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Une fois n'est pas coutume, on chronique ce mercredi un film  qui ne sort pas  ce jour, mais dans seulement deux semaines. Un long métrage  qu'on a eu la chance de voir plus d'un mois avant sa sortie en avant première,   et auquel je tiens d'autant plus que j'ai pu interviewer le cinéaste Lucas Belvaux venu spécialement pour l'occasion présenter le film au Comoedia.

Ce nouveau long-métrage, Chez nous, à l’affiche donc  le 22 février prochain, tout le monde- même les non cinéphiles- en ont déjà pas mal entendu parler suite à la polémique lancée par les dirigeants du Front national qui sans même l'avoir vu ont sonné la charge contre lui .

 

CN 3 ©Synecdoche _Artémis Productions


 Il va de soi qu'en racontant l’histoire d’une jeune infirmière à domicile nordiste, incarnée par la toujours formidable Emilie Dequenne (que Lucas Belvaux retrouve avec grand bonheur après le déjà excellent Pas son genre), approchée pour rejoindre la liste du Bloc patriotique aux municipales, le cinéaste belge allait contrarier les membres du FN tant les ressemblance entre ce bloc identitaire et le parti de Martine Le Pen sont légions.

 Mais plus que le FN en tant qu'institution, ce qui intéresse Lucas Belvaux, ce sont ses électeurs, cette "majorité silencieuse" qui a tant de mal à joindre les deux bouts et qui, lassé des belles promesses des partis traditionnels, va succomber aux  sirènes populistes et contestataires de cette parti, en espérant que la planche de salut qu'elle lui montre ne sera pas totalement savonneuse.

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 Lucas Belvaux est  un auteur bien reconnu par les cinéphiles, sa trilogie" Un couple épatant ,cavale, après la vie" a reçu le prix Louis Delluc.. "38 témoins": Le Havre magnifiquement filmé devient un théâtre de la lâcheté humaine "Pas son genre" sur la pire discrimination, la classe sociale. "La raison du plus faible" des chômeurs préparent un casse pouracheter une mobylette, drôle, tendre et grave comme une comédie italienne.

Tous ses films sont bien écrits, bien photographiés et bien réalisés. Contrairement à ce que de méchantes langues ont avancé par rapport à la polémique qui ne sert pas vraiment le film, Lucas Belvaux n'a pas besoin de buzz, il a son public de cinéphile qui le suit depuis longtemps.

On le voit encore avec ce formidable long métrage à quel point Lucas Belvaux est un humaniste et combien ses films politiques ou sociologiques nous questionnent, notamment avec ce "Chez nous",  qui montre des gens en colère et en plein désarroi idéologique.

Une oeuvre très documentée sur l'implatation locale du Front National, dont la grande réussite tient notamment au fait qu'il évite totalement un discours simplificateur et manichéen.

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Quelques années après Diastème qui avait plutôt réussi son coup avec "Un Français "qui retracait la vie et la descente aux enfers d'un skinhead avide de rédemption,  Belvaux enfonce le coup en acrant son fils d'une dimension plus humaine et dans un genre moins frontal , et pour tout dire de façon encore bien plus convaincante et émouvante.

Lucas  Belvaux filme le Nord, car c'est une région qu'il connait,  où il a déjà tourné deux films, où il  connait beaucoup de monde, et les personnages de "Chez nous" apparaissent ainsi bien  ancrés dans un territoire, inscrits dans une histoire, et dans une région traversée par tous les séismes de l’Histoire européenne depuis des siècles, qui laisse forcément des stigmates, des cicatrices, des fractures dans la terre et dans les âmes, dans la société aussi, et cela est parfaitement montré dans "Chez Nous."

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Belvaux, qui est parti de ce roman 'le Bloc, un polar rugueux de Jérome Leroy qu'on avait chroniqué en 2014  , pour n'en conserver que certains personnages et le coté documenté sur le système électoral du FN, développe  dans son dernier long métrage un bien beau sens de la narration, tant le récit irrigue de partout, évitant le banal reportage TV comme on en voit  des centaines sur le sujet.

 

En effet, comme le défend Belvaux dans les notes d'intention du film  : "Si dans un documentaire, chacun apparaît en tant qu’individu singulier, parlant en son nom, le personnage de fiction, lui, est d’abord perçu par le spectateur  comme   une proposition  dans laquelle il  pourra se reconnaître",  ou reconnaître un autre, plus ou moins proche.

Une image sur laquelle il pourra se projeter et peut être s’identifier, le spectateur étant souvent plus enclin à se reconnaître en lui qu'avec un individu montré dans un documentaire.

Ainsi,  dans "Chez nous",   les personnages, même les plus douteux moralement,  sont traités sinon empathie du moins avec respect et humanité rendant le film complexe et d'une belle densité.

Et Belvaux irrigue son scénario d'un double récit-sentimental et politique- qui vont rapidement s'entre-imbriquer avec une belle maitrise et une belle fluidité.

Chez nous 0006 ©Jean-Claude Lother Synecdoche _Artémis Productions

Porté par une interprétation plus que parfaite, avec notamment un André Dussolier formidable d'ambiguité, "Chez nous", oeuvre engagée mais pas militante,  émeut et questionne, confirmant ainsi tout le talent de ce cinéaste dont l'oeuvre est quasi un sans faute.

Bref, la présidentielle approchant, cette oeuvre ambitieuse et courageuse tombe pile poil pour nous parler de la France d'aujourd'hui.

 Et cerise sur le gateau, Lucas Belvaux, en plus d'être un épatant cinéaste, est un homme passionnant et  adorable et prochainement on vous dévoile une partie de l'interview et du sacré bon moment qu'on a passé à cette occasion avec lui....