Baz'art  : Des films, des livres...
7 octobre 2019

Critique cinéma : Alice et le maire : une comédie politique réjouissante!

alice et le maire

 La sortie en salles de L’Exercice de l’État en octobre 2011 fut un vrai évènement pour le cinéma français.

Il traitait en effet d'un sujet, celui de la vie politique  vue de l’intérieur  qui n’avait été jusqu’à présent que  peu voire pas du tout abordé par le cinéma de fiction en France.

 La singularité du film de Pierre Schoeller était de se présenter comme  une vraie plongée à l'intérieur de la sphère politique dont l'objectif est vraiment de nous présenter des hommes politiques qui sont avant tout des hommes, sans manichéisme, avec leurs grandeurs et leurs faiblesses.

Depuis cette date phare, quelques films se sont efforcés d'aller sonder les cercles du pouvoir hexagonal, notamment Mathieu Sapin sur un versant humoriste  et satiriste avec le Poulain ou bien Nicolas Pariser qui en 2016 avait scruté avec énormément d'intéret les rouages de ce mécanisme  entre le film politique et le film d'espionnage.

Dans son Alice et le maire (tourné à Lyon l'an dernier, un tournage que j'ai suivi de près pour des raisons personnelles)  le même Nicolas Pariser ose dénoncer un système politique qui semble se résigner à son impuissance. Michel, qui a vu le film au Comoedia samedi soir , nous donne  quelques pistes de réflexion  sur ce film événément de début octobre :

 

Cela fait près de vingt ans que Paul Théraneau, le maire de Lyon, donne le change; il le confie à la jeune professeur de philosophie que sa directrice de cabinet a engagé. Il se voit comme une Formule 1 en roue libre et en panne sèche.

A elle, jeune normalienne agrégée de philosophie,  de lui trouver du carburant, des idées auxquelles s’accrocher pour peut-être prétendre au poste suprême: chef de l’Etat.

Pauvre Alice : comment amener sa pensée philosophique  au sein d’un think-tank de campagne! Comment caser Chateaubriand, Orwell ou Melville dans le monde de la communication politique.

Eloge de la lenteur et de la réflexion chez les agités de la petite phrase.

Et si l’on commençait pas reconsidérer la modestie dans la vie de Théraneau? Vaste programme car apparemment le maire en est certain: pour la modestie, il ne craint personne!

 La caméra de Nicolas Pariser suit Alice de l’autre coté des Ors de la République. Comme elle nous allons découvrir les arcanes de l’exercice du pouvoir.

Pas d’ironie, pas de critiques poujadistes à la ‘' tous pourris”, juste un regard d’anthropologue tendre sur des travailleurs de l’ombre, Sisyphe de la communication qui passent leur temps à s’auto-persuader que leur travail est important.
En même temps, sans qu'il ne vire jamais au pamphlet ni même à la satire, Alice et le Maire fait un constat d'impuissance des politiques souvent ressenti par la population et y oppose un regard à la fois très distancé sur les choses et en même temps sans cruauté ni ironie. 
photo

 On les aime, ces  joutes rhétoriques qui opposent Alice et ce haut responsable politique  en quête de sens, mais  le film est avant tout une belle  histoire de solitudes, de deux êtres humains qui n’ont rien à voir ensemble et qui, pour autant, apprennent l'un et l'autre de l'autre et pourraient même changer dans leur rapport à autrui.

Lucchini est impérial comme il sait l’être quand il ne se parodie pas face à Anaïs Demoustier,  formidable de candeur obstinée.

 Toute la petite troupe des communicants est  parfaitement dirigée: Nora Hamzawi, sympathique langue de vipère ( malgré un jeu toujours un peu anti naturaliste au possible), Leonie Simaga, guerrière froide et déterminée et un Thomas Chabrol ( tiens, ca faisait longtemps inquiétant de connerie suffisante.

alice_et_le_maire_2

 

Au fait cette année, existe-t-il un film français sans Antoine Reinartz, aussi peu sympathique en directeur des relations presse  du cabinet qu'en professeur déprimé chez Grand Corps Malade  et Mehdi Idir ?

Dans ce concert de louanges, un seul  petit bémol  à apposer sur la mise en scène presque inexistante de Nicolas Pariser, exception faite d'un  plan séquence éblouissant à la fin, dans la mémorable scène du discours, dommage il aurait fallu un Honoré ou un Ozon pour y insuffler un peu de punch....

Mais oublions cela pour nous concentrer sur l'essentiel : Alice et le Maire reste extrêmement réjouissant, qui propose une  approche originale de la vie et du fonctionnement de la communication politique et qui surtout, chose rare dans le cinéma d'aujourd'hui fait confiance en l'intelligence du spectateur. 

Alice et le maire, un film de Nicolas PariserFrance, 2019, 103mn

Sortie : 2 octobre 2019

Commentaires
M
Convaincue qu'il faut que j'aille le voir! 😉
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