Baz'art : Des films, des livres...

18 mai 2012

Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie : tout est dans le titre!!

encoreunenuitdemerdefolioNick Flynn n'avait pas connu son père. Ce dernier écrivain sans oeuvre un brin mythomane, menait une vie de bohème, tandis que son fils, lui-même apprenti poète, traversait une jeunesse instable. Jusqu'à leur rencontre dans un asile pour SDF de Boston. Les souvenirs affluent alors, en désordre, à l'image d'un roman familial chaotique, mais aussi d'une médiation poétique sur la filiation. Sans apitoiement, dans une langue fulgurante, Nick Flynn use tour à tour de toutes les formes littéraires pour cerner enfin la mythique figure paternelle, dans l'espoir de donner ordre et sens à sa propre vie. Cette entreprise héroïque, à la porte universelle, devient ainsi un acte de foi dans la grandeur de la littérature.

Dans ce roman entre autobiographie et biographie, l'auteur réunit deux vies en un seul roman: la sienne et celle de son père, qui l'a abandonné durant son enfance. La vie de son paternel est marqué par un sentiment d'échec et de misère cuisants, l'entrainant dans la déchéance, l'alcool, jusqu'à ce qu'il devienne SDF. Et le fils va, plus ou moins inconsciemment ou non, reproduire le même  schéma paternel et le même destin chaotique.
Le livre entremele alors  les deux histoires, les deux destins, sans vrai souci de chronologie et c'est au lecteur de suivre le fil de ce récit morcelé, et de remettre à sa juste place les pièces du puzzle.

Ce livre ne se réduit ni à un document social sur la misère urbaine, ni à un simple récit autobiographique. S'il rend dignité et parole à toute une humanité souffrante, il s'agit avant tout d'une méditation de poète sur la filiation, hantée par le spectre du roi Lear et les échos de Becket. Bref, un texte assez difficile d'accès et pas forcément à mettre devant tous les yeux.
Car si l'écriture, et sa petite musique si particulière, et qui possède une vraie flamboyance, suit bien ce ryhtme échevelé et de cette quête du père qui est tout sauf linéaire, j'avoue m'être bien vite perdu à essayer de mettre de l'ordre dans ce récit et assez vite, me suis retrouvé, exterieur à cette histoire, pourtant si tragique et authentique.

Un peu de sobrieté et de classisime n'aurait pas nui à la cohérence du récit...

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14 mai 2012

L'amant de Patagonie d'Isabelle Autissier

amant1880, Ouchouaya, Patagonie. Orpheline farouche, Emily l'écossaise a 16 ans, de longs cheveux bouclés, les yeux verts. En cette période d'évangélisation du Nouveau Monde, Emily est envoyée en Patagonie en tant que « gouvernante » des enfants du Révérend. Quelle étrangeté soudaine ! Elle qui ne sait rien de la vie découvre à la fois la beauté sauvage du détroit de Beagle, l'alliance des gris, bleus, verts et blancs, les saisons de froid intense et de soleil lumineux, toute l'âpre splendeur des peuples de l'eau et des peuples de la forêt, les baleines et les orques, au bout du Monde. La si jolie jeune fille, encore innocente, découvre aussi le corps d'Aneki, autochtone Yamana, dont elle tombe amoureuse. Alors, sa vie trop sage bascule. Réprouvée, en marge des codes et des lois de la civilisation blanche, Emily fugue, rejoint Anaki et croit vivre une passion de femme libre. Jusqu'au drame. Peut-on faire table rase de ses origines ? Doit-on s'oublier pour renaître dans la peau d'une autre ? Une magicienne ou une étrangère ?

Lu en avant première avec le magazine Version Femina, le nouveau roman d'Isabelle Autissier, L'amant de Patagonie, est en fait est le tout premier roman que je lis d'elle. En fait, pour moi, je vous avouerais même que j'en étais restée à sa profession d'orginie, celle de navigatrice en solitaire jusqu'en 1999, et j'avais complètement squeezé l'information selon laquelle elle était devenue écrivain, avec notamment un livre (coécrit avec Erik Orsenna, 2006) de Salut au Grand Sud. 

Il n'est évidemment pas très étonnant que tous ses romans parlent de mer et d'aventure, et celui- ci ne déroge pas à la règleautissier. L'ancienne illustre navigatrice a voulu partager un des endroits cher à son coeur, qui la fascine depuis plus de 10 ans et où elle se sent chez elle, la Patagonie, avec plus au sud les Iles du Cap Horn et le détroit de Beagle. 

Nous nous attachons à ce peuple que nous savons dès le début de l'histoire condamné, prenons partie contre ces missionnaires rigides, ces chargés de missions scientifiques, ces explorateurs avides qui auront tous de bonnes raisons pour  détruire un peuple innocent fondu et heureux dans un monde hostile mais merveilleux.

Sur fond d'anthropologie naissante, de colonisation des terres patagonnes par les blancs, d'affrontements sanglants entre les tribus Yamana et Alakaluffs, de croyances scandées, le roman d'Isabelle Autissier puise à la fois aux sources du réel et de la fiction : qui connaît mieux que la navigatrice les mers du Grand Sud et leurs histoires ?

D'ailleurs, les parties les plus réussies sont les parties documentaires, qui nous apprennent  énormément sur cette région du monde que je connais si mal, certaines des coutumes décrites dans le livre apparaissant pour le moins étonnantes.

Isabelle Autissier a un peu plus de mal avec la fiction pure, ses deux héros à la Roméo et Juliette nous apparaissent en effet trop factices, trop fabriqués pour convaincre et émouvoir pleinement.Certains passages souffrent également d'une langueur malvenue dans ce genre d'histoire qui appelle un vrai rythme et un vrai souffre.

Cependant, pour qui aiment les romans d'aventure qui dépaysent totalement et changent des intrigues contemporaines se déroulant dans un 2 pièce bourgeois du 16ème, l'Amant de Patagonie est à conseiller sans l'ombre d'une hésitation.

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07 mai 2012

Philippe Djian, une affaire de style avant tout...

Philippe-DjianMon rapport à la littérature se joue parfois de faits étranges, et pas forcément très rationnels. Prenez Philippe Djian. Après avoir vu à 12-13 ans (bon j'étais un peu jeune, je pense, pour ce genre de film, que faisaient donc mes parents?), le film de Jean Jacques Beineix 37,2° le matin qui m'a fait l'effet d'une vraie claque, j'ai décidé de lire juste aprés le livre dont il est tiré, dont Djian est l'auteur, et ensuite de dévorer tous les ouvrages qu'il a publiés, de ses débuts en 1983 à ceux écrits à la fin des années 1990.

Ainsi, je me souviens parfaitement avoir lu sur la plage plusieurs des bouquins du bonhomme, de Bleu comme l'enfer, son tout premier, à Maudit Manège, en passant par Lent Dehors, Assassins, ou bien encore Sotos.

Pourquoi un auteur comme Djian, quadragénaire un peu libidineux, et ses écrits sur ces types un peu paumés, aimant les excès en tous genres (nicotine, alcool, joint, sexe),  ayant un gout prononcé pour le rock, et attirés par des filles plus jeunes et surtout par leurs corps pouvait autant séduire l'ado mal dans sa peau (pléonasme?), peu séducteur, très sage, et écoutant exclusivement pop et variet', que j'étais?

Avec le recul, difficile de répondre à cette question. Je sentais chez l'auteur et dans les histoires qu'il racontait une vraie liberté, un vrai souffle et une audace dans ses (anti) héros que j'enviais certainement. Et une vraie mélancolie ressortait de ses pages, cette mélancolie à laquelle j'ai toujours été très sensible dans n'importe quelle oeuvre, qu'elle soient littéraires, musicales ou cinématographiques.

Et j'aimais aussi beaucoup les aphorismes dont il abreuvait la plupart de ses romans, que je trouvais alors d'une pertinence folle (« Si on ne peut pas avoir le cœur de quelqu'un, faut-il pour autant renoncer au reste ?; in Assassins ») (« Se fixer des buts dans la vie, c'est s'entortiller dans des chaînes in 37,2°le matin. »)

Car, plus que l'histoire proprement dite, ce qui a toujours le plus intéressé Djian, c'est le style évidemment, ce qu'il appelle "la musique de l'écriture", celle que possédait les auteurs américains qu'il venère par dessus tout, de Faulkner à Bukowski. Pour Djian, « N'importe quel crétin est capable de raconter une histoire. La seule affaire est une affaire de rythme, de couleur, de sonorité. ». L'écriture de Djian possède de fait quelque chose de très cinématographique qui ne pouvait me laisser indifférent, et Jean Jacques Beineix ne s'y était d'ailleurs pas trompé.

Ce style si particulier, je le retrouvais aussi dans les chansons qu'il a pu composer pour le chanteur Stefan Eicher, avec qui il a noué 16016stephan-eicher-philippe-djian-le-havreune profonde amitié, et pour lequel il a écrit ses plus belles chansons en français (Déjeuner en paix, Pas d'ami comme toi, Tu ne me dois rien,...) que j'écoutais en boucle tout en lisant...du Djian:o) Bref, un vrai fan...

Et puis, comme cela arrive parfois, il arrive qu'on tourne le dos à ses amours de jeunesse et qu'on évolue en changeant de vie. Est-ce moi, qui, en devenant père de famille responsable(?), me suis lassé de ces histoires de vieux beaux touchés par des démons de midi un peu pathétiques? Ou bien est-ce Djian lui-même, qui, en refaisant toujours un peu le même livre, et en privilégiant toujours autant la forme au fond a un peu perdu de sa superbe et semble être un peu sur pilote automatique?

Quoiqu'il en soit, après avoir un temps totalement arrété de lire du Djian, qui continua pourtant de sortir un livre tous les 18 mois, avec notamment sa série Doggy Bag en 6 volumes, inspirée des séries américaines les plus brillantes comme Six Feet Under, je m'y suis remis dernièrement en lisant coup sur coup Impardonnables puis Incidences, sortis respectivement 2009 et 2010, et hélas, je n'ai pas réussi à retrouver l'enthousiasme de mes 15 ans.

Et, pourtant, ce qui est évident, pour répondre à la question c'est que, contrairement à d'autres auteurs que j'aimais étant plus jeune (Didier Van Cauvelaert), les écrits de Djian sont immuables, c'est même assez rassurant de voir que dès les prmières pages, on retrouve des thématiques et un ton qui n'a pas bougé d'un iota. Mais alors, dans ce cas, pourquoi n'ai- je pas réussi à retrouver la même passion pour ces livres qu'avant?

Cela dit, modérons mes propos : je dois reconnaitre que le premier de ces deux romans, Impardonnables, dont André Techiné en a tiré un film sorti l'été dernier, fut quand même pour moi un très bon moment de lecture. Cette histoire d'écrivain qui a perdu sa femme et l'une de ses deux filles, tuées sous yeux dans un accident d'automobile, et dont la seconde fille disparait, reste assez intriguante, et surtout, Djian nous montre qu'il reste quand même un styliste hors pair: des phrases courtes, un ton sec et tendu, un phrasincidencesé à la fois épuré et lyrique,

J'aurais peut- être dû rester sur cette bonne impression car j'ai voulu enchainer avec un autre de ses romans publié récemment en poche, Incidences, et là, j'ai senti un peu trop fortement la redite. Dans Incidences, on suit à la trace Marc, un écrivain prof de fac, qui découvre un matin que Barbara, l'étudiante avec qui il vient de passer la nuit, est morte. Il se débarasse du corps dans un gouffre et poursuit sa vie de prof friand de jeunes élèves, et vivant avec sa soeur. Bientôt, la belle-mère de la disparue Barbara souhaite le rencontrer pour qu'il lui  parle de la Barbara.  A son grand étonnement, il tombe amoureux de cette femme d'âge mûr, et s'engage dans cette relation quelque peu sordide...

Ici, malgré son talent stylistique et la persistance de ses phrases choc (Celui qui n'attendait rien n'était jamais déçu.Celui qui ne péchait pas par optimisme ne tombait jamais de haut) toujours bien présent, je n'ai pas mordu à l'hameçon. La faute sans doute à une histoire vraiment trop peu crédible (ce n'est vraiment que dans les romans qu'on cache un corps d'une femme morte, dans la vraie vie quiconque irait à la police, non?) et, surtout dont Djian semble s'en contrefoutre assez royalement.

Bon, au début de mon billet, je disais que Djian s'est toujours senti plus concerné par le style que l'histoire, donc, soit je me suis lassé du style Djian qui n'arrive plus à cacher la vacuité de son intrigue, soit, c'est moi qui suis plus attentif au fond d'une oeuvre, et moins à la forme,  mais, quoiqu'il en soit, ses prochains romans méritent encore qu'on y jette un oeil, ne serait ce qu'un distrait...

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04 mai 2012

L' architecte Paul Andreu nous parle de sa maison

la maisonDans mes lectures récentes, je vais vous parler d'un court mais intense roman, La maison, écrit par un certain Paul Andreu, et publiéchez Stock il y a déjà trois ans. Comme son titre l'indique, le roman décrit une maison dans le détail ,de son architecture, à la descpription de ses habitants.

Il faut savoir que Paul Andreu connait parfaitement son sujet car il n'est autre qu'un architecte de très grand renom, il est notamment l'auteur de l'aéroport de Roissy et de l’Opéra de Pékin, et membre de l’Académie des beaux-arts. Avec ce roman, Andreu troque l’équerre pour la plume en publiant chez Stock, son premier roman, La Maison, l’histoire d’une maison entre rêve et mémoire : celle d’un archipel intérieur.

Ecrire 115 pages juste sur une maison peut sembler une idée étrange, et pas forcément très passionnante de prime abord.

Or, il faut reconnaitre à Paul Andreu un vrai talent à conduire ses lecteurs avec une subtilité aérienne sur les chemins de l'enfance. Les habitants de la maison sont croqués avec humour et tendresse, le grand[ère, gardien du feu...un père qui veille sur les tuyaux, à chacun sa fonction et ses territoires.

Paul Andreu nous livre là un premier roman tout en intimité sur la maison qui l’a vuAndreu_Paul s’épanouir : "La maison est le lieu où sont nées mes émotions, où elles ont grandi ». Parfois hésitant, prudent avec ses souvenirs où resurgissent les odeurs, les jeux, les découvertes etautres secrets de cette maison. Cette maison cocon, il nous la décrit simplement comme il l’a aimé. Dans un langage parfois poétique, tout ressurgit, les expériences du jeune chimiste comme les rapports paternels, sans trop denostalgie il nous la dépeint avec élégance.


Pourtant, très vite, les souvenirs d'enfance se mêlent aux decsriptions, et nous font penser à nos propres souvenirs. Andreu ne se contente pas de décrire de façon technique chaque pièce de cette maison mais n'oublie pas aussi de parler de sa jeunesse, avec notamment un beau portrait de son grand père.

Un récit parfois un peu inégal (quelques anecdotes peuvent ennuyer) mais La Maison un joli récit où la nostalgie a droit de cité, un geste qui reste toujours à saluer, lorsque l'entreprise est réussie.

 

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25 avril 2012

Grace de Delphine Bertholon : grâce, ou es tu?

grace1981. Grâce Marie Bataille, jeune trentenaire supporte tant que bien que mal les absences de son mari représentant en électroménager. L’arrivée d’une  jeune fille au pair d’origine polonaise pour s’occuper des enfants Lise et de Nathan va semer le trouble. 2010, Grâce, sa fille, son fils et ses petits enfants fêtent Noël ensemble dans une étrange atmosphère. De curieux évènements se produisent, des secrets de famille ressurgissent. Les souvenirs réapparaissent, les langues se délient.

Après Twist, dont je vous ai longuement parlé et dont je vous ai même fait gagné un exemplaire, j'ai eu la chance de lire, grâce à Version Femina, Grace, le tout nouveau roman de Delphine Bertholon, écrivain lyonnaise sorti au début du mois d'avril et qui fait partie de ces auteurs dont je suis toujours l'actualité littéraire avec un vrai plaisir.

Grace, comme Twist, témoigne de la vraie ambition de cette romancière qui aime toujours autant mélanger les époques et y méler des narrateurs différents. En effet, le tout nouveau roman alterne des lettres de Grâce à son époux à partir de 1981 et le présent narré par son fils Nathan. Un fils lui même devenu père et qui est un jeune veuf.Bertholon-Delphine

De plus, Delphine Bertholon se paie l'audace de mélanger aussi les genres : son roman est à la fois une chronique de moeurs sur le travail de deuil, un portrait des années 80, et aussi une histoire teintée de paranormal et de fantastique avec une histoire d'évenements étranges qui pourraient être l'oeuvre d'un fantôme.

Sur un territoire (les secrets de famille) maintes fois usité par le roman français, Bertholon a voulu lui donner un coup de fraicheur et d'inventivité, ce qui est tout à son honneur.

Hélas, contrairement à Twist, dans lequel le mélange des genres et des histoires fonctionnaient parfaitement, ici, la mayonnaise neprend jamais vraiment : la faute certainement à des personnages jamais vraiment incarnés, à une surabondance de situations dramatiques (pourquoi rajouter une femme décédée en couche avec cet homme qui doit trainer une enfance si difficile?) et à une écriture moins élégante que dans son avant dernier roman.

Même s'il se lit sans aucun déplaisir jusqu'à la fin (néanmoins un peu attendue),Grace est donc bien un ton en dessous de Twist. Même si elle est peu facile, celle là, je dois dire quela plume de Delphine Bertholon n'a pas retrouvé la grâce, malgré son titre qui l'annonçait tant et si bien.

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02 avril 2012

Jonathan Tropper : un auteur trop.... pareil?

jonathan tropperIl ne faut pas se fier aux apparences : ce n'est pas parce que les auteurs dont je vous parle souvent traitent plutôt de sujets sombres ( dernier exemple Jean Philippe Blondel qui écrit sur le deuil de sa famille) que je n'ai pas parfois envie de livres plus légers, et plus solaires.

Et lorsque j'ai envie de me détendre, je me suis tourné souvent vers un auteur qui n'a pas son pareil pour divertir de façon  légère mais intelligente, : cet auteur c'est Jonathan Tropper dont j'avais absolument adoré son premier roman, publié en France en 2005, et qui avait connu un très beau succès,  Livre de Joe.

Ce livre décrivait avec une verve absolument jubilatoire l'histoire de Joe un écrivain à succès qui revenait dans son bled d’origine pour faire face à son passé et apaiser ses relations avec son père mourant et l’amertume de son frère. Truculent, emballant, ce livre faisait penser parfois  du Woody Allen, dans sa façon de décrire, avec autodérision et beaucoup d'esprit les relations interfamiliales toujours un peu complexes.

Du coup, je n'ai pas hésité à me procurer, dès sa sortie une année plus tard, son second romantout peut arriver Tout peut arriver, qui racontait là les tribulations d'un jeune Yuppie  qui se démenait avec un père fantasque et un frère simple d’esprit. On reconnaissait son ton, et toujours cette façon d'imbriquer relations familiales et réflexions acerbes et toujours hilarantes sur les embuches du quotidien. Le livre ne se démarquait pas énormément du premier, mais cela ne m'a pas embeté, car j'étais heureux de me retrouver en terrain conquis.

Ensuite, son troisième ouvrage, Pertes et fracas narrait les déboires d'un jeune chroniqueur à succès  fait face à son veuvage, à un beau fils qui pourrait être son frère, une soeur jumelle en pleine crise de couple et un père qui perd la boule. Là, je commençais à touver que la recette avait toujours un peu les mêmes ingrédients, et qu'il était peut etre temps de la renouveller, mais tant que le plaisir de la lecture était là , pourquoi le bouder?

Et puis, il y a quelques semaines, j'ai voulu lire en poche le quatrième roman de Jonathan Tropper, C'est ici que l'on se quitte, sorti en 2009 et qui raconte les malheurs d'un type, cocufié par sa femme, et qui doit passer 7 jours chez sa famille complétement déjantée pour suivre les voeux de son père, qui vient de mourir.

Et là, je me suis dit que vraiment, Jonathan,  il fallait quand même sérieusement penser à se renouveller et qu'on ne pouvait passer passer toute sa vie à écrire des romans qui raconte toujours la meme chose. Je sais qu'un auteur se doit d'avoir des thématiques fortes ( Philip Roth et son obsession des petites étudiantes, Nick Hormby avec le rock, Modiano avec les souvenirs d'enfance), mais encore faut il les enrober différement.

Ici, Tropper ne se donne meme pas la peine de trouver un angle un tant soit peu différent, tant et si bien que pendant tout le livre, je me suis demandé si je ne l'avais pas déjà lu, alors que j'ai vérifié, ce n'est pas le cas. Du coup, je n'ai pu m'empecher d'être irrité devant ce talent gaché par paresse ou facilités (en même temps, la recette semble très bien fonctionner, les livres connaissent un grand succès de librairie  chaque fois)

Pour l'instant, aucun livre de Tropper n'est sorti depuis celui là, mais je suis sur qu'aux Etats Unis, il a du nous pondre une histoire où un gugus en proie à des doutes existentiels et devant faire face à sa famille azimutée...

Dans ce cas là ,ca sera sans moi, ce coup ci, mon cher John...

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22 mars 2012

Monsieur Jean Philippe Blondel, l'intime vous va si bien...

Jean-Philippe-Blondel_referenceRécemment, j'ai lu un très beau roman français, sorti pendant la rentrée littéraire de septembre dernier. Ce livre s'appelle Et rester vivant, et il est l'oeuvre d'un auteur que dont j'ai lu plusieurs romans, Jean Philippe Blondel.

Ecrivain à 50% de son temps et prof d'anglais troyen dans les 50% restants, Jean Philippe Blondel a publié son premier roman il y a maintenant dix ans, 'Accès direct à la plage', qui  avait connaît un grand succès de librairie (surtout dans sa version poche), mais qui, malgré une construction ambitieuse et originale, m'avait quelque peu laissé sur ma faim.

Ensuite, j'avais lu plusieurs  autres de ses romans, qui avaient une particularité, leur rapport avec la musique, une des grandes passions de Blondel. Et deux de ses romans avaient carrément un titre en rapport avec la  musique : Juke-box' en 2004 et 'This is not a love song' en 2007. Deux livres intéressants, mais jamais complètement aboutis à mon sens.

Ensuite, j'avais continué à suivre la bibliographie de Blondel  avec un livre qui avait également connu un beau succès, Le baby sitter, l'histoire d'un jeune garçon qui tente l'aventure du baby sitting, et qui se retrouve dans un tas d'aventures pas forcément  pas interessantes, mais pas toujours bien crédibles.

g 229Bref, on ne peut pas dire que Blondel faisait partie de mes auteurs favoris, jusqu'à ce que je tombe un peu par hasard (le livre était envoyé par Version Fémina dans le cadre de son prix) sur un autre de ses ouvrages, sorti début 2011, G 229, récit de ses souvenirs de jeune professeur Entre le comique, le mélancolique, le nostalgique et le tragique, on est transporté dans le quotidien d’un professeur de lycée. La vision de Blondel est tellement juste qu’on  découvre en lisant son livre lavraie réalité du métier de professeur, assez éloignée de ce que les médias nous livre au quotidien.

Par ailleurs, et c'est peut etre ce qui m'a le plus touché dans ce roman, Blondel nous montre sa capacité  à livrer une réflexion assez poignante sur le temps qui passe. Evidemment, le fait que l’écrivain se soit servi de son expérience professionnelle pour construire ces scènes rajoute une dimension supplémentaire à G 229 car encore une fois, le livre laisse transparaitre à chacune de ses pages des relents évidents de sincérité.

Et quelques mois seulement aprés la lecture de G229, j'ai plongé avec autant délice dans son dernier opus, celui dont je parlais en début de mon billet, Et rester vivant,   qui a comme point commun avec son précédent, de nous livrer une nouvelle fiction à fort potentiel autobiographique. 

Mais ici, contrairement à G229, les souvenirs se font encore plus intimes, et surtout bien plus déchirants. En effet, Blondel nous fait partager  sa tragédie personnelle, celui de la perte de ses proches. Comme le narrateur, Blondel a perdu  sa mère et son frère dans un accident de voiture. L'histoire du roman commence lorsqu'âgé de 22 ans, le narrateur va  également perdre son père dans des circonstances tout aussi tragiques.

jean-phillipe-blondelSans famille directe, en phase de rupture avec son amie Laure qui l'a quitté pour de son meilleur ami Samuel (postulat incroyablement romanesque, on ne sait si cela s'est réellement passé comme cela dans la réalité, mais  après tout, qu'importe?), il va suivre l'inspiration musicale du moment, une chanson de Lyod Cole (encore son rapportavec sa mélomanie) et embarquer Laure et Samuel dans un voyage aux USA et en Californie à Morro Bay au volant d'une Thunderbird.  

Et rester vivant raconte ce voyage initiatique. Envivanttre fous rires et douleur, entre découvertes, rencontres et retours sur le passé. Pour la seconde fois en l'espace d'une année, Jean-Philippe Blondel se raconte. J'ai retrouvé la douceur et la mélancolie qui m'avait tant séduit dans G229, et j'ai découvert une autre de ses qualités, son incroyable faculté de résistance et à livrer un tel hommage à la vie.

Bref, en deux livres, Blondel nous démontre de la plus briillante des façons qu'on peut faire de l'autofiction sans être nombriliste ou pédant (n'est ce pas, Madame Angot ou Monsieur Rey :o)

Et surtout, Jean Philippe Blondel arrive à témoigner d'une qualité littéraire plus évident que dans des récits à potentiels plus romanesque.

Monsieur Blondel, si vous avez encore des souvenirs personnels à utiliser dans vos prochains livres, ne vous en privez surtout pas, vous voyez à quel point cela peut me faire plaisir :o)

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06 mars 2012

"Tout, tout de suite" : l'implacable constat de Morgan Sportès

 Tout_tout_de_suite_uleski-e3f2bCette histoire ayant dépassé le simple fait divers pour devenir un vrai phénomène de société nous interrogeant sur la nature humaine en général, l’affaire dite du « gang des barbares » est, six ans après les faits, toujours bien ancrée dans la mémoire collective.
A partir de ces évènements qui ont eu lieu au début 2006, l’écrivain Morgan Sportès (déja auteur de L'appat, autre éloquent fait divers mis en image par Bertrand Tavernier en 1995) en a écrit un livre, Tout Tout de suite qu'un ami (merci mon Loulou) m'avait offert pour mon anniversaire, mais que je n'ai lu que très récemment.

Enquête implacable, investigation heure par heure, Tout tout de suite est un livre dont la lecture est assez éprouvante, mais toujours passionnante. 

Morgan Sportès a mis ses pas dans ceux de tous les protagonistes de l'histoire, dont la tête de file de ce crime odieux, le chef de ce gang des barbares alias Youssef Fofana (ici renommé Yacef).  Et il  réussit à nous faire éprouver dans notre propre chair tout ce qu’a enduré, pendant plus de trois semaines, Ilan Halimi (ici renommé Elie) jusqu’à ce que Youssef l’achève, par le couteau et le feu dans un petit bois proche de la voie de chemin de fer du RER C.

Tout ce qu’écrit Morgan Sportès est la très fidèle version de l'histoire. Nous22morgan sommes dans le vécu, le méticuleusement reconstruit dans les lieux et les détails mêmes de  l’ignominie : Bagneux, , Paris, Abidjan, les appartements, la cave, les rues, les voitures,  les cybercafés, les Taxiphone, les hôtels, les parkings, les aéroports…

Le travail de reconstitution et de documentation de Sportés est d'une méticulosité renversante. Par contre, j'avoue ne pas trop comprendre pourquoi ce livre est classé dans la catégorie roman, tant il possède tout du document. Certes bien mieux écrit qu'un simple témoignage journalistitique, la part de fiction m'a quand même semblé bien infime.

Ce qui effraie à la lecture de l'ouvrage, c'est l'absence de discernement et de conscience de cette bande de gangster à la petite semaine qui semblent agir sans se poser aucune question de morale. 
Si le roman de Sportès a l'immense qualité de ne jamais porter le moindre jugement, son terrible récit est éloquent.
En effet, les explications à cette sanglante dérive, données entre les lignes par l'auteur, sont légions : la déscolarisation,  l’inculture, de la pauvreté, de l’absence de civisme et de morale, la démission des parents,  tous ces paramètres ont faconné ces êtres dont la violence et la cupidité semble être la seule valeur refuge.
 
Bref, la lecture de Tout tout de suite est salutaire et indispensable pour mieux appréhender l'âme humaine dans ce qu'elle a de plus abject, mais elle n'est en pas vraiment confortable. En même temps, qui a dit que la littérature devait forcément être confortable?
 
A noter que 15 ans aprés l'appat, un autre film, tiré de "Tout, tout de suite", va être réalisé par Richard Berry, lui-même acteur dans "L'Appât", avec une sortie prévue en 2013. Vu les précédentes réalisations du bonhomme, bien meilleur acteur que réalisateur, on peut un peu craindre pour l'adaptation prévue. Mais ne soyons pas alarmistes et pensons que Berry saura retranscrire aussi sobrement que Sportès l'itinéraire poussant ces êtres humains à devenir des monstres.

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27 février 2012

Ils ne sont pour rien dans mes larmes: le film qui a changé leurs vies

Olivia_RosenthalN_B_c_DR1-403c2Grace à Version Fémina, j'ai eu la chance de découvrir, quelques semaines avant la publication officielle du livre, jeudi prochain, le tout dernier roman d'Olivia Ronsental, intitulé " Ils ne sont pour rien dans mes larmes".

L'idée de base du livre, initié par l'espace 1789 de Saint Ouen, ne pouvait en effet que séduire terriblement le fou de cinéma et de littérature que je suis : en effet, entre janvier et août 2011, Olivia Rosenthal, qui publié huit récits aux éditions Verticales, dont On n'est pas là pour disparaître (Prix Wepler 2007) et Que font les rennes après noël? (prix du livre Inter 2010) est allé à la rencontre des audonniens (c'est ainsi qu'on appelle les  habitants de Saint Ouen) et leur a posé la question  suivante : « Quel film a changé votre vie ? »

Ces entretiens  ont donc été rassemblés dans un recueil de 14  textes édités aux éditions Verticales. Quatorze voix singulières racontent comment le cinéma est entré par effraction dans leur existence. C’est un livre sur tous ceux qui fréquentent les salles obscures pour se rassurer, pour oublier, pour se divertir, pour comprendre, pour avoir peur. On y rencontre des acteurs, des couleurs et des sons, des histoires de famille, des exemples à suivre, des motifs de rupture, toute une intimité avec des images souvent anciennes qui, passées au crible de la mémoire, continuent à hanter nos esprits et nos corps.

Ainsi, pour Angélique, c'est La Nuit américaine qui va bouleverser sa vie, car grâce à ce film, elle aura trouvé sala nuit vocation, celle de script (le métier de Nathalie Baye dans le film). Pour Béatrice, c'est le  Dernier Tango à Paris qui va changer radicalement l'idée qu'elle se faisait de l'amour. Alors que Thelma et Louise va faire prendre conscience à Annick qu'on est jamais enfermé dans une vie et qu'il faut trouver la force de briser les barreaux de sa prison dorée

L'idée qu'un film peut donc totalement avoir une influence et changer radicalement une voie toute tracée est donc absolument magnifique, et ce livre est donc un merveilleux cri d'amour pour le 7ème art, et de la magie qu'il provoque sur les gens.

Hélas, et c'est un peu la limite du livre, je n'ai jamais eu l'impression d'avoir affaire à de la littérature, mais plus à la lecture d'un article de MarieClaire qui poserait la même question. Il manque de fils conducteurs à ces histoires entre elles, et d'un vrai point de vue d'écrivain.

Ils ne sont pour rien dans mes larmes est donc un beau projet pour tous les amoureux de cinoche, mais hélas, pas totalement abouti.

Et vous, alors , si Olivia Rosenthal vous posait la même question, quel est le film qui a changé votre vie?

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16 février 2012

La mise à nu des époux Ransome : un roman so british

 miseVoilà un court roman qu'on peut qualifier de totalement "british" ,et dans le fond et dans la forme. L'auteur n'est autre qu'Alan Benett, connu en France pour un roman écrit aprés celui ci mais paru aprés, la Reine des lectrices, qui façonnait, de façon bien entendu totalement fantasmagorique l'image de la reine mère en une grande consommatrice de livres. L'ouvrage avait connu un très grand succès d'estime, mais n'étant pas fana de la royauté, j'avais passé mon tour et m'étais dit que j'attendrais le prochain roman de Sir Benett.

Dans La mise à nu des époux Ransome, qui vient tout juste de sortir en poche,  l'auteur abandonne les joyaux de la couronne pour égratigner ce coup ci l'image de la « middle class » anglaise à travers le portrait truculent d'un couple de bourgeois typiquement anglais, les époux Ransome en question.

Ces époux Ransome mènent une vie paisible, orchestrée, sans extravagance, rythmée d'habitudes bourgeoises et discrètes, lorsqu'un soir, rentrant de l'opéra, tout bascule. Ils ont été cambriolés. Totalement ! Il ne reste plus rien, meubles, vêtements, tables basses, casseroles, tringles à rideaux, prises électriques, rouleau de papier toilette, absolument tout a disparu ! Et les voici donc contraint de revoir leur quotidien, allant jusqu'à pousser la porte de l'épicier voisin pour quelques objets de premieres necessité, chose qu'ils n'avaient encore jamais faite, et acte qui les confrontent soudain au monde alentour !

Alors que son époux, avoué de profession, rationalise le désastre et reprend progressivement le cours de sa méticuleuse existence, Mrs Ransome se doit de reconstituer le cadre de leur home sweet home. Elle s’aperçoit que la disparition de leur mobilier lui apparaît en fait comme un soulagement.  L’effacement de leur cadre de vie lui ouvre en effet des horizons nouveaux : elle entreprend l’exploration de magasins où elle n’aurait jamais mis les pieds auparavant; sacrilège, elle achète un fauteuil à bascule en rotin qui lui procure la douceur d’un confort inattendu, et d'autres incongruités pour la bourgoise coincée, qu'elle était  jusqu'au bout des ongles avant cet évenement.bennet

Alan Bennett (voir photo à droite), grâce à sa maitrise totale et un humour terriblement grinçant, nous livre ici une réflexion toujours savoureuse sur la manière dont la routine régit notre vie. Et, à travers ce constat, il nous dépeint également, et surtout, le quotidien de deux personnes mal assorties dont le mariage semble fonctionner grâce à ce  équilibre précaire, prêt à s'effondrer à tout instant.

Saupoudrée de petites remarques innocentes et d'observations parfois  plus profondes et existentielles, cette satire est finalement moins lègère qu'elle en l'air, car elle s'octroit la liberté de stigmatiser notre propre hypocrisie face à notre acceptation d'une vie qui ne nous séduit pas mais que nous n'avons pas le courage de modifier.

Un ouvrage trés court qu'on lit en une soirée, mais qui nous fait passer à coup sûr un trés agréable moment de lecture, à conseiller à coup sûr!!!

Posté par filou49 à 06:46 - roman - Commentaires [6] - Rétroliens [0]
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