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Si on me branche sur Laura Kasischke, je pourrais vous dire d'emblée une chose à laquelle j'ai toujours songé la cocnernant  : je pense que j'aurais lu son oeuvre en intégralité bien avant de savoir écrire parfaitement l'ortographe de son nom!! Je m'explique :  j'ai beau essayé d'écrire  le patronyme de cette romancière quantités de fois, je n'ai jamais su à quel moment mettre le s et ch dans son nom...

J'avais déjà ce problème il y a plus d'un an lorsque j'ai écrit mon premier billet à la gloire de cet auteur,  et j'avoue que  je n'ai pas bien évolué sur ce point :o) Ce qui n'a pas changé non plus d'un iota, c'est à quel point je suis convaincu que Laura K (on va l'appeller comme cela, cela sera plus simple, vous le voulez bien?)  est  de très loin une des plus extraordinaire romancières américaines contemporaines.

En effet, plus je lis ses romans, et plus je suis épaté par son talent, pour ne pas dire son génie, à débusquer le bizarre, l'onirisme, qui se sache dans le quotidien le plus terre à terre de la société américaine.

Ces deux romans en question, courts mais d'une intensité si redoutable qu'on s'en souvient longtemps après, ont exercé un pouvoir de fascination redoutable  sur moi, tant l'intrigue flirte sans jamais y aller totalement dans un fantastique inquiétant, et pourtant en même temps si fortement ancré dans le réel.

Coup sur coup, cet été (ca commence à remonter pas mal, mais paradoxalement, j'ai du mal à écrire sur cet auteur que j'adore, et ce n'est pas seulement car j'ai tant de mal avec l'orthographe de son nom), j'ai  rajouté deux romans de plus à ceux que j'avais déjà lu d'elle. J'ai donc dévoré deux romans qu'elle a écrit à 15 ans d'intervalle; un en poche que je n'avais pas encore eu l'occasion - le bonheur devrais je dire- de lire, "Un Oiseau Blanc dans le blizzard", qu'elle avait rédigé  en 1998, et puis son dernier, sorti pour cette rentrée littéraire, le fameux et déjà très célébré "Esprit d'Hiver".

Et pendant cette période estivale, où la chaleur était au rendez vous,  je peux vous dire que les romans glacants de miss K m'ont donné ma dose de frissons bienvenus!! Et dans ces deux romans, mais comme dans l'ensemble de son oeuvre, on trouve énormémement de points d'ancrage communs , soit des thématiques transervales essentielles ( le malaise adolescent, le conflit mère/fille, le désoeuvrement provincial) soit les mêmes petits détails qui auront leurs importance ( le dégout pour la viande,  les tempêtes de neige...)

oiseau

Commençons par la chronologie (de mes lectures et des parutions), à savoir cet "oiseau blanc dans le blizzard", (titre qui colle parfaitement à l'univers de l'auteur), réédité cet été au Livre de Poche (qui a publié toute l'oeuvre en poche de l'auteur, les prix sont modiques, n'hésitez pas un seul instant si vous ne connaissez pas encore son univers) commence avec la disparition de la mère de Katrina, une adolescente de 16 ans vivant dans une banlieue américaine froide et désincarnée.Personne ne sait où elle est mais elle a appelé le lendemain matin pour dire qu'elle ne reviendrait pas. 

Entre éveil de la sensualité et cauchemars blancs et glacés, Katrina cherche ce qui se cache derrière la féminité, celle qu'elle va essayer de déceler à l'intérieur d'elle même, mais aussi celle de sa mère, une féminité évaporée, dieu sait pourquoi.

Car cet "Oiseau blanc dans le blizzard", comme tous les chefs d'oeuvre de Kasischke ( ne me félicitez pas, j'ai utilisé le copier coller :o), est à la fois un suspens psychologique passionnant (on veut savoir ce qui est arrivé à la mère de Katrina, et le dénouement, terrifiant et inattendu, ne manquera pas de nous le dévoiler), ainsi qu'un portrait ébourrifant d'une middle class américaine tellement juste et malaisante en même temps

L’écriture de Kasischke parvient avec un talent incroyable à dépeindre avec une précision proche d'un Hitchcock ( tiens en voilà un autre, de ces maitres dont je n'ai jamais su écrire le nom), la montée en puissance de l’étrange et d'une tension d'abord imperceptible jusqu'au dénouement terrifiant.

Et il faut aussi souligner, que rarement on aura ressenti aussi intimement le malaise d'une adolescente,  la manière dont l'auteur semble se glisser dans la peau de la jeune Kat est réellement époustouflante. Bref, un récit iniatique qui  se hisse largement au niveau des meilleurs du genre, tout en poésie et en justesse psychologique. Une preuve éclatante que parfois les livres courts (moins de 200 pages) peuvent aussi être très grands!!

Un roman court, donc qui ne m'avait pas totalement rassasié de ma soif de son univers,  et tant mieux car Christian Bourgeois, son éditeur français habituel, m'avait envoyé, avant même qu'il ne soit publié le 22 aout dernier, son tout dernier roman, "Esprit d'Hiver".

espritdhiver

Au moment où j'ai reçu le bouquin, donc, je me doutais que le livre n'allait pas me décevoir, mais je n'avais pas encore lu la pluie de louanges que la critique et les internautes allaient jeter sur ce livre, qui, de l'avis quasi unanime (un avis que mà chère amie Potzina est loin de  partager) a fait sensation. C'est d'ailleurs plus pour cette raison que j'ai tant tarder à parler de ces deux romans de Laura K, j'avais le sentiment d'arriver après la bataille, et que tout avait été dit sur cet Esprit d'Hiver, acclamé partout comme un des meilleurs romans de cette rentrée 2013.

Et si cela est bien évidemment le cas ( pour moi, il est même à 100 coudées au dessus de la bonne quarantaine de romans que j'ai pu lire en cette rentrée), il ne sert rien d'en dire trop pour convaincre le lecteur encore un peu récaciltrant à se plonger dans ce livre, fantastique dans tous les sens du terme.

On ne peut pas en dire beaucoup plus sur l'histoire, qu'il ne faut surtout pas dévoiler tant elle fait valser le lecteur de surprises en rebondissement inattendus. On peut en revanche évoquer les sujets que ce livre, qui n'est pas tant un thriller ( les lecteurs qui s'attendent à un page turner classique seront forcément déçus) qu'une exploration intime et malaisante de la psychologie humaine, sonde avec une grande intelligence : le désir de maternité, ce qui fait que l'on parvenir (ou pas) à devenir parent, l'adoption, la transmission, l'héritage, les petits arrangements avec soi-même, la culpabilité, les mystères du refoulement, le déni, la folie, et même les affres de la création littéraire  et j'en passe tant ce livre  de moins de 200 pages est riche en questionnements et en réflexions qu'il soulève en nous…

Bref, on a ainsi affaire à un roman très profond, qui questionne avec une acuité et une maitrise époustouflantes et comme j' en ai rarement lu, les tréfonds de la conscience humaine.

 Je ne dévoilerai donc pas l'intrigue, pour ne pas déflorer les surprises des rares qui ne l'ont pas encore lu (les chanceux!!), mais simplement vous dire que le récit alterne une journée de Noel qui commence de façon étrange, avec  cette  phrase qui revient de façon lancinante "Quelque chose les avaient suivis depuis la Russie jusque chez eux) et dont on ne comprendra la clé qu'à la toute fin du récit, même si on se doute de suite que cela à avoir avec  l’adoption de Tatiana  la fille d'un couple de banlieusards américains dans un sinistre orphelinat russe.

Ce roman vraiment prodigieux nous dévoile progressivement, par le biais d'une construction du récit vraiment diabolique, à quel point le passé éclaire le présent. "Esprit d'hiver" traite de la façon dont notre esprit prédomine sur la réalité, et à quel point la mémoire peut parfois occulter ce que l'on n'a pas voulu voir. C'est la culpabilité inconsciente qui est la clé de ce roman extraordinaire, une culpabilité enfouie au fond de soi, et qui éclatera férocement au gré d'un dénouement absolument ébouriffant qui vaut largement les meilleurs twists du genre, d'"Usual Suspect" au "6ème sens", pour le cinéma à "Shutter Island" ou "la Nuit qui ne finit pas" d'Agatha Christie pour la littérature.

Et l'écriture de l'écrivain, également poétesse à ses heures ( pas vraiment) perdues arrive à insuffler justement une bonne dose de poésie de l'étrange dans son récit d'effroi.

 Bref, un roman vraiment magistral, un des plus grands coups de coeur littéraire de ces dernières années en ce qui me concerne, qui prouve que définitivement, Laura s'est fait un nom que je ne pourrais que dorénavant écrire parfaitement bien!!