Baz'art  : Des films, des livres...
18 mars 2013

Une pierre de patience qui a eu raison de la mienne...

patiencestone_01Malgré l'obtention du prix Goncourt en 2008 - une consécration qui avait fait une belle unanimité auprès de la presse littéraire-, j'étais completement passé à coté du  roman, Syngué sabour - Pierre de patience du poète afghan Atiq Rahimi , et j'avoue que je ne savais même pas vraiment qu'il s'agissait d'un monologue d'une femme musulmane dont la parole va peu à se libérer des tabous et des carcans machistes en cours dans ses sociétés. ...

Après avoir vu  en salles Syngué sabour - Pierre de patience le film, également du poète afghan Atiq Rahimi, je me dis que j'aurais peut etre du lire le livre avant histoire de savoir où je mettais les pieds :o)

En effet, alors que d'habitude je peste contre le fait de trop savoir sur les films avant de les voir en salles, j'aurais peut etre du ce coup ci connaitre cet apsect des choses. Car, lorsqu'au bout de 20 minutes de film, je me suis aperçu qu'on aurait à afaire à une suite de longs monologues successifs d'une femme à son mari dans le  coma, dans un Kaboul que l'on devine plus qu'on ne le voit, à feu et à sang.  Cernés par de longs plans séquences pour le moins statiques, je me suis dit que le coup était un peu rude pour une soirée après une journée de boulot bien éprouvante.

Certes, je passe un peu pour un sans coeur et un cynique, en décrétant cela, car, sur le papier, le sujet est éminement fort et respectable.

Atiq Rahimi nous livre une ode à la libération de la  femme afghane à visage découvert, son dévoilement intime, sa confession, ses désirs, ses fantasmes, jusqu’à offrir son corps à un jeune soldat qui la paie.  Le livre et le film sont des dénonciations de la condition féminine, participant à la lutte contre toutes les formes d'exclusion vécues au quotidien par les femmes orientales, et c'est toute une structure sociale construite par et pour les hommes, faite de dominations perpétuelles, qui est ici vertement et subtilement critiquée.

Après le film, qui m'a donc laissé un peu circonspect, je suis allé en bibliothèque jeter un oeil au roman voir si l'adaptation filmique était fidèle ou non au texte de départ. Et incontestablement  , j'en suis arrivé à la conclusion que  le livre passe beaucoup mieux la rampe que le film.

 Dans  le roman, les phrases dépouillées, sèches et concises de Rahimi résonnent comme en écho dans l’esprit du lecteur qui est amené alors à ressentir tout le non-dit du récit Au travers de ce monologue émouvant, c'est toute une société qui est décrite: les souffrances des femmes, humiliées dès leur plus jeune âge, mais aussi des hommes, trompés par leur volonté de sauvegarder à tout prix l'honneur de leur famille, de leur village, de leur peuple.

Hélas à l'écran , le résultat est bien moins réussi:  on s'attend sur un tel sujet à voir une oeuvre  audacieuse et charnelle, mais on est malheureusement heurté par la mise en scène pesante et extremement minimaliste de l'apprenti cinéaste.  L'oeuvre, beaucoup trop  statique, donne l'impression de répeter les mêmes scènes  et manque de l'ampleur et de  la poésie inhérentes à un tel sujet .

On a l'impression que le cinéaste ne sait pas comment sortir du carcan littéraire et théatral du texte et il manque cruellement de proposition cinématographique pour entourer cette intrigue, aussi belle soit elle.

Cette succession de monologues donnne du coup une impression de monotonie et surtout un coté beaucoup trop austère au film. 

Heureusement, quelques scènes vers la fin ( la rencontre avec le soldat bègue) laisse entrevoir la sensualité que le film aurait pu revetir tout du long.

En fait, Syngué Sabour  le film est  avant toute chose l'occasion pour l'actrice iranienne Golshifteh Farahani de montrer l'étendue de son talent. Exilée d’Iran depuis cinq ans pour s’être affichée sur un tapis rouge sans foulard, elle ne connaît que trop bien les frustrations de son personnage, et elle lui prete la souplesse et une incroyable délicatesse que l'on ne percevait pas forcément dans le roman. 

A elle seule, elle réussit à donner une intensité et une vibration à un film qui déçoit sur le pur plan cinématographique.

Commentaires
C
Je n'ai pas eu le temps de voir celui ci qui m'aurait tenté!Personnellement c est le Camille Claudel actuellement sur les écrans qui m'a fait le même effet "soporifique" alors qu'apparemment la critique presse l'encense. Je pense que c est juste une question de sensibilité, peut être que d'un point de vue féminin, le ressenti est différent :)
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P
Je ne savais pas non plus qu'il s'agissait d'un monologue continu... C'est un parti pris plutôt audacieux, dommage que ça ne tienne pas la route. Le film n'est pas sorti chez moi, je ne sais pas si mon ciné aura une copie et même s'il en a une, je ne suis plus très sûre d'avoir envie d'y aller... Je verrai bien mon humeur du moment !<br /> <br /> Merci pour ton avis en tous cas !<br /> <br /> Bonne soirée filou, bisous
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B
ah j'aurais aimé voir le même film que toi mais effectivement il y a un fossé entre nos deux critiques...moi j'ai énormément baillé devant ce film... et j'ai tellement plus aimé elefante blanco que tu avais défendu avec beaucoup moins d'ardeur...en meme temps je le reconnais je n'ai pas vu les deux films dans les memes conditions... bonne soirée nipette
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C
Nous ne sommes pas du tout d'accord sur ce film ! tu n'y a pas vu la même chose que moi :)
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A
Ah je ne suis pas d'accord ... J'ai beaucoup aimé le monologue, l'aspect un peu austère, et les quelques éclats de sensualité venant nuancer tout ça. Mais je n'ai pas lu le livre ...
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