Baz'art  : Des films, des livres...
14 avril 2026

Rencontre cinéma : Mathias et Colas Rifkiss, réalisateurs du film La petite graine

 

 

Mathias Rifkiss et Colas Rifkis Crédit : Baz'art

La Petite graine sort en salles ce mercredi 15 avril. Il s’agit de la première réalisation en long métrage des metteurs en scène lyonnais Mathias et Colas Rifkiss.
Après avoir réalisé plusieurs longs, et ce, depuis 2024, Mathias et Colas Rikfiss nous livrent un long métrage  profondément attachant, proposant un thème rare et intime  excellemment interprété par sa petite brochette de comédiens (Sébastien Chassagne, Louise Massin, Oussama Kheddam et Delphine Baril,  tous formidables), (lire notre critique ici même)
Il se trouve que les cinéastes sont lyonnais et que leur producteur Duno Films a son siège à 500 m de celui de Baz'art. 
Du coup cette rencontre avec Mathias et Colas Rifkiss est sans doute celle qui fut la plus écologique et la plus croix roussienne de toutes celles de Baz'art . Petit compte rendu non exhaustif de cette rencontre qui aura duré presque une heure : 

La Petite Graine ausculte l’intérieur d’un couple et interroge sur la place de la parentalité dans la société , et ce projet est le prolongement d'un autre un peu antérieur : « Nous avions réalisé le court-métrage La Charge mentale (2023) sur cette thématique, explique Colas Rifkiss. Ni mon frère ni moi n’avons d’enfant et au sein de nos couples respectifs, on se pose toujours la question : est-ce qu’on peut imaginer une vie sans enfant ? Parce qu’on trouve que dans la société, il y a une injonction extrêmement forte à procréer. Qu’un couple qui n’a pas d’enfant est souvent un peu suspect. »

En janvier 2024, une phrase prononcée par le président de la République booste l’envie des deux frères de reprendre le sujet de La Charge mentale, tourné dans la même maison de Perreux et avec le même couple d’acteurs (Louise Massin-Sébastien Chassagne), pour en faire un long métrage. 

"En fait, lorsqu’Emmanuel Macron a ordonné un “réarmement démographique”, on l’a très mal pris", poursuit Colas Rifkiss. "On trouvait que c’était vraiment une insulte faite à des couples, à des parcours de PMA, à des gens qui se battaient pour avoir des enfants. Je pense qu’il n’a pas mesuré l’impact de ses paroles. Et on a eu envie de donner une réponse à cette injonction sociétale et politique.  Il faut savoir que nous nous sommes toujours interrogés sur le positionnement de l’être humain dans son environnement. La dernière cellule un peu inattaquable, malgré ses dysfonctionnements, c’est la famille, le couple, l’amour. Tous nos films traitent de la manière dont on se fait une place parmi les siens. "
Mathias rajoute à ce constat sans appel que "tout système coercitif, politique ou sociétal a un impact dévastateur dans la cellule proche. C’est ce qu’on aime radiographier : comment un élément extérieur vient télescoper cette cellule familiale."

Quand on demande aux frères jumeaux  s'il est facile de s'établir contre les règles pré-établies dans la société, on sent que Colin, le plus loquace des deux frangins, a déjà une idée sur la question : "C’est toujours facile de gagner un jeu quand c’est soi-même qui fixe les règles. Créer une norme, c’est le meilleur moyen de confiner les gens à un seul modèle social. Mais ne pas pouvoir adhérer à cette normalité peut s’avérer une bénédiction : si l’on dispose d’assez d’humour et de recul, c’est une aubaine pour réinventer sa vie. C’était le leitmotiv de ce premier long métrage : comment réenchanter le couple quand on n’a pas d’enfant ? Tu pars de très loin, mais en regardant différemment, le verre à moitié vide peut devenir à moitié plein." 

 

 

Lorsqu'on leur fait observer que chacun des personnages illustre une façon bien à distincte d'appréhender la filiation, les frères répondent pour le coup de concert : "C’est exactement ce qui nous intéresse, plutôt que les films manichéens qui versent dans le pathos. On a un couple obsédé par l’enfant — sauf que l’une finit par ne plus vouloir perdre la sexualité de son couple, tandis que l’autre met le plus de temps à accepter que sa virilité ne corresponde pas au canon masculin. Il y a Piche, qui au départ trouve l’idée d’avoir un enfant complètement superflue, mais qui découvre l’empathie 
et se recrée une famille. Et Mégane, qui a fait des enfants et dit : « Plus jamais, si tu veux être libre. » Quatre points de vue : c’est tellement complexe,tellement versatil comme dans la vie, en fait!"

La Petite Graine de  Mathias et Colas Rifkiss
En salles le 15 avril 2026

Merci à Duno films 

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