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Après Mustang i  y a quinze jours à peine, je  continue de revenir une nouvelle fois sur les grands films de l'année 2015- ce qui peut donner une indication pour mon futur top ten même si l'année n'est pas finie- grâce à leurs récentes sorties DVD- avec la sortie le 13 octobre dernier chez Blaq Out  de "Trois souvenirs de ma jeunesse", le film d'Arnaud Desplechin vu en salles et revu avec grand plaisir pour sa sortie DVD.

Pour moi qui ne suis pas forcément à la base comme un grand fanatique de l'univers trop cérébral, trop verbeux de Desplechin, ces  "trois souvenirs de ma jeunesse" m’ont beaucoup plu et se doit d'être salué, me semble-t-il, comme le meilleur à ce jour, de l’œuvre du cinéaste français.

 Plus romanesque, ambitieux, et lyrique que les précédents, "Trois souvenirs de ma jeunesse" séduit tout autant par l'intelligence de la mise en scène et de la subtilité dans son approche scénaristique, et dans la construction des personnages.

Alors qu'il va quitter le Tadjikistan, Paul se souvient de son enfance à Roubaix, de son adolescence, et surtout d’Esther, qui fut le cœur de sa vie. Son retour comme l’arrestation, l’amènent à se remémorer, comme le titre du film l’indiquent trois souvenirs de jeunesse qui constituent le tissu du film avec quelques allers-retours vers le présent.

 Alors certes, alors que les deux premiers volets (consacrés à l’enfance et à un voyage en Russie qui fait penser à un film d’espionnage)  sont enthousiasmants et réussis à 100%, le troisième volet le plus long,  fait le plus penser au cinéma de Desplechin traditionnel, avec un peu trop d'afféteries, de dialogues trop littéraires qui sonnent parfois artificiels, et parfois un petit manque de chair, ce qui est un peu ennuyeux pour un film qui s’acharne à décrire la passion amoureuse folle entre deux jeunes gens.

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 Mais il n’empêche que cette troisième partie, malgré ces petits motifs d’irritation, reste vraiment séduisante, tant il en émane du charme qui fait beaucoup penser à des films de Truffaut, auquel la voix off  (qui fait beaucoup penser à celle de "Ne Tirez pas sur le pianiste") renvoie indéniablement.

 Paul (la révélation Quentin Dolmaire et son phrasé si particulier mais si attachant) et Esther (la très jolie Lou Roy-Lecollinet) apprennent ensemble tout au long de leur relations de couple,  la douceur, mais aussi la  souffrance endurée par le sentiment d’amour.

le film dégage tout du long un charme vraiment mélancolique et intemporel - difficile de dater le film malgré un clin d’œil à la chute du mur de Berlin  - auquel il est très difficile de résister… 

Alors, peut-être est ce moi qui ait évolué et qui suis plus sensible au cinéma de Desplechin ou bien est ce qui lui qui a rendu son cinéma plus foisonnant et plus accessible  mais ces "trois souvenirs de ma jeunesse" sont incontestablement pour moi un des meilleurs, sinon le meilleur cru du cinéaste français  et avec le recul, et après avoir une bonne partie des films présentés à Cannes, on a du mal à comprendre comment le film n'a pas été sélectionné en compétition officielle.

 

Très belle édition du DVD au demeurant, une édition riche en suppléments passionnants avec notamment  un captivant  entretien de 14 minutes avec un Arnaud Desplechin  modeste et  qui sait se remettre en question et qui nous dit pas mal de choses intéressantes sur la génèse de son film, son rapport à l'écriture, au montage,  et à l'improvisation. On aime aussi l' entretien de 12 minutes avec les deux jeunes acteurs du film Quentin Dolmaire et Lou Roy-Lecollinet découvert par Desplechin et qui présentent déjà une vraie maturité et une belle profondeur de réflexion.

 

Les deux autres suppléments se renvoient joliment la belle puisque l'essai casting des deux comédiens d’une durée  est en fait tiré du film Comment je me suis disputé … (ma vie sexuelle) qu'on voie ensuite un extrait. Une belle scène de dialogues violent et fort entre Almaric et Devos, qui nous replonge avec merveille dans ce film - dont 3 souvenirs de ma jeunesse est un  "prequel"  et qui nous fait ressentir de manière évidente le lien existant entre Mathieu Almaric jeune et le jeune Quentin Dolmaire qui joue le Paul Dédalus de quelques années avant.