la-vie-à-côté-roman-Mariapia-VeladianoEt si on parlait littérature féminine en ce jeudi d'octobre? Bon, c'est vrai, je l'ai déjà fait, il y a 15 jours, j'ai dit tout le bien que je pensais du roman de la canadienne Alix Ohin,   la semaine passée, j'ai tressé les louanges de celui de Sylvie Germain et il me reste encore à écrire ce billet à la gloire de la sensationnelle Laura Kaschicke que je vous ai promis.

Mais entre ces trois romancières  dont deux sont vraiment aguerries, j'ai eu la chance de découvrir, dans toutes mes lectures de cette rentrée 2013, plusieurs autres pépites créées par une femme écrivain.

Des romans, tous les trois courts (j'ai toujours tendance à aller vers les courts romans, avant les pavés, faute de temps), et à chaque fois  d'une immense sensibilité et d'une grande  sur des sujets souvent délicats , et des romans dont je vous dis un peu plus dès à présent, toujours avec ce billet en trois chroniques dont j'ai  décidement du mal à me défaire ( promis j'en fais pas toute la semaine)  :

 1. La vie à coté ; Mariapa Valadiano (ed Stock)

Premier roman qui a bien marché en Italie, le pays d'origine de l'auteur,  ( le  grand cinéaste Marco Bellocchio en a acheté les droits cinématographiques), "La vie à côté" est un fort joli ( court) roman, plein de poésie . Mariapa Valadinio nous raconte l’histoire d’une enfant laide, très laide, si laide qu’elle vit enfermée à l’abri du regard des autres.

Sa mère s’enferme dans son silence et dans la folie suite à sa naissance, son père, pourtant médecin, ne lui donne pas les armes pour supporter sa condition, Rebecca raconte à la première personne une vie de souffrance et d'exclusion, marquée par sa laideur et par le mépris des autres qui, dans ses traits rebutants, semblent surtout apercevoir leurs propres peurs et obsessions.

Rebecca survit pourtant dans ce milieu hostile à travers sa passion pour la musique et une amitié inespérée. Peu à peu, elle s’ouvre au monde, notamment grâce à la  musique : très douée pour le piano, c’est par la mère de son professeur qu’elle découvrira le secret familial qui est à l’origine de toutes les douleurs qui enferrent sa disgrâce physique.

Parfois féroce, parfois sensible, La Vie d’à côté est en même temps une fable cruelle mais pas totalement pessimiste, ainsi d'un autre coté, qu' un très beau portrait de femme, élégant, surprenant et bouleversant.

monde sans2.Monde sans oiseaux, Karine Serres

 Encore un court  premier roman paru chez Stock (décidement une bien belle rentrée chez eux cette année), d'une auteur française ce coup ci, déjà reconnue et estimée en littérature jeunesse et en théâtre, mais qui s'essaie avec énormément d'a propos et d'audace à la littérature adulte.

Ce monde sans oiseaux histoire extremement émouvante qui résonne comme un poème triste,  une ile ou les oiseaux n'existent pas et où les cochons sont des animaux de compagnie, ou tout est différent de ce que nous connaissons et pourtant en même temps, tellement semblabe à ce que nous vivons.

Dans cette géographie si étrange, des familles, des amitiés, des amours se développent au fil des jours, des ans, des décennies.

Un court récit que l'on n'oublie pas, tant l'auteur affiche une réelle maitrise de son récit et surtout de sa plume, maniant avec habileté pas mal de poles ambivalents :  violence et sensualité, noirceur et luminosité, poésie et fantaisie.

Un seul défaut (que je reprochais déjà  la servante du seigneur, paru chez le même éditeur),  son prix un peu important par rapport à la brieveté du récit et de la lecture. 

 

le-soleil-a-mes-pieds-2928063. Le soleil à mes pieds, Delphine Bertholon ( ed JC Lattès)

Contrairement aux deux autres romans, je connaissais bien l'auteur du Soleil à mes pieds.
 
En effet, Delphine Bertholon est une romancière lyonnaise ( favorisons un peu les auteurs  locaux, pas vrai?) que j'apprécie beaucoup et pas seulement parce qu'elle habite ma ville. "Twist" et "l'effet Larsen", ses deux premiers romans m'avaient épaté par son sens de la narration, sa construction éclatée et ambitieuse et un vrai talent à décrire les dysfonctionnements familiaux et ou conjugaux.
Après Grace, son troisième et  précédent roman que j'avais trouvé quelque peu décevant, Delphine Bertholon revient en forme  et en force avec ce soleil à mes pieds qui étudie avec malaise, justesse et une certaine perversité la facon sournoise et pernicieuse, dont un être peut- être effacé par un autre.
Deux soeurs liées par leur passé, la grande étouffe la petite qui refuse de vivre. La relation se trouve du coup  forcément bancale, malsaine, viciée et assez malaisante pour le lecteur. L’écriture de Delphine Bertholon parvient en effet à rendre tangible le caractère malsain de la relation entre les deux sœurs, où désirs, jalousies, répulsion, fascination s'entrecoisent de manière ambigüe. 
 
Une relation de domination inquiétante, dans laquelle on a l’impression que l’une ne peut exister que dans l’anéantissement de l’autre.
 
Car ce n'est qu'au moment où  elle est débarrassée de sa soeur, elle s'accorde enfin le droit d'exister, et ce n'est qu' à l'avant dernière ligne du roman qu'on apprendra enfin le prénom de celle qui n'avait été appelé auparavant la petite.rentrée littéraire

Bertholon opte dans ce roman pour une forme qui colle parfaitement au fond du sujet, avec une  écriture ciselée, sèche, sans fioriture, et qui rend la lecture de ce Soleil à mes pieds certes un peu étouffante mais haletante en même temps..
 
Trois beaux livres  de cette rentrée littéraire (qui se rajoutent  à tous les autres du challenge de 1%) et dont je vous conseille assurément la lecture.