liseurAvant même sa sortie en mai dernier, les attachés de presse  de l'éditeur qui m'avaient copieusement arrosé de mail pour me parler de ce qui était à leurs yeux un vrai phénomène littéraire : il faut dire que "Le Liseur du 6h27", le premier roman de Jean-Paul Didierlaurent, nouvelliste récompensé à deux reprises par le prix Hemingway,  avait bénéficié d'un bouche-à-oreille  énorme entretenu par les libraires.

Les 8000 exemplaires du premier tirage, un nombre particulièrement important pour un premier titre, ont ainsi été immédiatement mis en place. Une première réimpression, à 5000 exemplaires, était déjà en cours d'acheminement alors même que le livre n'était pas encore paru.

Et dans la foulée, les éditeurs de poche s'en sont disputés les droits, toujours préalablement à sa sortie grand Format (ce qui est bien rare) finalement acquis par Folio. À l'étranger, le livre a attiré l'attention de vingt-cinq pays auxquels l'éditeur a cédé les droits. Et cerise sur le gateau, des producteurs américains ont carrément approché la petite maison d'édition, Le Diable Vauvert, pour une adaptation audiovisuelle du roman.

 Bref, un vrai phénomène littéraire,   dans la lignée d'autres énormes cartons venus de nulle part de ces dernières années, de L'élégance du hérisson de Muriel Barbery à La liste de mes envies de Grégoire Delacourt en passant par  dernier exemple en date,  L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, de Romain Puértolas.

Un jeune homme travaille dans une usine à broyer du papier et tous les jours il plonge dans le ventre de la machine (assimilée à une boite féroce après qu'elle ait sectionné les jambes d'un de ses collègues) pour récupérer quelques feuilles de livres au hasard. Ce sont elles qu'il lira dans le train de 6 h 27  tous les matins. Un jour il trouve sur une clé USB les textes d'une jeune femme dame pipi, et sa vie va alors prendre un autre tournant.

Comme ces livres pré cités, Le Liseur de 6h27 se revendique pleinement du «conte moderne», à vocation, sinon métaphysique du moins pseudo philosophique et, comme eux , on peut le catégoriser comme un " feel good book" comme on parle de  feel good movie, bref un livre qui fait du bien au lecteur en lui donnant à lire des personnages sympathiques et humains, au détriment du réalisme et de la subtilité psychologique.

On est donc totalement dans la fable et ceux qui aiment le genre en auront largement pour leurs frais, avec des personnage tous hauts en couleurs et tous très (trop?) romanesques...

Pour ma part, n'étant pas fan de ce genre de littérature un peu trop outrée et trop plein de bons sentiments, je suis resté un peu à coté, vaguement agacé par cette histoire qui ne m'a pas paru crédible pour un sou, mais ne faisons pas la fine bouche et reconnaissons qu'un livre qui rend mine de rien un bel hommage aux mots, aux livres, à leur place dans ce monde moderne dans laquelle l'existence du livre est plus ou moins menacée ne peut pas être totalement balayé d'un revers de la manche...

Et comme je suis du genre à me féliciter à chaque fois qu'un livre rencontre un immense succès, même si je ne partage pas l'enthousiasme général, je ne déroge pas à mon principe et ne peux que vous encourager, malgré mes réserves, à vous plonger, si ce n'est déjàfait,dans ce "Liseur de 6h27"...

 La Minute d'Anne & Arnaud #8 - Le Liseur du 6h27