Mendes et rebaptisé pour l'occasion Noces rebelles que j'ai également vu préalablement au cinéma.
2. Les noces rebelles, le film de Sam Mendès
Ce film qui ferait déjà l'évènement de par son casting, 12 ans après Titanic, vaut bien plus que cela : Les "Noces Rebelles" est avant tout un des film les plus forts jamais réalisés sur le couple, dans la lignée d'"Eyes Wide Shut",des Bergman ou de "qui a peur de Virginia Woolf", qui pose des questions très dérangeantes sur ce qu'on attend de l'autre dans un couple.
Evidemment, ce film ne peut pas plaire à tout le monde, car on est d'emblée plongés à l'intérieur de ce couple à l'atmopshère étouffante, il faut un petit temps d'adaptation avant d'y entrer, mais une fois dedans, on est bluffés par l'intelligence des dialogues, de la fluidité du récit, des personnages secondaires bien troussés, de la qualité de la mise en scène (pas théâtrale pour un sou comme on pourrait le croire) et évidemment celle de l'interprétation.
Par rapport au livre, le film ne perd pas vraiment de sa force , reprenant fidèlement la même thématique et le même ton sur le fil du scalpel, presque clinique. C'est un rare exemple d'une adaptation réussie, grace à la mise en scène de Mendès, déja auteur du superbe American Beauty et surtout à cette idée d'avoir réuni le couple mythique de Titanic en les plaçant à nouveau dans un naufrage, même si celui- ci est moins spectaculaire et plus quotidien.





