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13 novembre 2025

Festival Du film court de Villeurbanne :Focus sur Anton Balekdjian, ex élève de la Ciné Fabrique

Anton Balekdjian, Léo Couture et Mattéo Eustachon 

On se souvient en 2015 de la vague d'optimisme qu'avait suscité sur Lyon l'arrivée de la Ciné Fabrique.

Née de la volonté d’ouvrir les métiers du cinéma et de l’audiovisuel à une réelle mixité sociale, culturelle et géographique, mais aussi à la diversité des parcours scolaires, à l’inclusivité et à la parité femmes-hommes, cette Ecole nationale supérieure de cinéma,  laissait augurer de profonds espoirs aussi par rapport une volonté de décentraliser l'industrie cinématographique, encore très principalement jacobine.

Et on peut dire, que pour une fois ces espoirs n'ont pas été vains tant  la Ciné Fabrique est devenue une une institution à Lyon,  ce qu'on a pu constater lors de la célébration de ses 10 ans en septembre dernier.

la CinéFabrique,

La troisième école publique de cinéma en France, après Louis Lumière et la FEMIS.  a réussi à former un public le plus large possible et  ses élèves commencent à faire parler d'eux dans le paysage cinématographique français, avec en chef  de file Louise Courvoisier, réalisatrice de Vingt Dieux 

Avant Vingt Dieux, un autre long métrage de la CinéFabrique, joué par les élèves et réalisé par trois anciens de la promotion 3 , visionnable dans une trentaine de salles en France., avait fait parler de lui.

Il s'agit de Mourir à Ibiza, qui est l'œuvre du trio de réalisateurs Anton Balekdjian, Léo Couture et Mattéo Eustachon  dont on avait parlé ici même.

Anton Balekdjian, Léo Couture et Mattéo Eustachon se rencontrent au cours de leurs études à La Cinéfabrique. Diplômés en 2020, respectivement des départements scénario, son et image, ils entament un travail collectif de réalisation.

Ils fabriquent ensemble Mourir à Ibiza (un film en trois étés), assemblage de trois moyen-métrages tournés sur trois ans, sorti sur une trentaine de  salles en 2022. Puis ils réalisent ensemble un nouveau film en 2025, Laurent dans le vent.

Ce second long métrage, qui est passé par la case ACID en mai dernier, était présenté mercredi  soir en avant première au festival du court de Villeurbanne dans le cadre de la sélection "du court au long, "

Ces trois réalisateurs transmettent le rapport au monde d’une nouvelle génération, indépendante et déterminée, incarnée ici par des acteurs souvent peu connus et très prometteurs. 

On reviendra sur le film Laurent dans le vent - qui a un peu divisé la rédaction -   lors de sa sortie le 31 décembre prochain; mais avant on a voulu échanger avec le réalisateur Anton Balekdjian dont le court métrage de fin d'étude, "Les vilains petits canards " était présenté mercredi soir en amont de son long.

 

 

LES VILAINS PETITS CANARDS- Entretien avec Anton Balekdjian

Dans ce premier long, qui date d'il y a quelques années désormais, , vous brossez un portrait sensible de deux frères qui se redécouvrent le temps d’un weekend, et se rendent compte qu’ils ne campent pas tout à fait les rôles qu’on leur avait attribués. Qu’aviez-vous envie d’explorer à travers le portrait de ces deux frères et de leur relation ?

Anton Balekdjian : Au départ, le film vient de mon histoire, d’un sentiment que je ressentais assez fort au moment où j’ai écrit le scénario. Et à partir de cette nécessité de parler de fratrie et de retrouvailles s’est construit doucement une dramaturgie. Très vite j’ai été stimulé par l’envie de faire un film de re-rencontre, un peu comme on ferait un film de remariage.

Toute l’énergie du film venait de l’envie de filmer ces deux corps inversement polarisés qui soudainement s’attirent de nouveau parce que le mur entre eux s’est écroulé sans bruit.

Mais ce qui était aussi important c’est que ce ne soient pas deux pôles si éloignés. Ce qui m’intéressait c’était le risque de l’indifférence entre deux frères, la possibilité qu’on s’éloigne doucement et qu’au bout d’un moment on devienne des inconnus. C’était surtout un film sur une incommunicabilité, entre eux et dans la famille. J’aimais donc que le film commence comme un film de famille mais qu’il se déporte très vite ailleurs.


Que la question qui se pose, ce soit comment se rencontrer entre frères en dehors de ce cadre imposé. D’explorer une relation de fratrie défaite des injonctions primaires du devoir qu’on a envers les siens. En reconstruisant un autre groupe parfois, même s’il est temporaire, pour avoir le sentiment de se choisir vraiment à l’âge adulte après avoir été élevé ensemble.

Et c’était aussi l’occasion de se poser la question de la tendresse dans des rapports virils et entre les individus en général. Les trois personnages principaux mènent une sorte de quête désespérée vers la tendresse, chacun.e.s à leur façon.

Et ils et elles ont besoin des autres pour s’en rendre compte. Il faut que les deux frères échangent de rôle pour pouvoir se comprendre.

 

 Comment s’est déroulé la réalisation du film, de son écriture à la post-production ?

Anton Balekdjian

C’était mon film de fin d’études de la Cinéfabrique où j’ai étudié dans le département scénario.

J’ai beaucoup tourné autour du pot avant d’accepter que c’était cette histoire-là qu’il fallait que j’écrive. Mais il y avait l’image insistante de deux frères et d’une copine dans un lit qui ne me quittait pas. Alors j’ai remonté le courant pour savoir ce qui les avait amenés là.

Et le scénario est né comme ça. Après la première version, j’ai demandé à Jules Brisset, un ami de longue date qui fait aussi des films de m’aider à écrire.

Le tournage a été un moment intense. Je tenais à tourner dans le quartier de mon enfance à Paris avec mes amis dans l’équipe technique, parmi les acteurs en figuration, dans des appartements que je connaissais…

J’étais très travaillé par l’envie de rendre justice à toute cette histoire. Et puis j’avais envie d’une fabrication qui parte des acteurs, aux frontières de l’écriture de plateau, très en lien avec Augustin Bonnet, le chef opérateur. Je suis allé au bout de cette méthode même si ça s’est avéré parfois compliqué à tenir dans le temps imparti.

Heureusement l’équipe technique et les acteurs se sont vraiment fondus dans le film.

Et tout cela, en plus, c'était en plein confinement, non?

Anton Balekdjian : 

 

Oui tout à fait...Avec César Simonot, le monteur, on s’est retrouvé confinés ensemble et on a pu monter pendant un mois et demi de manière très libre. On a fait sortir le film de certaines idées arrêtées.

C’était très agréable. Et la monteuse Laure Gardette a porté un regard très encourageant sur ce qu’on faisait. On a aussi été aidé dans le rythme par la musique.

J’avais en tête depuis longtemps une reprise de Vivaldi au hautbois de Gabriel Pidoux et Nikhil Sharma.

On est parti de là et on a trouvé toutes les ponctuations au hautbois qui ont un rapport assez direct aux vilains petits canards en plus… Et le travail a continué au montage son et au mixage avec Léo Couture.

Ça a été une vraie phase de création lors de laquelle on a encore trouvé des éléments de narration et des sentiments qui m’ont permis de finir le film. 

 Pourquoi ce titre, Les Vilains petits canards ?

Anton Balekdjian :  
Pour cette inversion des rôles qui permet enfin un partage. Et puis en les identifiant à des canards ça les rend un peu bancals tous les trois. Ça leur imprime quelque chose de burlesque physiquement.

Ça les désigne comme des gens qui ont du mal à trouver leur place dans le groupe et qui s’en veulent de ne pas y arriver. 

Pour les vilains petits canards, vous étiez seuls mais ensuite vous avez réalisé vos deux premiers longs métrages  à trois avec Léo et Mattéo. Comment avez-vous travaillé ensemble ?

 

Anton Balekdjian :  C'est bien simple, on fait tout ensemble, de l’écriture à la post-production. Sur le tournage, nous sommes à la fois techniciens et réalisateurs. Mattéo à l’image, Léo au son, et  moi meme à l’écriture des dialogues au pied levé, au script…

Quand les comédiens ne jouent pas, ils ou elles nous aident aussi Pour la mise en scène, on fonctionne comme une bête à trois têtes ,en nous efforçant de trouver à chaque fois une énergie commune, de ne jamais tomber dans un consensus mou.

C’est assez instinctif :quand on rit de la même blague ou qu’on trépigne tous les trois à l’idée de tourner une séquence, c’est bon signe.

Élaborer une méthode de travail collective a aussi été une question importante avec l’équipe On a essayé de faire en sorte que chacun puisse se sentir engagé dans le film comme membre d’un groupe et pas seulement à son propre poste. Le tournage était une aventure quotidienne : on ne se séparait jamais, on tournait là où on dormait.

Ça n’a pas toujours été évident, mais ça faisait partie de l’expérience : sortir des rapports de pouvoir traditionnels des plateaux de cinéma pour vivre une aventure commune plus libre

 

Le sous-titre de votre premier film, Mourir à Ibiza, était « un film en trois étés ». Avec "Laurent dans le vent", vous tournez dans un lieu unique, en montagne, à la morte saison....


Anton Balekdjian : Disons que nous avons été rattrapés par ce que nous aimons raconter : les rencontres et la façon dont l’amour sous toutes ses 
formes éclot entre les gens.

Après nous être questionnés dans Mourir à Ibiza sur l’entrée dans la vie, Laurent dans le vent interroge ce que signifie se croire à la fin de son existence à 30 ans à peine.

Finalement, en ayant la certitude d’aller à l’opposé de notre démarche précédente, nous avons fait quasiment la même chose !

Quelle liberté trouvez-vous dans votre méthode de tournage en équipe légère ?

Nous avons tourné 33 jours ce qui impliquait de travailler en petite équipe, entre 6 et 18 personnes, avec très peu de moyens techniques

Pour Laurent dans le vent, afin de conserver autant de liberté que sur Mourir à Ibiza, il nous a fallu du temps en amont pour accueillir les moments de flottement, de trouble, d’incertitude. 

Du temps pour traîner, sentir les lieux, se promener… faire finalement comme Laurent qui dans le premier plan, atterrit là un peu par hasard et entreprend ensuite de virevolter autour des habitants de la vallée.
 

 Comme on est dans un festival de court métrage, comment voyez vous l’avenir du format court métrage d’après vous ?


J’ai l’impression qu’on est dans un moment étrange où à la fois d’un côté il n’y a jamais eu autant de formes courtes sur internet et en même temps de l’autre ça se professionnalise beaucoup avec des processus proches du long métrage, des attentes d’aides, un vrai marché, une forme de carte de visite…

Je crois vraiment au court et au moyen métrage comme des formes propres (que je pratique beaucoup en tant que spectateur). Et qui permettent d’aller très loin dans la simplicité. De chercher des façons radicales de faire un film. Pas forcément dans une démarche expérimentale mais même narrativement, politiquement.

Ce sont des formes de cinéma qui peuvent se faire sans grands enjeux commerciaux et qui sont donc très précieuses. J’aimerais beaucoup les voir revenir plus en salle. Mais internet aussi ouvre des portes qu’il ne faut pas sous-estimer et qui permettent de casser la hiérarchie des formats.

 

 

Festival Du film court de Villeurbanne :Focus sur Anton Balekdjian, ex élève de la Ciné Fabrique

Festival du film court de Villeurbanne -

Retour sur la soirée d’ouverture : du Court au Long – Avant-Première de Laurent dans le vent de Anton Balekdjian, Léo Couture, Mattéo Eustachon

Long-métrage : 𝗔𝗩𝗔𝗡𝗧-𝗣𝗥𝗘𝗠𝗜𝗘𝗥𝗘 𝗱𝗲 𝗟𝗔𝗨𝗥𝗘𝗡𝗧 𝗗𝗔𝗡𝗦 𝗟𝗘 𝗩𝗘𝗡𝗧, France, 2025, 1h50 En présence des réalisateurs Anton Balekdjian, Léo Couture et Mattéo Eustachon

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