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« John Cole et moi, on s’est présenté au bureau de recrutement ensemble, bien sûr. C’était les deux ou rien, à prendre ou à laisser. L’un comme l’autre, on devait vraiment avoir l’air sans le sou. Des jumeaux. On avait pas quitté le saloon avec nos robes, alors on devait avoir l’air de vagabonds. Il venait de Nouvelle-Angleterre, où la terre de son père avait fini par s’épuiser. John Cole avait douze ans quand il est parti sur les routes. Dès que je l’ai vu, je me suis dit, un camarade. Et quel camarade. Je trouvais ce garçon assez élégant, même avec son visage pincé par la faim. J’ai fait sa connaissance sous une haie dans ce maudit Missouri. »

Le Far-West comme si vous y étiez, les plaines de l’Ouest américain, les pionniers, les indiens, les bisons, les tuniques-bleues, mais aussi la guerre, le froid, la faim et surtout le bruit et la fureur des hommes.

Une époque sauvage dans un pays sauvage que même Dieu semble avoir abandonné.

Avec « Des jours sans fin », nous sommes très loin du roman national et familial. Sébastian Barry, qui a l’assurance des grands écrivains, nous raconte la vie de Thomas McNulty, jeune émigré irlandais et de John Cole un vagabond d’à peine seize ans venu de Nouvelle-Angleterre.

 Pour eux ce sera à la vie, à la mort. Ils vont devenir danseuses de saloon pour des chercheur d’or esseulés, chasseurs de bisons, militaires contre les indiens, Tuniques bleues contre les confédérés, cultivateurs de tabacs dans les Tennessee. Mais surtout ces deux-là vont s’aimer tendrement et follement. Dans le chaos de cette deuxième moitié du XIXe siècle, deux hommes, deux cœurs simples cherchent à vivre tout simplement.

"La Bible a pas été écrite pour nous, ni aucun livre. On est peut-être même pas des humains, puisqu’on rompt pas le pain céleste. Pourtant, si Dieu essayait de nous trouver une excuse, il pourrait invoquer cet étrange amour parmi nous. C’est comme quand on cherche dans l’obscurité, qu’on allume une lampe et que la lumière vient à notre rescousse. On découvre des objets ainsi que le visage d’un homme qui est pour vous comme un trésor déterré. John Cole. Une sorte de nourriture."

Le texte est d’une beauté fracassante, l’écriture limpide nous emporte, nous sommes avec Thomas le narrateur et jamais nous ne le quitterons.

Un magnifique roman où il est aussi question de mariage gay, d’adoption et du droit à l’indifférence, si, si tout cela aux alentours de 1860 entre la Californie et le Mississipi.

Il y a de « Little big man » d’ « Impitoyable » de « Soldat bleu » mais aussi du désir d’une petite maison dans la prairie  repeinte aux couleurs arc en ciel.

Un roman à lire absolument , comme du reste, absolument tous les romans de Sebastian Barry.

 Des jours sans fin, Sebastian Barry; edition Joelle Losfeld- janvier 2018