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La dernière fois que j'avais posé mes fesses dans le superbe amphithéâtre de Fourvière,  c'était en 2014,  avec le souvenir d'être ressorti frigorifié et risollant de pluie devant le concert de Louis Chedid et Cédric Mokaiesh, à tel point que je n'avais même pas la pris la peine d'en parler sur ce blog, tant mon souvenir de ce concert fut emporté par les gouttes, malgré les efforts et la bonne volonté des deux artistes masculins que j'aime pourtant énormément, mais  assurément plus sous la chaleur que sous les trombes d'eau.

Changement de programme radical en cette année 2015 : les artistes sont exclusivement féminines (pour reprendre le titre d'un des morceaux phares de Véronique Sanson la tête d'affiche du spectacle) et surtout le froid et la pluie ont laissé la place sur Lyon à une chaleur caniculaire présente d'ailleurs depuis une bonne dizaine de jours.

Du coup, première différence sur le plan visuel lorsque je me pointe à Fourvière ce samedi soir :  les parapluies et panchos qui étaient restés bien vivace dans mon cerveau, ont été remplacés par des éventails de fortune que se sont fabriqués les spectateurs avec le programme.

Des spectateurs de toutes les générations, venus aller applaudir l'immense Véronique Sanson pour le spectacle consacré à ses  « années américaines » qu'elle a  joué d'abord à L'Olympia en février de cette année, puis en tournée dans tous les bons festivals d'été, comme l'est assurément celui de Fourvière.

Mais avant de voir la grande Véronique dans ses oeuvres, c’est à Jeanne Cherhal qu'est revenue l'insigne honneur d'ouvrir  le spectacle, un honneur dont elle était particulièrement fière, comme elle nous l'a annoncé dès de le début de son tour de chant.

Celle ci rêvait en effet de revenir à Fourvière depuis son premier passage il y a dix ans, d'autant plus qu'elle était samedi soir accompagnée des  cordes et cuivres du Conservatoire à rayonnement régional de Lyon, pour une version symphonique des chansons de son dernier opus, « Histoire de J. »

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Il était logique que ca soit Cherhal qui soit la première partie de Sanson tant la filiation entre les deux est évidente, surtout depuis cet opus dont j'avais longuement raconté les premisses de la conception dans ma chronique très élogieuse parue à l'occasion de sa sortie l'an passé.

Il faut dire que Jeanne Cherhal a eu la révélation au détour d'un concert de Véronique Sanson, en 2011, qu'elle voit pour la première fois sur scène, et qui un an plus tard, à l'occasion des 40 ans de cet album "Amoureuse",  prendre prétexte de cet anniversaire pour faire revivre sur scène le disque.

Et l'album "histoire de J" montre au cours des 10 morceaux à quel point les influences de Sanson-sont merveilleusement digérées et arrivent à rentrer parfaitement dans l'univers personnel et intime de la chanteuse nantaise.

Entourée de ses trois musiciens (guitare, basse, batterie) et particulièrement  virtuose sur son piano à queue( qui hélas me tournait obsentiblement le dos), Jeanne Cherhal a offert une heure de spectacle à tous points réussis,  pour un bel équilibre entre le plein d'émotion et plein d'humour, avec  notamment  toujours très présentes, cette fantaisie et cette autodérision que l'artiste nantaise a déjà démontré à plusieurs reprises lors de ses précédentes concerts.

Une fois encore, Jeanne Cherhal a prouvé toute l'étendue de son talent , avec des morceaux d'une ampleur et d'une poésie indéniables, et surtout un sens mélodique qui n'a pas grand chose à envier à celle de Madame Sanson.

Ainsi, "J'ai faim",  le premier morceau qui ouvrait le concert, certainement celui qui fait, mélodiquement du moins, le plus penser à Véronique Sanson  laisse parfaitement voir ce coté plein d'appétence et d'appétit de l'artiste :

 On se souviendra notamment son intérprétation très convaincante de " Quand c’est non, c’est non », cette fort belle diatribe sur les abus sexuels encore faits aux femmes par les hommes les plus civilisés, on son retour  sur  scène sur un mode très cabaret, pour des chansons- notamment une de Colette Renard- particulièrement coquine.

Bref, une très belle première partie qui a réussi à mettre d'emblée le public venu exclusivement pour Véronique Sanson largement dans sa poche (à  tel point que certains spectateurs profitaient de l'entracte pour aller chercher sur leur application  Deezer ou Spotifiy les précédents album de Jeanne).

Puis changement rapide de plateau, dès 21h15 pour voir l'immense Véronique Sanson remonter le temps et nous proposer un répertoire basé sur une trilogie d’albums mythiques : « Le Maudit », « Vancouver » et « Hollywood , ces trois disques enregistrés alors qu’elle s’était installée aux États-Unis, à la suite de sa rencontre avec le guitariste Stephen Stills (du mythique groupe des années 1970, Crosby Stills Nash & Young). ».

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Je n'avais jusqu'à présent vu qu'une une seule fois Véronique Sanson  sur scène, il y a environ 15 ans au Palais des Sports de Paris, et je dois reconnaitre n'en avoir gardé un souvenir peu mémorable,  il faut dire que j'étais particulièrement mal placé mais j'ai souvenir d'orchestrations particulièrement saturées et d'une Véronique Sanson qui restait accrochée à son piano, sans apporter vraiment d'émotions et de partage particulièrement intense avec son public.

Quinze ans après, la donne a complètement changé, tant Véronique parait, et ce dès son entrée en scène sur un Vancouver dont les paroles résonnent fortement auprès d'un public conquis d'avance, radieuse et rajeunie de 20 ans. Une joie forcement commuinicative qui tisse avec le public une vraie complicité  et un vrai lien intime, qui ne cessera pas du long des presque 2 h30 du concert.

Madame Sanson nous a proposé en raccord avec le spectacle à l'américaine, avec un show est rodé et de grande tenue. Il faut dire qu'un gros effort est fait sur le décor et les lumières et surtout que les 8 musiciens  et 2 choristes d’exception  jouent cette partition unique avec un juste équilibre, entre fidélité et audace.

Les musiciens qui l'accompagnent sont vraiment d'une immense trempe. Des cuivres, menés par le trompettiste Steve Madaio, fabuleux trompettiste (Presley, Joplin, Wonder) avec qui elle n'avait plus collaboré depuis vingt-deux ans , le guitariste Basile Leroux (Eddy Mitchell) ou le fidèle batteur Loïc Pontieux. 

Et surtout, alors que je craignais que le temps et les ravages de la vie aient des répercussions sur sa voix, celle ci est d'une pureté et d'une netteté assez incroyables, et Véronique S en use avec grande maitrise, sans trop abuser de ce  vibrato si particulier qui est  évidemment sa  grande signature sonore. Une signature sonore qui épate par  sa finesse et son intensité, et sans l'écouter sur scène, on pourrait douter qu'à 65 ans, Véronique puisse encore aussi bien chanter qu'on ne l'a plus entendue si bien chanter.

J'ai découvert certains morceaux lents comme le très beau  Monsieur Dupont,  ou le superbe "le Maudit", que Michel Berger avait particulièrement aimé en son temps, et apprécié d'autres plus connus et plus rythmés comme Bernard's song qui font lever et danser Fourvière comme un seul homme.

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La magnifique  "Je me suis tellement manquée" (qui ne fait pas forcément partie de ses années américaines car datant de 1998 mais personne ne tiendra rigueur de ce petit écart sur le programme défini), morceau à la fragilité redoutable et à l'émotion ardente entraine aussi quelques gros frissons d'émotion dans un Fourvière qui n'en demandait pas tant.

On retiendra aussi le formidable duo avec Jeanne Cherhal, de retour la scène, afin de partager un joli moment avec son idole sur "Besoin de personne", et la très émouvante étreinte avec ces deux grandes actrices de génération différentes qui visiblement s'apprécient et se respectent énormément .

Bref, même si conquis d'avance et évidemment particulièrement bienveillant lorsque Véronique a savonné 2 -3 morceaux,  le public de Fourvière, vraiment ravi de retrouver une des plus grandes auteurs compositeurs de la chanson française  en aussi grande forme,  lui a  reservé un triomphe entièrement mérité pour une de ses soirées mémorables et magique comme, à mon sens- mais on pourra dire que je suis un poil chauvin sur les bords- seul Fourvière sait en offrir.