Gloria Mundi, la cuvée Guédiguian 2019 est noire mais follement belle !
Robert Guédiguian est un cinéaste majeur du cinéma français de ces quarante dernières années.
La présence de ses derniers films lors des grands festivals internationaux, notamment la Mostra de Venise, a confirmé la notoriété internationale et la richesse de son œuvre, puissante radioscopie de la société de ces 40 dernières manières , à la manière d'un Jean Renoir tout en l'ancrant dans un terreau méditérannéen comme le faisait un Marcel Pagnol quelques décennies avant lui.
" Gloria Mundi," dernier long-métrage de Robert Guédiguian, présenté et primé lors de la Mostra de Venise 2019, à travers son emblématique comédienne Arianne Ascaride, est sorti en salles ce mercredi 27 novembre.
Deux ans après le déjà très beau La Villa, le nouveau long métrage de Robert Guédiguian fait surtout penser à "La Ville est tranquille" qui était jusqu'à présent sans doute son oeuvre la plus noire, sans utiliser les oripeaux du film de genre comme Lady Jane pouvait le faire.
Ici, même si certains éléments pourraient faire penser à un thriller - agression, incarcération- et même (attention spoil : meurtre), Robert Guédiguian se veut surtout comme à son habitude le peintre d'une chronique sociale contemporaine tendant vers la tragédie dans sa dernière partie.
Si "La Villa" et sa tendresse cachée sous de l'ironie et de la maladresse bourrue, laissaient encore entrevoir quelques notes d'espoir, et malgré la scéne inaugurale qui montre la joie de la naissance d'unl’enfant, l'optimisme n'est plus guère de mise dans Gloria Mundi, le réalisateur de Marius et Jeannette semblant prendre le pouls de notre société actuelle et des désillusions qu'elle charrie.
En effet, à l'instar de son homologue Ken Loah dans le récent Sorry We Missed You, Robert Guédiguian sonde notre société ultralibérale actuelle où l'ubérisation prégnante enfonce encore plus les moins nantis d'entre nous, et que les illusions de liberté dans le travail de freelance s'écroulent bien vite devant la réalité des choses.
Quittant son habituel le port de l’Estaque, Guédiguian et son co scénariste Serge Valletti, déjà présent pour l'écriture de "la Villa" montrent un monde où l'individualisme et l'ultra libéralisme semblent l'avoir nettement emporté sur la solidarité, le militantisme et l'espoir du vivre ensemble ( contrairement à ce que nous montre les Toledano Nacache, résolument plus optimistes) .
Robert Guédiguian dresse le portrait sombre d'une famille gangrénée par la violence socio-économique et sa perception n'est pas des plus roses.
Le cinéma profondément humaniste Guédiguian accueille même pour la première fois, dans sa propre cellule familiale des personnages antipathiques, qui font passer leur propres intérêts sur ceux des autres; notamment celui joué par un Grégoire Le Prince Ringuet, très convaincant dans un étonnant contre emploi. Constater que c'est la jeunesse qui incarne ces caractéristiques là n'a évidemment rien pour rassurer .
Alors que les plus âgés- le triangle Meylan/ Daroussin/ Ascaride, qu'on est toujours aussi heureux de retrouver de film en film comme des anciens copains qu'on ne voit qu'une fois tous les deux tentent, peine perdue, de maintenir un semblant d’harmonie familiale, malgré un désenchantement évident, les plus jeunes n'hésitent pas à écraser les autres, même ceux de sa propre famille histoire de survivre et de tenir debout.
Comme à son habitude, Guédiguian ose cet équilibre qui sied bien à son cinéma; en alternant tour à tour le naturalisme de la chronique sociale et le poétique d'une mise en scène particulièrement inspirée.
A cet égard, les haïkus récités par Daniel- un Meylan mormoréen et plutôt meilleur acteur que d'habitude, apportent un certaine lyrisme, de même que le requiem qui accompagnent certains passages qui fait un peu de bien à l'âme tout en guidant le spectateur sur le potentiel tragique de sa résolution finale .
D'ailleurs, son dénouement, tout en jouant la carte de la tragédie résignée, laisse paradoxalement distiller quelques (relatives) notes d'espoir..
Gloria Mundi, flèche en plein cœur du spectateur, est une oeuvre majestueuse nous montre un Robert Guédigian aussi sombre qu'en pleine forme cinématographique.
Un film vu en avant première au Cinéma Lumière Terreaux
Porté par des comédiens tous aussi formidables les uns que les autres - jeunes et moins jeunes et qui incarnent pleinement le cinéma de #robertguediguian #gloriamundi marque s'inscrit dans la continuité de ses films précédents tout en étant plus sombre et tragique. pic.twitter.com/ptN8zjBkxJ
— Baz'art (@blog_bazart) November 26, 2019