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""En moins d'une semaine, Fred avait conquis tout le monde.Et les animaux. Et les lieux. Et les hommes. Chacun, et je m'inclus dans ce chacun guettait le signe de son affection."

 Loin des grosses entreprises agricoles qui diversifient leur productions et surfent sur des cultures très affriolantes, Simon et  Nora  cultivent une seule plante et pas forcément la plus sexy ...

Car finalement, malgré ses épines, cette plante peut avoir des effets dans divers domaines que ce soient - cosmétique, horticulture, cuisine,..- et la ferme familiale de  devenir alors un vaste champs d’expérimentation permettant au couple et à leurs deux enfants de vivre de la permaculture que tous les confinés du moment souhaitent ardemment .


« Quand on sent qu’on dérange, on ne s’accroche à rien ou plutôt, en vous, rien ne s’accroche - c’est à ce prix que l’enfance devient supportable. »

.Tout se passerait dans le meilleur des mondes si une sublime  jeune femme, Fred, amenée à donner un coup de main bénévole à la ferme dans le cadre du fameux Woofing, pratique très à la mode, n'allait venir troubler tous les membres de la ferme, et surtout Nora, la narratrice du roman de Marie Minier qui voit tous ses repères s'écrouler devant cette jeune femme aussi libre qu'effrontée, mytérieuse et terriblement séductrice et séduisante. 

Car contrairement à ce que le début du résumé pourrait laisser penser, le dernier roman de Marie Nimier (autrice notamment de la reine du silence)  n'est pas un de ces romans glorifiant le monde agricole comme récemment Cécile Coulon ou Florent Marchet ont pu le faire...

Ici, même si le décor et la culture de l'ortie a son importance, c'est vraiment une histoire de trouble et de passion que Marie Nimier  nous raconte dans son excellent dernier roman.

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  Mais  bien loin de la romance vaguement gnangnan, Marie Nimier insuffle à son récit  une liberté  de ton et une sensualité dans son texte dont le mélange d'insolence et de drolerie séduit largement.

On pense forcément au jeune garçon du Théorème de Pasolini avec l'irruption de cette jeune fille, à la beauté du diable qui va faire chavirer tous les membres de cette famille en apparence soudée  autour de la culture de l'ortie .


" Les orties sont des plantes rudérales, du latin rudus, ruderis, décombres . Comme la pensée tricolore, le mouron des oiseaux, le chardon ou les pissenlits, elles aiment les friches, les terres abandonnés et, de manière plus générale, s’installent sur des sols sans compétition, souvent altérés par la main de l’homme. Leur cycle de vie est court, leurs propriétés innombrables. »

Marie Nimier nous peint la confusion des sens et des sentiments, d’une écriture où chaque mot est particulièrement bien pensé et où derrière la dérision et la finesse de la plume, se loge la sensibilité et la folie de la passion à un moment où on ne l'attendait plus du tout.

Et en filigrane, le parallèle  entre le désir et  l’ortie qui nous démange lorsqu’on s’y frotte d’un peu trop près est particulièrement pertinent et original ... 

Un des meilleurs  récents romans  qui ait pu aborder ce sujet tellement éculé et casse gueule du  vertige de l’amour et ses métamorphoses.

Le Palais des orties, Marie Nimier, Gallimard, août 2020