27 janvier 2012
Loin d'ici: Michel Delpech, le taxi driver romantique
J'aimais déja bien Michel Delpech, l'homme peut-être du reste plus que le chanteur, et je l'apprécie encore plus depuis qu'il a participé, pour son tout premier rôle au cinéma, dans mon film préféré de 2011, les Biens Aimés de Christophe Honoré. Visiblement, Honoré insistait lourdement pour qu'il joue dans son film, et Michel Delpech a accepté à la condition qu'il n'ait pas à pousser la chansonnette, remarque d'autant plus étrange que tous les autres acteurs du film chantent, puisque le film est une tragédie musicale.
Sa prestation trés convaincante apporte une vraie bouffée d'air frais au film, puisque toutes les scènes dans lequel il joue sont plus légères que la tonalité d'ensemble de l'oeuvre. Cela est d'autant plus étonnant que la personnalité de Michel Delpech est assez indissociable de la forte dépression qu'il a connu pendant de très longues années, dépression dont l'artiste a longuement parlé, que ce soit dans plusieurs récits autobiographiques ou sur les plateaux de télévision.
Bref, plus que ses immenses succès, Pour Un flirt ou Le Loir et cher (avec le fameux refain : "on dirait que ca te gêne de marcher dans la boue"), j'ai voulu aller explorer cette part plus mélancolique avec son titre Loin d'ici que j'ai redécouvert dans son album de duo qu'il a enregistré voilà quelques années avec plusieurs artistes de la nouvelle scène française.
Dans Loin d'ici, sorti à l'origine en 1985 ( voir photo du 45 tours, ouh que tu es vilain avec cette moustache,
Michel!) Delpech se met dans la peau d'un chauffeur de taxi romantique qui fantasme à fond sur la belle demoiselle assise à l'arrière de son véhicule, et visiblement inconsolable d'avoir été quittée par son homme. Nous ne sommes pas ici dans les comédies romantiques américaines, et surtout le format d'une chanson est bien plus courte pour que le miracle se réalise: à la fin du titre, le "taxi driver" repartira tout seul sans même un regard de la belle.
La chanson n'en reste pas moin belle et évanescente, et surtout m'a permis de regarder les chauffeurs de taxi différement : maintenant, je sais qu'un petit coeur bat derrière leurs côtés bourrus : on peut donc écouter les grosses têtes sur RTL et être un vrai romantique, merci Michel de nous l'avoir fait comprendre!!!
Voici donc une version de Loin d'ici captée en live, malheureusement, je n'ai pas trouvé la version chantée en duo avec la peu connue Alexandra Roos, duo très réussi tant les deux voix se mélangent parfaitement.
Elle pleure sans bruit dans mon rétro
6h30 l'temps est pourri j'mets la radio
J'entends plus l'moteur
J'entends plus qu'mon coeur
De taxi driver
Elle part loin d'ici
Loin d'ici loin d'ici
Elle pleure la nuit tombe tout doucement
J'ai pris le périph',changé de tarif
Machinalement
J'ai la tête ailleurs
J'suis un peu trop rêveur
Pour un taxi driver
Elle part loin d'ici
Loin d'ici loin de ma vie
J'voudrais lui parler
Trouver les mots
Qui aurait pu lui dire
J'voudrais l'empêcher de s'en aller
Et lui crier je t'aime je t'aime...
Elle pleure Orly brille dans la nuit
Elle dit bonsoir donne un pourboire
Et c'est fini
Elle regarde l'heure
Apelle un porteur
J'suis qu'un taxi driver
24 janvier 2012
La petite de L a tout d'une grande
S'il fallait désigner une révélation musicale féminine au cours de l'année 2011 dans la chanson française, et avant que les Victoires de la Musique ne la consacre dans quelques semaines, une seule artiste mériterait ce titre sans la moindre contestation. Cette dernière porte comme nom de scène une seule et unique lettre, comme le célèbre fils de Louis Chédid, le fameux M.
En effet, totalement inconnue du grand public en début d'année dernière, la chanteuse L, alias Raphaële Lannadère, a réalisé une remarquable percée dès la sortie de son premier album baptisé Initiale. La partie n'était pourtant pas gagnée d'avance. Car le répertoire de L ne correspond pas forcément à l'air du temps. Et d'ailleurs, la première écoute Initiale m'a un peu rebuté, car les influences de Barbara ou Brel étaient un peu trop voyantes, et l'ensemble, de la voix aux arrangements, m'a semblé vraiment trop désuet, et vraiment passé de mode.
Toutefois, des écoutes ultérieures du disque m'ont convaincu du potentiel de la demoiselle, qui, surtout, possède un talent indéniable pour trousser des textes très forts, à mille lieux de la simple énumération du quotidien, comme le font certains de ses collègues avec plus ou moins de talent. Lers chansons de L sont en général des réelles fictions musicales polissées en 4 minutes chrono, et qui abordent des sujets parfois intimes, parfois plus d'actualité, parfois un mélange des deux.
A ce titre, la véritable pépite du premier album de L est à mes yeux, et sans hésitation, son premier single, la chanson Petite.
Petite, ca raconte en fait le point de vue d'un type, client de prostitué, et qui tomve amoureux d'une petite, une prostituée afraicaine sans papier et renvoyée de France.
Petite inhale ainsi, de par son texte, et sa mélodie, un parfum fort et entêtant de subversion, d'exotisme et tellement d'actualité. Le dénouement sera forcément tragique, l'amour entre ce pauvre quidam et cette jeune catine étant indubitablement voué à l'échec.
Les mots choisis sont très beaux, nouant une poésie urbaine à laquelle il est difficile de ne pas y résister. Et, cerise sur le gâteau, la tessiture de la voix de la chanteuse fait ici énormement penser à du Véronique Sanson de la grande époque, ce qui est pour moi un immense compliment.
Pour ceux qui ne connaissent pas ce morceau, pourtant diffusé sur certaines grandes ondes de Radio France, je vous laisse l'immense plaisir de le découvrir dès maintenant.
Ma p'tite ma douceur
Je me souviens de tout
Ces talons crève-coeur
Et l'odeur de ton cou
Les trottoirs qui luisaient
Parce qu'il avait plu
Ta peau de nacre noir
La courbe de ton cul
Ce bruit des bracelets
Que tu cales à tes pas
Qui écrivait chaque fois
Mon coeur en pointillés
Puis tes yeux surtout
Et leur drôle de lueur
Ma p'tite ma douceur
Je me souviens de tout
Il faisait presque nuit
Et j'ai juré au ciel
Que t'étais pour ma vie
Une patrie nouvelle
Je voulais tout apprendre
Tes rires ton drapeau
Les marques sur ta peau
J'avais mon coeur à vendre
J'ai oublié mon nom
Pour m'rappeler tes chansons
J'laissais mes souvenirs veufs
Pour toi pour être neuf
Amnésique en exil
Et déjà patriote
J't'ai conté mes idylles
Jusqu'à c'que tu m'adoptes
Refrain
J'voudrai juste te r'trouver
J'peux pas croire qu'ils sont fous
Pour t'avoir embarquée
Sans que j'puisse te r'parler
Faut qu'j'te dise que mon corps
Ne peux pas t'oublier
Et que je porte encore
Sur ma peau tes baisers
Je suis tous les tapins
Aux parfums truandés
Qui vendent leur destin
Contre des faux papiers
Loin des bars tapageurs
Et des quartiers branchés
Y'a tes petites soeur
J'aurai dû t'épouser
13 janvier 2012
Son nom,c'est Lemay...
Ca y est, à peine 9 mois de blog, et voilà déja que je commence à recycler mes vieux articles. Les plus fidèles lecteurs de ce blog se souviendront en effet que j'ai déja consacré un billet à la chanteuse québécoise, protégée de Charles Azanavour, à savoir Lynda Lemay.
Dans ce billet, je rappellais notamment que si Lynda Lemay s'est fait connaitre depuis maintenant plus de 15 ans avec La Visite, elle a alterné avec grande régularité chansons moqueuses et légères sur des travers de la vie quotidienne, (Chéri, tu ronfles, Les épouses ) ou alors avec des chansons au thèmes plus graves et plus mémorables (J'ai battu ma fille, Chaque fois que le train passe, Des comme lui).
Vous l'aurez compris, je préfère largement le versant plus émouvant de l'artiste que le coté " pouet pouet", et à travers ma rubrique "les trésors cachés de la chanson française", j'aimerais vous parler aujourd'hui d'une chanson que je trouve particulièrement émouvante, intitulé Mon nom.
Dans cette chanson, qui me fait étrangement penser à un morceau pas très connu de Jean Jacques Goldman "Parler de ma vie", Lemay parle de ces moments où la langue se délie, où, poussé par le desespoir- ou aidé par l'alcool-, on se sent le coeur à se confesser plus que de raison, et éventuellement raconter ses mal êtres, ses2 trésors intimes, ses angoisses, ses zones d'ombre...
Moi qui suis plutot un type pudique, parfois même trop, il m'est arrivé, devant un(e) quasi inconnu(e) de m'épancher
plus que de raison et de tout dévoiler ce que j'avais sur le coeur, à cause de circonstances exceptionnelles, et de me réveiller le lendemain matin en m'en voulant un peu.
Lorsqu'on est dans le jeu de la séduction, si, en général, il est coutume de ne pas jouer cartes sur tables d'emblée afin de laisser une grande part de mystère, on peut aussi tenter l'effet inverse: tout dévoiler à l'autre dès le premier instant de telle sorte qu'il n'y aura pas tromperie sur la marchandise, de "vice cachée" comme c'est trop souvent le cas lors des premiers instants d'une rencontre.
Cette rencontre qui se noue avec cet inconnu où Lynda Lemay livre tout dès le premier soir ne donnera peut etre rien, il se peut que le type va s'enfuir à toutes jambes devant tant d'impudeur. Mais peut etre aussi que bouleversé devant cette fille qui déflore tout devant lui, il sera touché par ce manque de confiance et commencera un bout de chemin avec elle.
Les gens choisiront selon leur degrès d'optimiste, ce qui est sur, c'est que ce morceau me parle tout particulièrement, d'autant plus que je trouve les rimes trés bien troussés, et le vocabulaire choisi particulièrement percutant.
C'est pour cela qu'avec le clip, je vous offre aussi, une fois n'est pas coutume, les premières paroles du morceau, pas forcément trés gaies, mais maintenant, vous commencez à me connaitre un peu, je pense:o)
"Si vous me demandez mon nom
Je vais vous donner mon adresse
Puis si vous me demandez l'heure
Je vais vous raconter ma vie
Sans retenue et sans pudeur
Comme si vous étiez mon ami
Si vous me demandez mon nom
J'peux bien vous donner mon corps
Et si vous en voulez encore
Je recommencerai pour vous
Sans retenue et sans remords
Comme si vous étiez mon mari
Si vous me demandez mon nom
Je vais vous parler de mon père
Qui était toujours à la maison
À la même heure après l'travail
J'vous raconterai des feux qui ne sont pas de paille
Qui brûlent encore longtemps après les fiançailles
J'vous raconterai la vie que je voudrais connaître
Une main dans la vôtre, peut-être ...
06 janvier 2012
Alain Bashung : un bijou, parmi tant d'autres...
Après mon billet sur Bénabar, artiste qui est bien loin de faire l'unanimité (et le nombre de commentaires que j'ai pu avoir, est là pour en témoigner), je choisis, en ce premier vendredi de 2012, un artiste plus consensuel, et pourtant moins populaire, troublant paradoxe dont la scène musicale française a l'habitude.
Cet artiste, c'est Alain Bashung, décédé il y a bientot 2 ans déja, et qui nous manque terriblement, tant il nous offrait un univers à part, que ce soit au niveau des mélodies et de ses textes, toujours trés métaphoriques, et trés lyriques.
J'ai bien entendu écouté et acheté ces derniers albums, mais j'avoue avoir préféré ses premiers, sans doute moins ambitieux formellement, mais plus acessible. Dans la chanson, j'avoue préférer les textes plus directs, moins allégoriques que ceux de Bashung dans son dernier album Bleu Pétrole, par exemple. Et de même, j'ai entendu plusieurs personnes me dire que "la nuit je
mens" était pour elles la plus belle chanson d'amour jamais écrite, de mon coté, si je suis effectivement totalement emporté par la mélodie, il m'a fallu au moins 100 écoutes pour comprendre qu'elle parlait d'amour :o)... Oui oui, pour moi, c'était juste l'autoprtrait d'un menteur nocturne, qui "prend des trains à travers la plaine", et c'est tout (eh oui je suis un peu bas du front parfois).
Bref, s'il fallait choisir entre les deux périodes, disons que je suis plus Bashung première époque, avant qu'il fut encensé par les Inrocks et compagnie, et à ce titre, mon morceau préféré de l'artiste est certainement ce Bijou, Bijou que ma mère écoutait début des années 80.
Bon, à 5 ans, pas sûr que je sois emporté totalement par la poésie du morceau, mais quelques années plus tard, j'ai piqué le 33 tours dont il était extrait pour le mettre sur ma platine perso, et rêver à cette histoire à la fois baignée par le quotidien (le café, le rv chez le dentiste...) et qui nous emmène aussi bien plus loin, avec les riffs de guitare de Monsieur Alain.
Encore une fois, je n'ai pas réussi à trouver sur les caneaux de vidéo tradi un enregistrement de ce morceau par Bashung lui même, donc je vous propose une -assez belle, reconnaissons le- version de ce titre par un groupe que je ne connaissais pas, intitulé "Je vous déteste".
Moi, Monsieur Bashung, évidemment, je vous adorais et pour tous ceux qui sont comme moi, voici 4 minutes de petit bonheur :
Je vous Deteste : "Bijou Bijou"
30 décembre 2011
Benabar: Un rien.. et beaucoup à la fois..
Si, la semaine passée, j'avais choisir une chanson bien de circonstance pour ma rubrique "musique", là, dans ma besace, ne figure aucune chanson festive propice au Nouvel An, bien au contraire.
J'avais envie de vous parler d'une chanson totalement méconnue d'un artiste qui l'est beaucoup moins, puisqu'il s'agit de Bénabar, artiste très populaire depuis une dizaine d'années, et qui a connu un succès qui a dépassé un peu tout le monde, lui y compris, je pense.
J'ai totalement adhéré à ses 3 premiers albums, sa façon de narrer le quotidien tout en racontant aussi des chroniques tellement justes, tellement vraies, tellement amusantes aussi. Hélàs, la source semble un peu s'être tarie, et ses deux derniers albums sont incontestablement de qualité inférieure aux précedents.
Cela dit, il reste capable de trousser quelques perles, et dans son dernier CD, Les bénéfices du doute ( qui laisserait penser que Benabar n'est pas dupe de son manque d'inspiration), deux chansons m'ont vraiment mis la larme à l'oeil, Moins Vite, sur la crainte de voir ses enfants grandir rapidement, bien trop rapidement (un sujet qui m'interpelle énormément, allez savoir pourquoi), et Les Mirabelles ,chanson hommage à l'acteur Jocelyn Quivrin, qui avait tourné avec lui dans le film Incognito et qui est décédé tragiquement d'un accident de voiture en 2009.
Mais dans ma rubrique des trésors cachés de la chanson française, c'est sur un autre de ses morceaux que
j'aimerais revenir, un qu'il n'a jamais enregistré en studio, à mon grand désarroi car j'ai découvert ce titre lors du seul concert de Bénabar auquel j'ai assisté, en 2009 à la Halle Tony Garnier. Si le concert m'avait déçu dans l'ensemble (faut dire que j'étais mal placé, et que je n'aime définitivement pas cette salle de concert), Benabar nous avait offert un vrai petit moment de grâce de 4 minutes avec cette nouvelle chanson qu'il a attaqué seul au piano, laissant du coup les accordéons et autres trombones qui alourdissent souvent ses compositions.
Ce morceau intitulé Un rien, m'a énormément touché, car elle parle de ces occasions manquées dans une vie, de cette audace que les grands timides ne possèdent pas et n'osent jamais provoquer, au risque de le regretter des années après. Je ne sais si ce sujet est personnel à l'auteur, mais il l'était pour moi pendant bien longtemps. J'ai trouvé que l'écriture, fine et délicate, et la mélodie, simple mais plus qu'agréable à l'oreille, formaient un tout parfaitement assorti.
Je pensais que Benabar allait conserver cette chanson pour son album suivant, histoire de le faire découvrir à ceux qui n' n'avaient pas eu le chance d'aller l'applaudir, mais visiblement, il n'a pas souhaité le faire, et vu la qualité d'ensemble de son dernier album ( beaucoup de morceaux sans saveur qu'on écoute aussitot oublié), je pense qu'il aurait dû. Cela m'aurait évité de vous montrer le seul extrait que j'ai pu dénicher, un enregistrement d'un concert à Rennes film visiblement au téléphone portable, donc tremblant et tout flou. En plus, visiblement lors de ce concert, Benabar a eu quelques ratés au piano, et en joue, ce qui désolennélise un peu le moment de recueillement que j'avais senti lors de sa prestation lyonnaise à ce moment là.
Quoiqu'il en soit, je vous laisse avec ce petit moment pour commencer le vendredi, en espérant que vous serez aussi émus que moi.
Benabar - Un Rien (inédite) Live @ Rennes
09 décembre 2011
Les séparés: Quand Juju magnifie les poèmes d'amour
Tiens, sans le faire vraiment exprès, voilà que mon billet du jour fait un parrallèle à celui d'hier. Après Une séparation, voici que je vais parler des séparés, bref encore une histoire de gens qui ne vivent plus ensemble, comme quoi c'est un thème éternel dans l'art, quelque soit son mode d'expression.
Ici, l'oeuvre dont je veux parler a eu moins de renommée que le film iranien sorti cette année, et c'est normal, puisqu'il s'agit du nouveau volet de ma rubrique les trésors cachés de la chanson française, et que si ce morceau avait été vendu par des milliers d'auditeurs, eh ben, le trésor ne serait pas vraiment caché.
Bref, à l'origine, cette chanson Les séparés de l'immense Julien Clerc n' en est pas une (de chanson, bravo à ceux qui suivent), mais un poème datant du 18ème siècle, et écrit par une poétesse, une certaine Marceline DESBORDES-VALMORE, à l'oeuvre abondante, mais plutot inconnue du grand public.
Un jour Bertrand de Labbey l'agent de Julien, lui fait découvrir le poème « Les séparés ». Julien tombe sous le charme et composera une mélodie et l'interprétera dans l'album intitulé "Julien" qui sort en 1997.
Le poème en lui même, le voici:
Les séparés
N'écris pas. Je suis triste, et je voudrais m'éteindre.
Les beaux étés sans toi, c'est l'amour sans flambeau.
J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre,
Et frapper à mon coeur, c'est frapper au tombeau.
N'écris pas!
N'écris pas. N'apprenons qu'à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu'à Dieu...qu'à toi, si je t'aimais!
Au fond de ton absence écouter que tu m'aimes,
C'est entendre le ciel sans y monter jamais.
N'écris pas!
N'écris pas. Je te crains ; j'ai peur de ma mémoire ;
Elle a gardé ta voix qui m'appelle souvent.
Ne montre pas l'eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N'écris pas!
Ces quelques vers sont déja d'une grâce et d'une justesse éblouissante, mais mis superbement en musique par Juju lui même (qui est un vrai grand compositeur, et qui a toujours mis lui même les mots des plus grands paroliers d'Etienne Roda Jil, Jean Loup Dabadie, et Carla Bruni... cherchez l'erreur :o) et porté par la voix, non moins superbe, et reconnaissable à tous de notre Juju national, toujours aussi fringuant à 49 ans ( à l'époque de la chanson) ou à 63 ( actuellement).
Mais arretons de parler de choses qui fachent (le temps qui passe) et écoutons, si vous le voulez bien, cette illustration parfaite qu'un poème oublié peut devenir une grande chanson, même si un peu oubliée elle aussi. Et promis, demain, je ne parle pas du livre Dan Franck Une séparation que j'ai lu aussi, vous risquerez de saturer quelque peu...
01 décembre 2011
Le coming out d'Alexis HK
Lorsque j'ai écouté la première fois Alexis HK, précédé d'une trés flatteuse réputation dans les milieux bobos ( euh ca a du m'arriver de fréquenter ces milieux, mais une fois ou deux pas plus :o), je dois dire que je n'ai pas accroché du tout, et notamment à cause de sa voix, et des arrangements qui me parraissaient tous les deux comme trop désuets, trop ringards.
Puis cet artiste a donné, il ya quelques années, un concert à la bibliothèque où travaillait ma copine, et là, j'ai remisé mes a priori et surtout, j'ai bloqué sur une de ses chansons, dont le texte, surtout m'a fait l'effet d'une claque dans la gueule ( excusez de la trivialité de mes propos).
Cette chanson, qui s'appelle Coming Out, et extrait de son album l'Homme du Moment, sorti en 2005, est un vrai bijou de narration et de conduite d'un récit. Il est rare qu'en 4 minutes chrono, un auteur compositeur arrive à nous camper aussi bien un personnage, un espace, un lieu, avec autant de précision, et de talent, grâce à des textes qui mélangent pudeur et ironie.
Coming out, comme son nom l'indique, relate le jour où un jeune provincial venu vivre à Paris décide de redescendre
dans sa ville natale afin d'avouer à ses parents les transformations morphologiques qu'il a rencontrées. L('anti) héros de cette chanson est en effet un transexuel, et visiblement, ses parents l'ont toujours connu homme, et vont le découvrir pour la première fois femme.
Coming out est donc l'histoire de ce trajet en train où le narrateur essaie de trouver les mots pour expliquer ce qui a coup sur ne passera pas, mais hélas, sans dévoiler la fin, le trajet va prendre une coloration encore plus tragique que celle qu'on pouvait deviner au départ.
Personnellement, c'est un thème que j'ai vu rarement abordé dans l'art, et encore moins dans la variété française, or c'est pourtant un sujet toujours d'actualité puisque encore aujourd'hui nombre d'enfants sont rejetés par leur famille, en raison de leurs modes de vie ou de leur sexualité.
Sans être didactique ni démago, Coming Out nous raconte l'hsitoire d'une tragédie personnelle comme il en existe tant, et qui cristallise tous les rejets et préjugés de notre société. Alexis HK le disant moins pompeusement que moi, je vous laisse donc avec ce morceau (qu'hélas je n'ai pas trouvé en clip, mais en enregistrement pas trés réussi d'une émission sur France 5). J'ajouterai simplement que depuis, Alexis HK a abandonné- temporairement?- la chanson à texte pour adulte, puisqu'il a opéré un virage avec la chanson enfantine, non sans un certain succès, avec notamment la Chanson des Ronchonchons que les enfants adorent.
Personnellement, ayant passé l'âge de 6 ans depuis quelques années( ah oui c'est vrai faut que j'arrete de parler e mon âge :o), je'ai une très légère préférence pour ce Coming Out que je vous propose d'écouter dès à présent.
25 novembre 2011
Apprendre à vivre sans toi: la saga Renaud continue
En cette année 1994, pendant que Renaud s'appitoyait sur la mort de son petit chat, un autre chanteur français portant le même prénom sortait un single où il était également question de travail de deuil. A l'époque, je me rappelle avoir écouté alternativement chacuns de ses deux cris du coeur, les 2 CD posés sur ma chaine aux 3 platines ( ils ont pas fait long feu, ce genre d'appareil), et je ne suis pas persuadé qu'on soit pléthore dans ce cas là.
Car ce Renaud là, Hantson de son nom patronymique, n'a jamais vraiment réussi à percer au dela du cercle restreint de quelques afficionados qui le suivent depuis le début de sa carrière, entamée au début des années 80 avec son groupe Satan jokers, dont il n'était pas le chanteur, mais le batteur.
Ce qui est étonnant c'est que Satan Jokers est un groupe de hard rock, assez radical, et que Renaud Hantson s'est ensuite lancée dans une carrière solo dans une veine beaucoup plus pop, pour ne pas dire variété (dans ma bouche, n'y voir aucune connotation péjorative, mais ce n'est évidemment pas le cas pour tout le monde).
A partir de 1987, Hanston va sortir plusieurs albums solos, que j'ai presque tous achetés (c'est fou combien
j'achetais de CD à une certaine période), dont le plus réussi et celui qui rencontra le plus de succès ( parfois ca peut être lié) sorti en 1994, et s'appelle Des plaies et des Bosses.
C'est dans cet album que figure ce morceau, Apprendre à vivre sans toi, cette chanson écrite par Hantson en hommage à Michel Berger, décédé deux années avant. Il faut savoir que Renaud Hanston était un peu le protégé de Michel Berger car il l'avait choisi pour faire partie de l'aventure Starmania, dans sa seconde version, puis dans la Légende de Jimmy, dont il jouait le rôle titre.
L'héroïne de la chanson, qui doit donc "apprendre à vivre sans lui" n'est autre que France Gall, et comme je fais partie de ceux qui ont été profondément marqué par la disparition de Berger (je me souviens parfaitement à quel moment je l'ai appris), la chanson prend donc une résonnance particulière.
Mais au delà de ce cas précis, ce morceau est, à mon sens, une des meilleures jamais écrites sur le deuil.
Même si les paroles peuvent paraitre faciles, elles sont diablement efficaces, et le crescendo des guitares, notamment sur le 2e couplet, est de ceux qui me transporte le coeur. Dans ce morceau, comme dans d'autres de sa discographie, on pense fortement à du Daniel Balavoine, car Hantson arrive comme le faisait l'interprete de l'Aziza, à monter trés haut dans les aigus, et possède un phrasé un peu similaire, et c'est peut-être une des raisons qui font qu'il n'a pas eu la carrière qu'il méritait certainement, certains trouvant la copie trop conforme.
En entendant, je vous propose d'écouter ou de réécouter ce morceau, 3ème volet de ma rubrique "les trésors cachés de la chanson française".
Renaud Hantson - Apprendre a vivre sans toi
18 novembre 2011
Le petit chat est mort...( et Renaud va pas bien mieux)
Cette semaine, une partie des médias s'est alarmée sur l'état de santé de Renaud, notre "chanteur enervant" préféré, qui est, visiblement, en pleine dérive, visité par ses vieux démons, et ravagé par les dégats de l'alcool. Le journal Aujourd'hui en France, que j'achète quasi quotidiennement, est notamment allé le filer pendant une journée pour s'apercevoir qu'il passait toutes ses heures à la terrasse d'un café à siroter ses pastis, les yeux totalement hagards.
Si la méthode d'investigation fait plus penser à des techniques de paparrazi qu'à ceux de journaliste d'information, le résultat est le même : Renaud ne va pas bien, c'est le moins que l'on puisse dire, et outre la presse, des proches, comme son frère Thierry Séchan ou Hugues Aufray, sont là pour nous en informer. Et un groupe de 250 fans se sont regroupés sur Facebook pour tenter de sauver le soldat Renaud.
Renaud aurait perdu l'inspiration et attendrait sans trop y croire le déclic, et une éventuelle muse, une nouvelle Romane Serda qui lui avait permis de retrouver son génie créateur en 2002 avec l'album Boucan d'enfer.
Car évidemment, depuis ses débuts dans les années 70 , il en a créé des merveilles, Renaud, et avec le second volet de ma rubrique "les trésors cachés de la chanson française", j'ai voulu revenir sur ses titres, sortis en single, mais que les radios et le public ont plus boudés que ses grands standarts.
Le choix était large dans son répertoire, comme Il pleut, magnifique ballade sur un père divorcé qui regrette de voir si peu sa fille, mais en vidéo, je n'ai jamais trouvé Renaud la chantant, mais que des amateurs, seuls avec leur guitare (c'est fou le nombre de guguss qui se filment en train de chanter- faux très souvent- à la guitare et qui le postent sur U tube). Pareil pour Dans ton sac, chanson oh combien juste sur les différences fondamentales entres hommes et femmes, les rares vidéos que j'ai trouvées faisaient rire, certes, mais c'est pas trop le but de mon article.
Du coup, j'ai choisi une autre chanson de Renaud que j'affectionne tout particulièrement, Le Petit chat est mort
, sorti en 1994 et extrait de son album A la Belle de mai, du nom d'un quartier de Marseille. Cet album, j'avais 18 ans à sa sortie, et c'est peu de dire que je l'ai écouté en boucle dans ma chambre!!! Et cette chanson illustre tout à fait la Renaud's touch : comment parler des choses fondamentales de la vie en donnant l'air de ne pas y toucher?
Car le grand sujet de cette chanson est avant tout la liberté : ce chat "était libre d'aller et de revenir pour bouffer. il était meme pas prisonnier de ton amour insensé". Pour moi, Renaud s'adresse à sa femme, ce qui rend très belle la comparaison entre la fin du chaton et celle possible de leur couple : "le petit chat est mort, et toi et moi, on va couci couca". Toutefois, sur la toile, les autres (fadas?) qui analysent ce morceau ont une autre interprétation : c'est sa fille que le chanteur veut consoler dans ce morceau de la mort de son félidé.
Quoiqu'il en soit, une chose est sure : à travers cette balade accompagné par un accordéon doux et sensible, Renaud profite pour lancer quelques piques sur ses cibles préférées : la religion (" pourquoi c'est toujours les petits chats, jamais les papes qui tombent du toit?"), et l'impérialisme américain ("un moineau, c'est pas plus dégueu qu'un Mac Do"). Même dans ses morceaux aux abords les plus doux et plus anodins, la plume de Renaud est trempée dans le fiel et l'impertinence.
Dès lors, on comprend mieux pourquoi le Renaud actuel se trouve dans un tel état: lorqu'on a été touché par la grace créatrice, difficile de se dire qu'elle nous a totalement abandonné. Comment c'est pas avec ce genre de discours qu'il va aller mieux, Renaud? Euh, c'est vrai qu'en général, je suis pas le type le plus doué pour remonter le moral aux gens qui en ont besoin... donc, je lâche l'affaire et vous laisse avec cette belle chanson de notre chanteur enervant qui désormais attriste plus qu'il énerve, hélas....
Renaud - Le Petit Chat Est Mort
11 novembre 2011
Julien de Martin Rappeneau
Bon, en préambule du tout premier volet de ce qui sera peut-être une longue série de mon blog, je tiens à vous rassurer. Ces "trésors cachés" sont totalement subjectifs. J'appelle ainsi des morceaux qui me touchent profondément, pour X ou Y raisons, et qui n'ont pas eu la renommée que j'aurais aimé qu'ils aient.
L'auteur peut être célèbre ou non; la chanson en question, normalement, doit être connue que de quelques happy fews.
Pour cette prémière pépite, en ce 11 novembre, j'ai choisi une chanson d'un artiste qui a un rapport direct avec le.... cinéma (tiens, comme c'est étrange) puisqu'il n'est autre que le fils d'un grand réalisateur français, Jean Paul Rappeneau, dont je vous parlais dernièrement avec la projection d'un de ses (rares) films, Le sauvage.
Son fils, Martin, a démarré une carrière d'artiste compositeur au début des années 2000, avec un premier album, La moitié des choses, que j'avais acheté en 2003 et dont j'avais été surpris qu'il ne connaisse pas le succès, tant les textes et les mélodies étaient bien supérieures à la moyenne de la production musicale.
J'ai vu sur Wikipédia que Martin Rappeneau "évolue dans la tradition de quelques grands romantiques comme Michel Polnareff ou William Sheller". Moi, personnellement, ses mélodies et sa voix me font immédiatement penser à Michel Berger. Mais sans le copier, Rappeneau arrive à insuffler une certaine modernité dans le texte et les orchestrations.
Des 3 albums qu'a enregistré Martin, mon préféré est le deuxième, L'age d'or, dans lequel figure son premier single, Julien, que je vous propose de découvrir ou de réecouter pour ceux qui connaissent.
En racontant la peur qui étreint un type que sa copine laisse un matin pour rejoindre son ex, le Martin en question, Rappeneau nous montre une sensibilité et surtout nous fait bien ressentir les non dits dans une relation amoureuse. On a beau faire le fier, le mec qui s'en fout, mais en fait, à l'intérieur, on crève de trouille que l'objet de notre amour fasse la comparaison qui tourne forcément en notre défaveur, qu'elle se dise qu'en fin de compte, c'était pas forcément plus mal avec le mec d'avant.
Bref, cette chanson a pas mal résonné en moi, et vu qu'elle est passée quand même assez inappercue, j'imagine être un des rares à l'avoir ressenti ainsi. Je trouve également la mélodie magnifique, avec cette envolée de cuivre au moment adéquat.
A la fin du morceau, on reste en suspens : on ne sait finalement si cette petite entrevue avec ce Julien méritait que Martin s'en inquiète ou non. Franchement, les filles, vous avez pas envie de le consoler, le Martin vu ce qui lui fait subir sa moitié?
Allez, trêve de bavardages, et écoutons, si vous êtes open, ce Julien par Mathias Rappeneau.
