Baz'art  : Des films, des livres...
14 juillet 2025

Notre journal de bord du Festival OFF Avignon 2025 : Jours 5 et 6

 

Albertine Carbon : Solaire Lucie Lacroix sortant de l’ombre – Théâtre des Barriques

 

 

Comment attirer le public pour parler d’un fait-divers, d’un meurtre sordide au sein d’un EHPAD ? D’abord, un peu de gâteau de chocolat (1 dose par jour est bon par la santé des spectacteur.rices) et une dose de fraîcheur et de lumières. Vous me direz, ce n’est pas évident… Et pourtant, c’est le défi réussi de la Compagnie Fée l’Andouille avec sa création Albertine Carbon. Dans un décor épuré (signe du manque systémique de moyens hospitalier et dans le soin), Albertine évolue comme aide-soignante. On la découvre dans ce faisceau lumineux, plus vulnérable que jamais. Le lino orange accueille sa mine fermée, marquée par des années de rejet, de violences intrafamiliales et d’amours avortés. L’accompagnement prend tout son sens, elle y voit la possibilité de pallier le manque d’amour et se réparer. Josette, la nouvelle résidente, devient une confidente. Et c’est Lucie Lacroix qui l’ajoute dans sa palette de personnages aux côtés des proches de l’aide-soignante : Carole, la collègue enjouée au bout de sa vie ou encore Madeleine, énergique enfant pleine d’humour. La comédienne nous tient en haleine en alternant ce quatuor très distinct. Pour cela, elle assume une rupture nette de registres, ce qui donne une mise en scène très efficace (signée Louise Petit) que renforce le quatrième mur cassé. De la noirceur d’Albertine, on ressent beaucoup d’empathie pour toute cette galerie et on rit énormément surtout dans les moments où on mange bien !

 

 

A 14H30 au Théâtre des Barriques

1h05

Du 5 au 26 juillet

Relâche les 8, 15, 22 juillet

 

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Ancora Tu : Nuno Nolasco flirte avec la scène pour soigner la brûlure – Théâtre du Train Bleu

 

 

Sur un tableau noir, des mots sont griffonnés. Le sable, Mes adieux, Dancing on my own… Nuno Nolasco est devant nous, le nez qui pointe derrière son ordinateur. Avec son sourire accrocheur et angélique, il s’avance seul, prêt à la confession. D’une voix calme avec son bel accent portugais, il annonce que le spectacle n’aura pas lieu. Lui et Salvatore viennent de se séparer et disparaît alors le projet commun qu’ils devaient faire naître à Avignon. Pourtant Nuno décide de rouvrir la plaie avec une boîte de souvenirs, revivre ces petits trucs en plus qui lui ont fait choisir Salvatore. Chaque ligne de craie renferme une archive, un instant de vie hasardeux, intimidant. Une nostalgie à jamais forgée dans la mémoire des deux hommes. Nuno joue avec le public qui doit choisir entre deux ou trois mots significatifs. Ces derniers sont justes, doux pour décrire un passé qui a forgé ce sentiment amoureux. Le comédien suit son audience, parfois bifurque car lui seul sait la fin de l’histoire. A la fois attentif et mettant son audience à l’aise, Nuno Nolasco replace chaque pièce du puzzle du deuil amoureux dans un jeu troublant, sensuel et poétique qui nous atteint, le quatrième mur étant brisé.

 

17H25 au Théâtre du Train Bleu

55 min

Du 5 au 24 juillet

Relâche les 11, 18 juillet

 

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Hongai : Une fresque géopolitique haletante sous fond de décolonisation et d’espionnage  – Théâtre du Rempart

 

 

Mars 1973. Rose McConaughey a rendez-vous au siège du SDECE (service de renseignement extérieur de l’armée française) pour un dernier briefing. Quelques semaines auparavant, elle se trouvait dans le Nord-Vietnam, en plein conflit armé où elle est rentrée en contact avec Gustave Duong dit Florence, infiltré dans l’état major de la Présidence de la République Démocratique du Vietnam depuis trente ans. Or, étant inactif depuis une dizaine d’années, il est soupçonné d’être un traître. En tenant de creuser, Rose va lever un voile sur son passé. La guerre d’Indochine (devenue Vietnam) est au cœur de ce récit de la Belle époque et porté par le collectif Rue46 sous fond de montée du communisme, de Guerre Froide et de décolonisation française. Par la documentation et l’angle de l’espionnage, l’histoire est haletante, les personnages sont riches et creusés ce qui implique un rythme soutenu pour les comédien.nes alternant entre les changements d’époque. Bien que ce rythme gagnerait en force si la durée de la pièce était un peu plus courte, Hongai demeure une bonne découverte où on apprend beaucoup sur le rapport de la France à ses anciennes colonies, le tout emballé dans une mise en scène efficace et cinématographique !

 

19H55 au Théâtre du Rempart

1H30

Du 5 au 26 juillet

Relâche les 10, 17, 24 juillet

 

 

FAST ou peut-on se réapproprier nos désirs dans une société de consommation ? : Enquête incisive et jeune public sur les débris de notre surconsommation – Théâtre des Doms

 

 

« Avant, je mettais trois minutes pour m’habiller. Maintenant, je prends trois minutes, juste pour choisir mes chaussettes. » Olivier Lenel (à la mise en scène) et Didier Pouteux (au texte), ne connaissaient pas grand-chose à la mode. Maintenant, ils défilent dans un espace bi-frontal. Les gradins reforment une ambiance de fashion-week. Sauf que les fashions ne sont pas sur le trottoir (merci Internet pour ce meme lé-gen-daire) mais loin de plateaux et de ses questionnements sur leur industrie. D’un premier atelier organisé avec des collégiens, une adolescente pose le point « comment choisir ses vêtements en fonction d’une mode ? » S’enclenche une enquête nourrie sur le concept de « mode » depuis les années 80 via un jeu de question-réponse. Le désir de consommer vient d’une variable du paraître. Mais alors est-ce possible de ne pas y céder ? Même au « juste prix » ?

 

Derrière le ton amuseur sur le marketing, des vérités sont posées : un achat impose l’exploitation d’ouvriers du Sud Global, une surveillance de leur moindres faits et gestes et leur empoisonnement progressif au contact des pesticides et des colorants pulvérisés. Sans compter les 20 000 kilomètres qui sont parcourus par nos vêtements. Une forme d’esclavage moderne avec la complicité de certaines entreprises. De ce constat, l’enquête se poursuit jusqu’à Karachi, où se produisit le 11 septembre 2012 un accident industriel dramatique : 255 ouvrier.es périrent dans l’incendie d’une usine d’Ali Entreprises, sous-traitant du groupe allemand KiK spécialisé dans la fast fashion.

 

Spectacle nourri par une collecte d'interviews de vendeur.ses, travailleur.ses du texte, d’influenceur.ses ainsi que d’ateliers avec des collégien.nes pour mieux consommer, chacun.e est concerné.e et inclus.e dans ce qui est à la fois un jeu, une place pour l’écoute et une Assemblée ce qui nous incite à participer au dialogue avec les comédiens. Le public est au centre, immortalise les moments et se prête à la dramaturgie ouverte sans hésitation (premier ou dernier rang vous n’y échapperez pas.

On atterrit dans cette enquête interactive et inventive à l’écriture fine sur notre rapport au vêtement et les dérives de la fast-fashion avec un public gardien des pistes à envisager à la sortie et du travail à diffuser (absolument) de la compagnie INTI Théâtre.

 

 

10H30 au Théâtre des Doms

1H10

Du 5 au 26 juillet

Relâche les 9, 16, 23 juillet

 

Crédits photos : 1 - @chaktoumi (Instagram) et Compagnie Fée L’andouille  / 2- Pablo-Antoine Neufmars / 3- Gérard Sandoz / 4- Ryszard Karcz

 

Jade SAUVANET

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