Fermé pour l’hiver/ Pleasantville : du costaud dans la Série Noire de Gallimard
Collection polar de chez Gallimard, la «Série noire» est vite devenue LA référence d'une certaine manière de voir le monde à travers le polar.Deux récentes lectures nous le montrent parfaitement :
1. Fermé pour l’hiver; Jorn Lier Horst
« Autrefois, vous les Norvégiens aussi, vous étiez pauvres. Je crois que vous l’avez oublié, et pourtant vous êtes si fiers de vos Vikings que vous leur construisez des musées. Ils étaient cent fois pires que le peuple lituanien. Ils pillaient, violaient et tuaient, mais aujourd’hui vous les considérez comme des héros. »
William Wisting, inspecteur de la police criminelle d’une petite ville de province au sud d’Oslo, enquête sur une série de cambriolage avec homicide dans des résidences secondaires de riches norvégiens. Une enquête qui démarre mal. L’inspecteur se fait rosser et voler sa voiture, le cadavre et le corbillard disparaissent, c’est à se demander si « Fermé pour l’hiver » n’est pas une nouvelle aventure des Pieds-Nickelés en Norvège.
Des oiseaux morts qui tombent du ciel, le présentateur d’un Talk-Show célèbre à l’alibi vite démonté, un trafic de drogue à l’échelle européenne, et un futur gendre rêveur aux amitiés controversées, allez William au boulot, et si tu commençais par un verre de Baron de Oña millésime 2004.
A quoi reconnait-on un polar nordique qui sort du tout-venant ? Il y a surproduction dans ce genre littéraire. Il faut s’éloigner du policier neurasthénique, bourrelé de remords et à la vie familiale en capilotade, il y en a trop. Pas d’inspecteur cynique ou corrompu à la personnalité borderline, la Série Noire a déjà donnée.
Et si l’on essayait le polar Norvégien de proximité, citoyen et fraternel. C’est exactement l’impression qui se dégage du thriller de Jorn Lier Horst. « Fermé pour l’hiver » ne révolutionne pas les codes du genre, mais l’humanisme qui se dégage dans la description des cambrioleurs venus de Lituanie, pays exsangue à l’avenir incertain, fait chaud au cœur. Pas cap d’essayer le roman policier bienveillant !
2. Pleasantville, Attica Locke
" Dix sept, dix huit ans, le monde est encore beau, surtout pour des filles comme celles-là, avec leurs mères et pères qui bordent chaque soir et s'assurent que toutes les portes de la maison ferment à clé. D'après son expérience, ce sont le temps et les circonstances qui vous changent un caractère."
Couronné outre Antlatique du prestigieux prix Harper Lee for legal fiction., « Pleasantville » est le troisième roman d’Attica Locke paru chez Série Noire, et le deuxième mettant en scène l’avocat Jay Porter, après « Marée noire ».
Le récit nous plonge dans les arcanes d’élections municipales à Houston, capitale du Texas. et visiblement l'auteur sait de quoi elle parle, son paternel ayant trainé dans le milieu de la politique du coin, et ses coulisses d'élections locales sentent assurément le criant de vérité et le réalisme à tout va.
"Depuis juin, il y avait eu trois cambriolages dans le coin. Même le siège de campagne du candidat Hathorne, sur Travis Street, avait été visité, et le Chronicle en avait largement profité pour dénoncer l’incapacité manifeste de l’ancien directeur de la police à assurer la sécurité de son propre QG. Le bureau de Jay avait subi le même sort en juillet, quand les voleurs avaient entièrement dégondé la porte de derrière, puis étaient repartis avec une mallette à perceuse Sears, la minitélévision couleur Sony grâce à laquelle Eddie Mae avait suivi le procès O.J. Simpson de bout en bout, enfin un peu de liquide et un bracelet en or. Une semaine plus tard, Jay avait fait installer un système d’alarme. Cette fois, ils avaient dû passer par une fenêtre. »
De manipulations aux intimidations les plus diverses, de chausses trappes au trahisons les plus terribles, ces élections nous livrent la part la plus sombre et retorse de l'être humain prêtes à tout pour gagner, et on se dit que cela nous rappelle des choses géographiquement plus proche de nous. même si "Pleasantville" offre un bel instantané aux spécificités de la société texane, aux particularismes évidents.
Ces coulisses peu reluisantes d'lections touchent par leur justesse mais donnent sans doute parfois une petite impression de déjà vu tant ce marigot politique est connu de tous ceux qui s'interessent au sujet : heureusement l'intéret de ce Baron noir américain et littéraire ne vacille pas tout du long de la lecture, bien aidé par le personnage principal, ce Jay Porter, ,ancien militant des droits civiques devenu avocat aussi attachant qu'imprévisible...
Captivant et bien écrit, de la belle ouvrage! ..