Benjamin-Biolay-welovemusicL'autre jour, je me suis aperçu d'une hérésie totale : jusqu'à présent, je n'ai jamais eu l'occasion de parler de Benjamin Biolay dans ma rubrique des trésors cachés de la chanson française.

Or, il se trouve que je fais partie de ces bobos branchés qui vouent un vrai culte à  Biolay, et dont le concert qu'il donna en 2010 à Fourvière est sans doute mon meilleur souvenir de concert.

Certes, au début de sa carrière d'interprete, j'étais un peu spectique : la parution de ses deux premiers albums (Rose Kennedy et Négatif), car la référence à Gainsbourg et son coté trop poseur m'agacait, comme bon nombre de français vu les  fortes réactions de rejet que le bonhomme soulève.

Mais une seule écoute à son album A l'origine, sorti en 2005 a suffi à me convaincre que l'univers de cet artiste résonnait fortement en moi. Ce recueil de 14 chansons, plus personnelles,  largement autobiographique, respire certes le spleen et les ruptures amoureuses à fond, ce genre de thèmes que j'écoute depuis au moins la nuit des temps, mais avec une qualité dans les arrangements et les mélodies à 100 coudées au dessus de la production courante.

Et parmi ces morceaux, j'ai particulièrement bloqué sur un morceau, le second de cet album, intitulé Mon amour m'a baisé. Pour mes lecteurs qui pourraient être choqués par le titre, je dois dissiper ce malentendu, pourtant conforté par une  émission de télévision que j'ai regardé récemment , lors d'une rediffusion à 3 heures du mat ( lors mes fameuses nuits d'insomnie) . Cette émission avait pour thématique les chansons d'amour et lors de la rubrique le sexe dans la variété française ont utilisé cette chanson pour illustrer le débat. Or, Biolay n'utilise pas le verbe baiser au sens littéral du terme, mais bien comme le synonyme de trahir, ou alors je n'ai rien compris à la chanson.

Mon amour m'a baisé,

Mon coeur est brisé

.Mon air triste

,Mon âme soœeur.
Mon amour a biaisé

Sa robe est froissée

Mon âme pleure,

Sa police

Ce fut un plaisir,Plaisir d'offrir.

Mais j'ai mal au ventre,Et j'entends vos voix.J'étais pas de la trempe,Je faisais pas le poids.

Impossible de dire pourquoi ces quelques paragraphes ont produit un tel effet sur moi, et pas les milliers autres morceaux  existant sur la rupture amoureuse. Mais ce mélange de grande amertume, d'appitoiement sur soi même et de violence rentrée a eu des retentissements énormes en moi. Musicalement, le morceau est trés riche avec un couplet très court, et deux ponts coup sur coups auquel on ne s'attend pas, et qui nous laisse encore un peu plus groggy.

Et le coup de maitre du morceau est à mes yeux la phrase répétée plusieurs fois comme un leitmotiv par une voix féminine, reconnaissable entre tous, celle de Françoise Hardy, la classe incarnée ( du moins avant ses propos un peu sénils du mois dernier) :"On est tous passés par là. On est tous passés par là."

Cette phrase renvoie à la souffrance de l'homme quitté et trahi à la cruelle banalité du moment qu'il vit, et relativise la portée et les sentiments que ressent l'auteur : inutile d'en faire des tonnes sur les séquelles de ta rupture, car on a tous connu cela, et on s'en remet forcément. Ce genre de discours, tout le monde l'a entendu dans ces occasions, mais au lieu d'atténuer la douleur, il ne fait que l'attiser.

Bref, un morceau déchirant et cruel que j'avais envie de vous déterrrer en ce premier et ensolleillé jour de juin.
Benjamin Biolay Mon amour m'a baisé