Baz'art  : Des films, des livres...
5 février 2025

[CRITIQUE] La mer au loin : le coeur en exil

Nour, 27 ans,  a émigré clandestinement à Marseille. Avec ses amis, ils vivent de petits trafics et mènent une vie marginale et festive… Mais sa rencontre avec Serge, un flic charismatique et imprévisible, va bouleverser son existence. De 1990 à 2000, Nour aime, vieillit et se raccroche à ses rêves abîmés par la mélancolie d’un exil irréversible.

L’exil, entre intime et politique

Peu de films français d'aujourd'hui s'essaie au romanesque et à la fresque épique et sentimentale. Ces dernières années Le temps d'aimer de Katell Quileveré ou Gaël Morel avec Vivre, mourir, renaitre  s'y étaient essayés avec une craie réussite artistique mais hélas sans rencontrer le succès public qui le méritait.

On ignore si « La Mer au loin"  de Saïd Hamich Benlarbi  aura un chiffre d'entrée à la hauteur de son ambition mais force est de constater que le second long métrage d'un cinéaste qui ne nous avait pas forcément préparé à un tel niveau avec le sympathique mais modeste Retour à Bolenne  est une immense réussite sur pas mal de plans.

La mer au loin  se veut en effet comme une grande  fresque.

Dans la tradition littéraire du récit d'apprentissage venu notamment de Flaubert et de son Éducation sentimentale (1869),revisite les années 1990 à partir d'un personnage inattendu qui se révèle être un fin observateur ouvert aux rencontres et aux histoires qu'elles génèrent. 

Le scénario, parfaitement construit, raconte  l’histoire d’une décennie qui commence en 1990 et s’achève à la veille d’un nouveau millénaire, 

Le film ose le romanesque sur des thématiques qui généralement appellent le réalisme politique et social.

On aime ce retour au romanesque et au mélodrame inspiré par le cinéma de Douglas Sirk et  Fassbinder avec un protagoniste qui vient déplacer le regard vers une situation inédite d'appréhension du monde.

Nour y fait l’expérience irréversible de l’exil,  abordé de manière intime et politique.

Face à cet arrachement et à cette mélancolie destructrice, les autres - d’abord par l’amitié ensuite par l’amour - semblent être l’unique terre d’accueil et de joie possible. La Mer au loin est un mélodrame dont le raï est la source d’inspiration, il y sera question de fête, d’amour et de temps qui passe.

Cette sensibilité sans âge et cette question qui demeure, l’amour peut-il nous sauver de la solitude ? »

Cette chronique séduisante est particulièrement réussie dans ses scènes de groupe, en voiture ou en famille, par exemple. S'y ajoutent de nombreux morceaux de Raï, qui font de la musique un personnage à part entière. Face à un sobre et émouvant Ayoub Gretaa, quel bonheur de retrouver la classe folle d'Anna Mouglalis et la singularité de Grégoire Colin.

 

Sa touchante sensibilité laisse la possibilité à des personnalités queer de s'imprimer dans sa propre vie tandis que lui-même reste attaché à des références traditionnelles de la manière de faire des liens et des rapports aux autres.

Dix années ponctuées de joies, de peines arrimée à une jolie idée, la circulation des désirs sur des poles a priori contraires

 


Un cinéma politique et social de grande qualité,


Mes deux précédents films se déroulaient sur une durée très courte.
C’étaient des fictions où je réfléchissais à la façon dont l'identité d'un lieu
que l'on a quitté ou que l’on retrouve, peut nous imprégner.
Mais pour
La mer au loin, je voulais traiter du sentiment de l'exil qui
est une affaire de temps. Essayer de faire ressentir la part insondable de
l'exil ne me paraissait possible que par le romanesque. Je voulais ne pas
figer les personnages dans leur identité de migrants mais aborder leurs
rencontres, leurs doutes, leurs amitiés, leurs amours, leurs croyances.
Et voir comment Nour pouvait se construire intérieurement sur un
temps long, comme dans une forme de roman d’apprentissage. Il s’agit
bien de sonder les parcours dans leur intime et non par un traitement
misérabiliste ou purement social.
Cette idée de roman d’apprentissage trouve un écho dans le
chapitrage du film. Chapitres qui à l’exception du dernier désignent
des protagonistes…

Celui-ci se trouve dans La Mer au loin dans les années 1990 partagé entre les deux bords de la Méditerranée, de Marseille à son Maroc natal où une mère à la personnalité continue à infuser et questionner la capacité de son être à s'inscrire au monde.Une plongée dans la communauté maghrébine de Marseille dont le spectre s'élargit au fur et à mesure, au gré des rencontres du héros, avec des personnages peu conventionnels, qui donnent un vrai plus, en termes de fantaisie, dans un récit par ailleurs mélancolique et d'un romanesque en apparence tranquille mais agité, sous la surface, par tous les sentiments humains.

 

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Depuis vingt-six ans, le Festival Cinémas du Sud, organisé par Regard Sud, offre un panorama du cinéma contemporain du Maghreb et du Moyen-Orient, à travers des œuvres rares

(Fictions, documentaires) avec la présence exceptionnelle de leurs cinéastes.

 Cette 26e édition qui se tiendra du 15 au 18 avril 2026, permettra de découvrir aussi des œuvres du patrimoine arabe, comme le film Gare Centrale de Youssef Chahine, et Said Effendi du cinéaste irakien Kameran Hosni (né en Irak et décédé en 2004 à Los Angeles) et le film du cinéaste marocain Ahmed El Maanouni, Alyam, Alyam.

Cet évènement sera aussi l’occasion de découvrir des œuvres inédites, des premiers long-métrages et d’assister à une avant-première. Elle accueillera des invités témoignant de l’importance du Festival Cinémas du Sud à l’Institut Lumière.

https://www.institut-lumiere.org/25e-festival-cinemas-du-sud

 

mauvais gones
 

Les Mauvais Gones 2026 : Lyon au cœur du cinéma criminel du 20 au 24 avril

Du 20 au 24 avril 2026, Lyon accueillera la 8e édition du festival Les Mauvais Gones, un rendez-vous désormais installé dans le paysage culturel lyonnais, dédié au cinéma policier et de gangsters.

Pendant cinq jours, le cinéma UGC Ciné Cité Confluence se transforme en véritable immersion dans l’univers du crime à l’écran, avec une programmation de films cultes, des soirées thématiques et des échanges avec des invités du monde du cinéma.

 https://www.lesmauvaisgones.fr/

 

 

Festival Caravane des Cinémas d’Afrique

La 18e édition du Festival Caravane des Cinémas d’Afrique aura lieu du 21 au 26 avril 2026 au Ciné Mourguet et dans 30 salles partenaires à travers la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Créé en 1991, le Festival Caravane des Cinémas d’Afrique avait initialement lieu chaque année avant d’adopter un rythme biennal dès 1992. En 2026, il retrouvera son format annuel, marquant ainsi une nouvelle étape dans son histoire. Ce retour à une périodicité annuelle permettra au festival d’accompagner plus étroitement la vitalité et la diversité du cinéma africain contemporain, en écho à la richesse de sa production et à l’enthousiasme croissant de son public.

Le Festival en quelques chiffres : une trentaine de films présentés, 30 salles partenaires en Région Auvergne-Rhône-Alpes, une vingtaine de nationalités et invités, environ 80 séances, 6 films en compétition pour le Prix du Public, 10 courts métrages pour le Prix du Jury Jeune. 

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