Je ne pense pas énormément vous surprendre si je vous annonce que je ne fais pas partie des afficionados de la chasse, je ne pense pas donner sur mon blog l'image adéquate. En effet, n'étant pas pour autant un grand défenseur des animaux dans ma vie de tous les jours (je considère, à tort certainement que j'ai déjà fort à faire à protéger les humains dans ma vie professionnelle :o), mon aversion pour les armes fait que j'ai toutefois beaucoup de mal à trouver quelques qualités à une activité principale dont le but est d'essayer de dégommer des lapins ou des perdrix totalement innocentes...

Alors, je sais, car je l'ai souvent entendu que la chasse, c'est avant tout "le plaisir de se retrouver entre hommes pour partager des moments de franche camaraderie", mais comme je n'aime pas forcément les activités exclusivement masculines, ce genre d'argument ne me convainc pas forcément.

Ceci étant dit, il m'est arrivé de beaucoup apprécier un certain nombre d'oeuvres qui avaient la chasse comme toile de fond plus ou moins directement (les films Le Silence réalisé par Orso Miret ou Selon Mathieu de Xavier Beauvois) ,et c'est ainsi que je me suis plongé avec une vraie curiosité dans le nouveau roman d'Agnès Desarthe, qui comme son titre l'indique, a pour décor principal, et même quasi exclusif, une partie de chasse.

Il faut dire que j'aime bien la romancière Agnès Desarthe, fille du pédiatre ultra médiatisé Aldo Naouri (sur lequel j'ai un peu plus de réserve), enfin surtout ses écrits pour la jeunesse, et certains pour adultes (notamment Mangez moi, truculent portrait d'une restauratrice, parue en 2006). La fantaisie qu'elle sait amener dans des situations a priori banales réhausse des récits qui pourraient rester anodins traités par d'autres écrivains.

Cette singularité, on la ressent fortement dans cette fameuse partie de chasse en question. Le roman prend donc au départ pour cadre une vulgaire partie de chasse comme je l'imaginais peu ou prou : Un jeune garçon ,Tristan se laisse convaincre par sa copine d’aller chasser avec les gars du village, histoire de se faire des amis. Grand sensible et délicat, il n’a pourtant rien à voir avec ces beaufs rustiques qui, fidèle à ma fameuse image, rient gras et parlent comme des charretiers. Ét là, sans qu'on ne s'y attende, la partie de chasse va mal tourner : l’un des participants tombe dans un trou, deux autres partent chercher des secours, une tempête éclate.

Construit suivant les règles de la tragédie classique, ce roman a l'immense qualité de nous emmenner sur des chemins inattendus. Car la tragédie, qui vire parfois au huis clos oppressant, se pare presque constamment de fantaisie, avec les commentaires amusés et empathique d'un ....d’un lièvre philosophe, qui va dialoguer avec le jeune chasseur avec une malicieuse sagesse. L'intervention impromptue de ce lièvre doué de parole et de raison donne à ce roman grave sa verve et une allure légère et gambadante (comme un... lièvre, en fait, ça tombe bien).

Certaines de ces situations pourraient tomber facilement dans le ridicule et l'ubuesque, mais c'est sans compter sans la fantaisie naturelle d'Agnès Desarthe (et on reconnait là très bien sa patte d'auteure jeunesse).

Et mine de rien, sous cette fausse légereté, l'auteur embrasse multitudes de thématiques essentielles : les rapports filiaux, la perte de l'enfance, la peur de mort, le sexe, la représentation de la virilité,  l’entrée dans le monde adulte....

.Bref, un roman étonnant et marquant qui, en fin de compte, et malgré mes réticences de départ, plaira bien plus aux refractaires au monde de la chasse qu'à ses défenseurs : pour preuve, Une partie de chasse vient juste de recevoir le prix 30 Millions d'Amis... CQFD :o)