Les disques de la rentrée (5) Reciproque : Auren, résiliente et déterminée
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Reciproque, le dernier album de la chanteuse lyonnaise Auren dont on donne régulièrement des nouvelles ici et là ; reflète ce qu’elle a besoin de poser sur papier face aux méfaits d’une cause nationale, l’endométriose.
Auren a traversé le parcours douloureux de la PMA, une grossesse extra-utérine la condamnant à être une femme « nullipare ». Incomplète, donc, dans l’inconscient collectif.
Son couple a été mis à mal, lui aussi. La lumière, elle la trouve en courant en montagne. Pratiqué quotidiennement, le trail, qui la conduit jusqu’à prendre des dossards pour des courses, met son corps au service du mental. Il s’agit alors de catalyser la souffrance en musique et de retrouver la joie.
Dont acte dans un studio qui lui est cher, le Melodium de Montreuil, avec une dream team de confiance. Nicolas Dufournet à la réalisation est attentif aux volontés d’Auren. La texture sonore doit être chaleureuse, organique, convoquant les seventies tout en appartenant au synthétique 2.0.
Reciproque est un album écrit et composé autour de l'absence de maternité (non choisie) d'Auren. Mais c'est en même temps un album lumineux de bout en bout.
S’inscrivant dans le paradigme de la santé mentale qui, s’il est de plus en abordé au travers du prisme pop, reste délicat à dérouler du point de vue narratif, Réciproque balaye les larmes comme les clichés. Encouragée par la lecture de Virginie Despentes, Cécile Coulon, Kae Tempest, galvanisée par la peinture de Frida Kahlo, bouleversée par Valeria Bruni-Tedeschi dans L’Attachement, Auren s’est sentie moins seule. Et plus sûre encore de son art. Car chez Auren, dont le timbre cristallin est aussi victorieux que le piano qui le (trans)porte, les faux-semblants n’ont plus leur place : Réciproque affirme son goût de vivre, intense et contagieux – au même titre que ses mélodies.
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Focus sur le clip de Record, tourné lors de la course en montagne la Pralo vue du ciel :
Record raconte une traversée.
Celle d'un corps qui marche, court, admire, respire, savoure, lutte et se relève.
Dossard 1375
26 kilomètres
800 mètres de dénivelé positif
Aucun jeu, aucune mise en scène de la performance : l’effort est authentique, vécu en direct. La montagne et l’anatomie deviennent alors deux territoires similaires, faits de fractures, de tensions, de résistances et de reconstruction.
« Éviter la chute, craindre la rechute, garder la matrice sous les cicatrices », chante-t-elle sur « Record » - où le temps long du diagnostic et de la guérison se retrouvent dans le champ lexical de la course et de la médecine. Dans record, Auren y raconte notamment comment le trail l'a aidée dans cette épreuve.
Dans Reciproque, sa plume, déliée, est le tremplin pour une envolée nouvelle : elle dévoile cette parole de femme aguerrie dans une formule douce-amère où elle se heurte à l’époque qui angoisse, saisit l’agitation des nuits douloureuses, s’attaque à la négligence climatique, observe le mensonge et la langue de bois. A ne pas rater en concert !
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