Théâtre à Lyon : Festiviel : Les Histrioniques, la première pièce sur les violences sexuelles au théâtre
Au commencement, le 1er octobre 2021, la journaliste Cassandre Leray publie une enquête dans Libération concernant les agissements de Michel Didym, metteur en scène et ex-directeur du Théâtre de la Manufacture à Nancy.
Suite à l’enquête de la journaliste, elles s’écrivent avec plusieurs personnes du milieu théâtral, qui avait partagé le travail de Leray.
A quatre et quelques autres en visio, le groupe décide de lancer sur le Twitter de l’époque, le hashtag #MeTooThéâtre, en écrivant chacune un témoignage des violences qu’elles ont subi au cours de leur carrière.
Parmi ces derniers, celui de Marie Coquille-Chambel fait l’effet d’une déflagration.
Une tribune puis un livre suivront. En 2023, l’idée de prolonger le livre avec un spectacle éclot : « On s'est dit que c'était bien aussi de lutter avec notre art, puisqu'on est toutes créatrices, et donc d'imaginer un spectacle toutes ensemble »
Les Histrioniques constitue un « aboutissement, comme un deuxième acte » pour Louise Brzezowska-Dudek, « une manière de mettre en profit et à disposition un savoir, les connaissances qu’on a ».
Dans le flot de créativité, une évidence apparaît : quoi de tel que de se réapproprier une étiquette toujours usée pour diminuer, soumettre les femmes ? Hystérique, non trop clichée, trop utilisée. Elles seront les Histrioniques, un terme utilisé dans les rapports d'expertise psychiatrique pour désigner les victimes de violences sexuelles, et particulièrement celles qui sont dans le milieu théâtral.
Chacune vit de manière isolée sans jamais se croiser ce qu’est la violence silencieuse du milieu : le rapport de domination du professeur sur l’élève, la sexualisation des corps et leur objectivation au nom d’un art qui autoriserait tout, les « monstres sacrés » qui abusent de leur pouvoir pour établir leur emprise sur les « muses »… Une actrice est victime d’agression sexuelle, commise par un metteur en scène, Timothée Petit.
/image%2F1371318%2F20251123%2Fob_1f0f12_11-les-histrionique-8.png)
Du recueil de la parole, de l’alerte donnée aux collaborateur.rices jusqu’aux instants de découragements, nous suivons l’affaire attentivement du point de vue du collectif.
En face, un grand directeur d’un grand théâtre, conglomérat de plein de directeurs observés et d’expériences vécues par le collectif, active le système de solidarité pour son cher ami metteur en scène certes problématique mais talentueux.
L’œuvre dépasse tout et le boys club vit bien.
Mais si ces solidarités durent dans l’Histoire, d’autres émergent.
Cette fiction vraie en est l’exemple même. Les actrices au plateau et les militantes dans la vie nous racontent la naissance et l’évolution de la militance, celle qui peut créer n’importe quel lien plus fort que ceux du sang. Le fil Messenger s’alimente en direct, les échanges sont au tac au tac, les émoticones de soutien fusent…
Elles abordent l’entraide, la sororité dans les désaccords, les doutes individuelles, comment chacune traverse les tumultes et les jubilations de l’engagement.
**
La salle est à l’unisson et les émotions sont démultipliées face à cet objet de théâtre unique à la frontière des pratiques artistiques ; quand le rap répond au code « traditionnel » de l’histoire linéaire et les réseaux sociaux prolongent le plateau.
Poursuite de leur travail, Les Histrioniques est une catharsis joyeuse (car oui on rit des rites des rites du boys club), originale tant par sa mise en scène performative et le (ré)emploi des décors.
La puissance sorore des comédiennes est créatrice, elle panse les premières plaies et autorise à espérer un front commun, dans un contexte où l’espoir de la militance est atteint.
/image%2F1371318%2F20251121%2Fob_2117d4_11-les-histrionique-3.png)
/image%2F1371318%2F20251121%2Fob_46af96_11-les-histrionique-5.png)
/image%2F1371318%2F20250720%2Fob_b2b433_23909-6750a11c91e22.jpg)
/image%2F1371318%2F20251206%2Fob_7a2ebe_rebuilding-1080x1350-v02.jpg)
/image%2F1371318%2F20251204%2Fob_3c566e_template-cdm-2026-insta-carre-prog-108.jpg)
/image%2F1371318%2F20251205%2Fob_25dc1a_capture-d-ecran-5-12-2025-65533-www.jpeg)