Avignon Off : nos tous derniers coups de coeur
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Une pièce suspendue entre ciel et terre
« Le voyage de Paula S. », signé Marc Citti, est une ode bouleversante à l’amour filial, à la mémoire et à la transmission. Un texte d’une rare intensité, porté par deux comédiens habités, qui réussit le prodige de faire rire les larmes aux yeux.
Tout commence par un coup de téléphone : un fils apprend le décès de sa mère. À l’hôpital, pourtant, elle se tient là, radieuse, presque rajeunie. Et elle lui parle. Elle lui demande de l’aider à fuir — non pas la mort, mais ce qu’elle représente : la séparation, l’oubli, la fin. Ensemble, ils s’échappent pour un ultime périple, entre souvenirs d’enfance et échappées burlesques, où la réalité vacille et le rêve prend les commandes.
Mais est-ce elle qui refuse de partir, ou lui qui refuse de la laisser s’en aller ?
Cette question plane, comme une brume douce et persistante, sur toute la pièce. À mesure que le duo traverse les paysages de leur histoire commune, c’est toute la complexité du deuil qui se dévoile — entre humour tendre, non-dits réparés, silences partagés et aveux tardifs.
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La mise en scène, sobre et lumineuse, laisse toute la place à l’émotion.
Les comédiens sont bouleversants : elle, libre et drôle jusque dans l’au-delà, lui, enfant éternel en quête de réconciliation. Leur complicité est palpable, leur sincérité désarmante. On ne joue plus ici, on vit. On touche du doigt l’universel.
« Le voyage de Paula S. » n’est pas un simple spectacle. C’est une traversée.
Un moment suspendu entre les vivants et les morts, entre ce qu’on n’a pas su dire et ce qu’on ose enfin murmurer. C’est une pièce qui nous réconcilie avec les adieux. Une pièce qui nous dit que l’amour ne meurt jamais.
Un bijou théâtral, fragile et incandescent.
À voir absolument. À vivre intensément.
Théâtre des Béliers – 11h50
Du 5 au 26 juillet. Relâche les 8, 15, 22 juillet
Compagnie des Béliers
Auteur : Marc Citti
Mise en scène : Stéphane Cottin
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Carolina ne chante pas, elle incendie la scène – et dans Différente, c’est tout un cabaret en flammes qu’elle nous livre, entre éclats de rire et frissons d’émotion.
Carolina. Rien que ce prénom suffit à éveiller la curiosité, à faire frissonner l’échine des amateurs de music-hall, à rappeler aux âmes sensibles qu’une diva peut encore enflammer la scène avec panache, dérision et émotion brute.
Dans « Différente », Carolina — diva peroxydée à la frange rouge aussi incandescente que son tempérament — nous offre bien plus qu’un spectacle : une immersion dans un univers éclatant, burlesque et profondément humain. Carolina est une star. Une star internationale, ou presque. Peut-être. Mais dans son cœur et sur scène, elle l’est indéniablement.
Avec une aisance désarmante, elle préfère chanter que parler. Et c’est tant mieux ! Ses reprises vibrantes de Dalida, Aznavour, Lucienne Delyle ou encore Annie Cordy sont autant de fenêtres ouvertes sur son âme. Elle ne copie pas : elle s’approprie. Elle incarne. Elle explose. Carolina vit les chansons comme on vit une histoire d’amour : avec fureur, passion et tendresse. On sent chez elle une admiration viscérale pour Dalida, presque une filiation spirituelle. D’ailleurs, l’idée que Dalida elle-même lui ait demandé de chanter ainsi n’est pas si folle... dans l’univers onirico-déjanté de Carolina, tout devient plausible.
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Sa silhouette flamboyante — robe rouge et noire, paillettes, port altier — évoque avec force la Marisa Paredes de Talons aiguilles. Carolina irradie, tel un soleil parfois cruel, souvent drôle, toujours magnétique. Comme la muse d’Almodóvar, elle est à la fois tragédienne et clownesse. Une femme forte, en pleine lumière, dont les échecs sentimentaux affleurent sous les strass comme autant de fêlures sublimes.
Le public rit, chante, tape des mains. Il vibre au rythme de Carolina. Et quand elle fusille du regard son pauvre partenaire, punching-ball de son égo blessé, c’est l'art de la tragicomédie qui éclate. Elle le bouscule, elle nous bouscule, avec cette autodérision grinçante qui n’appartient qu’aux grandes.
Mais derrière le cabaret, le clinquant, la posture, il y a une femme. Une femme singulière, provocante, libre. Une femme qui, dans une ultime chanson déchirante dédiée à son père, tombe le masque. Et soudain, le rire s’étrangle, le cœur se serre. On est touché. Profondément.
Cerise sur le gâteau : le spectacle va bientôt partir en tournée… en Espagne ! Un signe qui ne trompe pas. Quand un show aussi singulier, aussi français dans son ADN, franchit les frontières, c’est qu’il a ce petit supplément d’âme, cette flamboyance universelle qui touche partout.
« Différente » est une ode à la chanson populaire, une lettre d’amour au music-hall, une performance incandescente d’une grande dame à la voix qui fend le silence. Carolina est drôle, excessive, insupportable, bouleversante. Carolina est inoubliable.
Un seul conseil : courez-y. Et ressortez vos vieux vinyles…
Théâtre 3S. Le quatre – 20h50
Du 4 au 26 juillet. Relâche les 7, 14, 21 juillet.
Compagnie : M-A.S Productions
Auteur : Miguel-Ange Sarmiento
Mise en scène : Rémi Cotta
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La naissance d’un grand, tout simplement.
Il y a des gens talentueux, c’est vrai. Et puis il y a ceux qui, sans qu’on sache trop pourquoi, ont ce petit truc en plus. Ce « je ne sais quoi » qui ne s’apprend pas, qui ne s’imite pas. Quelque chose qui vient de l’intérieur, qui traverse la scène, qui vous touche droit au cœur. Nico, lui, brille. Et sa lumière est douce, drôle, sincère, irrésistiblement contagieuse.
Je suis venu voir « Nico en vrai – Trop gentil » sans trop savoir à quoi m’attendre. Boomer un peu largué, entouré de toutes les générations — des enfants aux cheveux blancs — je me suis assis curieux, sans connaître ses vidéos ni ses millions d’abonnés sur Insta ou TikTok. Mais dès son entrée en scène, j’ai compris. Quelque chose se passait.
Nico est un vrai gentil. Il le dit, il le revendique. Et c’est peut-être là sa force : une tendresse lucide, une drôlerie qui n’écrase jamais, un humour qui rassemble au lieu de diviser. Il parle de tout : de son homosexualité, de ses origines belges, de sa vie d’influenceur, de son incapacité à dire non. Et surtout, de cette société qui l’a vu naître... mais qu’il regarde parfois avec un pas de côté.
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Car Nico, c’est un jeune homme moderne au cœur un peu vintage. Il regrette les conversations sans écrans, les idoles qui savaient écrire, les émotions partagées hors-ligne. Il se moque, il observe, il imite (avec brio), il danse, il chante. Il incarne. Son visage est une fête : entre Mister Bean et Louis de Funès, capable d’une expressivité rare. On pense aussi à la folie délicieuse du « Cœur a ses raisons », cette série québécoise qui savait mêler absurdité et génie comique.
Il n’y a pas une minute de pause. Il nous prend par la main, sans arrogance, et nous embarque dans son monde, drôle et tendre, parfois piquant mais jamais cynique. Il nous parle d’IA, de Jul, d’Aya Nakamura, de notre rapport à la culture, au temps, aux autres. Et tout cela avec une malice désarmante et une intelligence scénique rare.
À la fin, on se surprend à vouloir lui dire merci. Pour la joie, pour la légèreté, pour cette capacité d’émerveillement qui rend la vie plus belle.
Oui, Nico ne sait pas dire non.
Et nous, on lui dit un immense OUI.
Un oui de cœur.
Un oui d’avenir.
PARIS (LE) - 19h25
Du 19 au 21 juillet, jours impairs
Auteur : Nicolas Lacroix
Mise en scène : Nicolas Vital
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Une pépite surréaliste, drôle et envoûtante
L’homme et le pêcheur” est une œuvre théâtrale singulière qui puise son inspiration dans le surréalisme pour offrir une expérience à la fois déroutante, poétique… et étonnamment drôle. À l’image de ce courant artistique, la pièce s’affranchit des carcans de la logique, de la raison et des conventions morales pour inviter le spectateur à plonger dans les méandres de l’inconscient, du rêve et de l’imaginaire.
On y navigue entre scènes absurdes, fulgurances symboliques et moments d’une légèreté jubilatoire.
Cette liberté de ton permet à la pièce d’alterner entre profondeur existentielle et éclats de rire inattendus. Car au-delà de son apparente étrangeté, “L’homme et le pêcheur” est aussi une œuvre pleine d’humour – un humour subtil, parfois grinçant, souvent absurde, qui désarme et déstabilise. Ce rire, loin d’être un simple divertissement, devient un outil de déconstruction, un moyen de faire surgir l’émotion et de désamorcer les tensions.
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Les deux comédiens livrent une performance magistrale : d’une justesse remarquable, ils parviennent à incarner cette dualité entre sérieux et dérision, entre vertige intérieur et burlesque léger.
Leur complicité scénique, leur précision gestuelle et leur capacité à faire exister un univers entier à deux, sans artifices, forcent l’admiration. La mise en scène, quant à elle, sublime cette oscillation permanente entre poésie et folie, entre réflexion et éclat de rire, avec une délicatesse rare.
Les chroniques ont été écrites par Maxime Michallet
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