Dalva s'ouvre sur une scène terrible : celle d'une séparation entre une enfant, Dalva, et Jacques - qui, nous l'apprendrons peu après, s'avère être son père -, à grands renforts de cris, de fracas de lampe, de portes claquées et de coups de pied. Dalva ne comprend pas pourquoi ces hommes aux brassards orange viennent l'arracher de son lieu de vie, de son père. Et cette incompréhension mettra du temps, beaucoup de temps à se dissiper.
À 12 ans, Dalva (Zelda Samson) n'a rien d'une fille de son âge. Elle a davantage l'allure, le port de tête et le regard d'une femme. Ses vêtements sont ceux d'une adulte très apprêtée, ses bijoux aussi, son maquillage Mais ça, Dalva ne le sait pas, car elle n'a jamais côtoyé des enfants de son âge. Ses rares sorties « à extérieur » étaient pour aller chez le coiffeur, pour ses rendez-vous de teinture. Elle n'a grandi qu'avec son père (incarné par un effrayant Jean-Louis Coulloch’h).
Sa manière de s'habiller, c'est lui qui lui a dicté, voulant faire de Dalva sa femme, et non sa fille. Confiée aux soins d'éducateurs (dont Jayden, alias Alexis Manenti et Zora, Marie Denarnaud), suivie par une psychologue, elle va apprendre à se libérer de l'emprise et de l'aveuglement, de ce simulacre d'amour qui n'avait rien de normal entre un père et une fille.
À l'école, elle va apprendre - et comprendre - qu'elle n'a rien d'une élève « normale ». Dans son foyer, elle va ouvrir les yeux sur son déni, reprendre son enfance là où elle s'était arrêtée, le jour où son père l'a kidnappée et séparée de sa mère, alors qu'elle n'avait que 4 ans.
On a été secouée par ce premier long-métrage d'Emmanuelle Nicot qui a réussi avec une grande finesse, à traiter l'insoutenable : l'inceste.
Elle explore la thématique de l'emprise (un thème cher à la réalisatrice, de plus en plus traité au cinéma et en littérature) à travers l'horreur d'une relation incestueuse et consentie (un thème qui l'est beaucoup moins).
Nous sommes embarqués dans les lieux de reconstruction de Dalva : de la salle de tribunal au foyer, en passant par le cabinet de la psychologue.
La justesse semble être le maître-mot du travail de la réalisatrice qui sait de quoi elle parle, pour être la fille d'un éducateur, pour avoir connu les effets de l'emprise, et pour avoir été immergée dans un foyer aux côtés d'enfants « comme » Dalva.
Et cela change tout, dans le message véhiculé. Dans notre envie de ne pas perdre une miette de ce film saisissant.
Difficile à décrire exactement les sentiments qui nous ont traversé face à ce film, mais ils ont été nombreux, parfois contradictoires. Il y avait du dégoût, bien sûr, de la sidération de voir que la maltraitance pouvait aussi prendre cette forme-là.
De l'espoir, de voir que Dalva avait les armes, la force, pour se sortir de ce cauchemar qu'elle ne semblait pas identifier comme tel.
De la reconnaissance, aussi, de la joie de la voir vivre des choses que nous pourrions considérer comme normales, nous qui avons la chance de les avoir vécues sans nous poser de questions - des moments de complicité avec quelqu'un qui nous comprend, une soirée un peu trop arrosée.
Des moments d'insouciance, en somme.
On a aussi apprécié le regard, jamais voyeur, de la réalisatrice sur sa comédienne principale.
Sa façon de nous faire comprendre beaucoup de choses sans alourdir le message, tout en nuances et en subtilité.
Et que dire du casting - Emmanuelle Nicot, spécialiste du casting sauvage, a développé un don pour ça - parfaitement choisi pour chaque personnage témoin de cette reconstruction. Zelda Samson est impressionnante dans son tout premier rôle - qui ne sera sûrement pas le dernier -, Alexis Manenti très juste dans sa position d'éducateur qui a de plus en plus de mal à prendre du recul et Fanta Guirassy (Samia) drôle et émouvante, dans son caractère révolté.
DALVA de Emmanuelle Nicot en DVD et BRD le 22 août- éditeur Diaphana
BONUS :
-Deux courts-métrages d’Emmanuelle Nicot : À l’arraché (2016 - 23mn), RAE (2012 - 19mn) -Portrait d’Emmanuelle Nicot, une réalisation FONDATION GAN POUR LE CINEMA
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