27 janvier 2012
Loin d'ici: Michel Delpech, le taxi driver romantique
J'aimais déja bien Michel Delpech, l'homme peut-être du reste plus que le chanteur, et je l'apprécie encore plus depuis qu'il a participé, pour son tout premier rôle au cinéma, dans mon film préféré de 2011, les Biens Aimés de Christophe Honoré. Visiblement, Honoré insistait lourdement pour qu'il joue dans son film, et Michel Delpech a accepté à la condition qu'il n'ait pas à pousser la chansonnette, remarque d'autant plus étrange que tous les autres acteurs du film chantent, puisque le film est une tragédie musicale.
Sa prestation trés convaincante apporte une vraie bouffée d'air frais au film, puisque toutes les scènes dans lequel il joue sont plus légères que la tonalité d'ensemble de l'oeuvre. Cela est d'autant plus étonnant que la personnalité de Michel Delpech est assez indissociable de la forte dépression qu'il a connu pendant de très longues années, dépression dont l'artiste a longuement parlé, que ce soit dans plusieurs récits autobiographiques ou sur les plateaux de télévision.
Bref, plus que ses immenses succès, Pour Un flirt ou Le Loir et cher (avec le fameux refain : "on dirait que ca te gêne de marcher dans la boue"), j'ai voulu aller explorer cette part plus mélancolique avec son titre Loin d'ici que j'ai redécouvert dans son album de duo qu'il a enregistré voilà quelques années avec plusieurs artistes de la nouvelle scène française.
Dans Loin d'ici, sorti à l'origine en 1985 ( voir photo du 45 tours, ouh que tu es vilain avec cette moustache,
Michel!) Delpech se met dans la peau d'un chauffeur de taxi romantique qui fantasme à fond sur la belle demoiselle assise à l'arrière de son véhicule, et visiblement inconsolable d'avoir été quittée par son homme. Nous ne sommes pas ici dans les comédies romantiques américaines, et surtout le format d'une chanson est bien plus courte pour que le miracle se réalise: à la fin du titre, le "taxi driver" repartira tout seul sans même un regard de la belle.
La chanson n'en reste pas moin belle et évanescente, et surtout m'a permis de regarder les chauffeurs de taxi différement : maintenant, je sais qu'un petit coeur bat derrière leurs côtés bourrus : on peut donc écouter les grosses têtes sur RTL et être un vrai romantique, merci Michel de nous l'avoir fait comprendre!!!
Voici donc une version de Loin d'ici captée en live, malheureusement, je n'ai pas trouvé la version chantée en duo avec la peu connue Alexandra Roos, duo très réussi tant les deux voix se mélangent parfaitement.
Elle pleure sans bruit dans mon rétro
6h30 l'temps est pourri j'mets la radio
J'entends plus l'moteur
J'entends plus qu'mon coeur
De taxi driver
Elle part loin d'ici
Loin d'ici loin d'ici
Elle pleure la nuit tombe tout doucement
J'ai pris le périph',changé de tarif
Machinalement
J'ai la tête ailleurs
J'suis un peu trop rêveur
Pour un taxi driver
Elle part loin d'ici
Loin d'ici loin de ma vie
J'voudrais lui parler
Trouver les mots
Qui aurait pu lui dire
J'voudrais l'empêcher de s'en aller
Et lui crier je t'aime je t'aime...
Elle pleure Orly brille dans la nuit
Elle dit bonsoir donne un pourboire
Et c'est fini
Elle regarde l'heure
Apelle un porteur
J'suis qu'un taxi driver
14 novembre 2011
Le complexe du castor: La depression de Mad Max
A l'époque de la sortie du film Le complexe du castor, je n'avais pas encore commencé ma rubrique " les 3 films à voir cette semaine", mais si ca avait été le cas, nul doute que je l'aurais classé parmi cette sélection, d'autant plus que d'après mes souvenirs, peu de films susceptibles de me passionner étaient sortis la même semaine, le 25 mai dernier.
Il faut dire que le pitch avait de quoi m'intriguer. Si je veux tenter de le résumer, ca peut donner cela : "c'est l'histoire d'un cadre américain, Walter, joué par Mel Gibson himself, qui est tombé il y a 2 ans dans une profonde dépression depuis et qui décide un jour de communiquer exclusivement par le biais d'une marionnette de castor qu'il tient en mains et qu'il fait parler avec un accent irlandais de derrière les fagots".
Bref, sur le papier, le projet est vraiment original, excitant, mais également trés périlleux, car le grotesque n'est pas loin. Le fait qu'il soit initiée par Jodie Foster, star américaine, mais avec une sensibilité toute europeéenne, et qui en est aussi la réalisatrice, est du du coup assez logique.
En effet, le film reste intriguant tout le long, sans jamais suivre de route balisée. Il est ici question, dès le début du film, de dépression, et elle nous est jamais montrée de façon édulcorée: le personnage de Mel Gibson passe ses journées à dormir, à se bourrer de tranquilisant et à vivre sa vie comme un automate, et c'est vraiment l'utilisation de cette peluche afin d'extérioriser toutes les choses qu’il n’ose pas dire à sa famille et ses collègues qui pourra servir de déclencheur. La marionnette devient alors comme une nouvelle personnalité, un nouveau Walter, plus positif et sûr de lui. Et seule cette marionnente qui pourra lui donner l'illusion qu'il peut s'en sortir.
Mais évidemment, les autres, d'abord plutôt compréhensifs, ne pourront, au bout du compte, accepter trop
longtemps cette tierce personne qui semble si différente du Walter d'antan, et la séparation entre Walter et son double en peluche sera inéluctable.
Cette idée de marionnette comme aide extérieure à la communication m'a semblé particulièrement sensée : il est trés fréquent que l'individu se serve d'accessoire pour faciliter le rapport à autrui :il peut s'agir d'une moustache derrière laquelle on se cache,ou dans une autre mesure, d'écran d'ordinateur interposé. Ici, c'est cette marionette de castor, à la fois anodine et terrifiante (on pense à certains films d'horreur, comme Chucky la poupée de sang sans que le film ne soit jamais gore) qui fait office d'éxutoire à Walter.
Le complexe du castor nous dit donc des choses intelligentes et sensibles sur la dépression et l'image que l'on renvoie à l'autre, mais tend également un miroir fort juste sur la famille américaine (et même occidentale), à mille lieux de la plupart des comédies familiales US si caricaturales. Plombée par la dérive existentielle du pater familias, le reste de la famille part à veau l'eau, notamment le fils ainé, qui essaie de ne pas reproduire les défauts de son père ( très belle idée des post it collées sur le mur de sa chambre et qui comportent toutes les manies de son père), et la mère, jouée par Jodie Foster, dans un rôle en retrait, mais néanmoins essentiel dans le rouage familial qui s'étiole.
Pas de faux happy end dans ce trés beau portrait d'un homme qui se noie, mais une petite note d'espoir. Et évidemment, mais cela avait été beaucoup dit lors de sa sortie, donc je n'insisterai pas là dessus, Mel Gibson, dans un rôle qui semble totalement taillé pour lui (l'homme à son apogée qui connait la descente aux enfers) trouve ici matière à nous démontrer qu'il peut être encore un excellent acteur.
En revanche, humainement parlant, vu les immenses casseroles qu'il traine derrière lui, ce n'est pas ce trés bon choix de carrière qui pourra redorer totalement son blason.
LE COMPLEXE DU CASTOR : BANDE-ANNONCE VOST HD (The Beaver)
20 octobre 2011
Freedom," THE Saga" de cette rentrée 2011
Quand certains placent le cinéma et la pop US à mille coudées devant les films et artistes musicaux hexagonaux, personnellement, c'est la littérature americaine que je considére comme mille fois supérieure aux romans bien chez nous. En effet, combien de romanciers français peuvent se targuer de réussir un genre totalement maitrisé par les compatriotes de l'oncle sam, j'ai nommé la Saga familiale sur plusieurs générations? De John Irving à Steinbeck en passant par certains Douglas Kennedy ou Paul Auster, quel brio font preuve ces auteurs pour mélanger la grande Histoire avec la petite de quelques individus piochés au hasard!
Ainsi, lorsque plusieurs mois avant même les premiers coups de la rentrée littéraire, bruissait les rumeurs d'une nouvelle saga digne des chefs d'oeuvre du genre, sorti triomphalement en 2010 aux USA, et adoubée par le Président Obama himself, forcément, j'ai eu envie d'essayer moi aussi, et ainsi, des 12 livres figurant dans la liste des matches de la rentrée littéraire proposé par Price Minister, mon choix s'est naturellement portée sur Freedom de Jonathan Franzen ( un de tres rares écrivains qui a fait la une de Times Magazine et de Libération également).
Et pourtant, le premier éceuil de ce livre, ou disons plutôt le premier caractéristique qui m'a littérallement
sauté aux yeux lorsque je l'ai reçu, c'est sa taille : 718 pages écrites dans des caractères toutes petits, c'est ce qu'on appelle un peu péjorativement un pavé.
Et 718 pages lorsqu'on travaille à temps plein et qu'on éleve deux petits bouts, c'est du temps à trouver et forcément un blog à mettre en veilleuse plusieurs jours, car lire du Franzen, malgré la quantité de dialogues et de situations excitantes, ca demande quand même un certain degrès d'exigeance, vu les allers-retours permanents entre 1970, 2004 et aujourd'hui et les différentes thématiques abordées, de l'économie mondiale à la surpopulation en passant par la défense de la paruline azzurée ( Franzen est visiblement un orthinolignue averti)
Mais avant de nous éparpiller, commencons par tenter de résumer l'intrigue. Ca raconte quoi, Freedom au juste? Eh ben, disons, pour simplifier, que cela raconte
l’histoire d’une famille moyenne du Minnesota, les Berglund. Les Berglund ont débuté avec les illusions de la jeunesse. Patty se passionnait pour le basket dont elle devint une championne scolaire. Walter était un intello, plutôt à gauche et écolo, grand lecteur passionné par le sort des oiseaux (d'où les longs passages sur cette paruline azurée). Le grand ami de Walter est Richard, plutôt branché drogue et sexe, qui fera carrière dans le rock avec le groupe "Traumatics".
Et les 3 vont former un trio amoureux, entre amitié, désir jalousie et trahison. Et à ce ce trio , vont se greffer d'autres personnages, notamment les 2 enfants de Patty et Walter, Joey et Jessica, ainsi que les grands parents de ces derniers, qui vont drainer avec eux leurs lots de traumatismes et de ressentiments.
Car effectivement, il faut être clair sur le sujet: même si certains passages ne sont pas dénués d'humour ( notamment grâce à la vision assez cynique de Richard sur son métier de rockeur), Freedom n'est pas un livre qui va nous donner la pêche, loin de là, tant il parle de choses sombres : la perte de ses illusions de jeunesse, et notre incapacité à faire le bon choix et surtout à se satisfaire de ce que l'on, quitte à amérement le regretter lorsqu'on l'a perdu. Même si cette réflexion est plutot déprimante, elle n' en est pas moins trés juste, et surtout superbement amenée.
Il faut dire que Franzen excelle dans le portrait psychologique de ses personnages . Rarement on n'aura ressenti une telle justesse devant ces portraits d'êtres humains et de leurs ambiguïtés, leurs confusions, leurs désirs et leurs moments de grande détresse morale.
Mais Freedom est bien plus qu'une passionnante chronique familiale, sa grande force est aussi d'être un cinglant peinture des USA; les dépressions du couple faisant écho à celles de l'Amérique du 11 septembre et de Georges W Bush.
Je pourrais encore en écrire des pages et des pages pour dire tout le bien que j'ai pu penser de Freedom ( et ce, même s'il faut s'accrocher au début, c'est un livre qui se mérite). En tout cas, il n'est pas inutile que je le fasse vu que je commence à voir pas mal de critiques sur les blogs ou dans l'émission Le cercle littéraire, qui descendent en flèche le livre ( "creux, sans rythme, mal foutu", est on sûr d'avoir lu le même livre?), et j'ai l'impression que comme pour le film la guerre est déclarée, on ait besoin de faire dégringoler d'un piédestal une oeuvre qui a connu tant de louanges, car une unanimité autour d'elle est toujours digne de soupsons.
C'est certainement de bonne guerre, mais cela m'irrite tout de même, car pour moi, sans hésitation, Freedom est le 1er grand choc de cette rentrée littéraire 2011.
Ce livre, si vous voulez vous le procurer, on peut le trouver à un prix cadeau sur Price Minister :Freedom de J. Franzen
Cette chronique est également dans le cadre du challenge 1% rentrée littéraire proposé par Hérisson 8.
