On connaît surtout Eric Caravaca pour ses rôles d’acteur de théâtre ou de cinéma mais depuis quelques semaines on le connait aussi en tant que réalisateur d'un documentaire, Carré 35,  qui revient sur le décès de sa petite sœur avant sa naissance.

Enfin presque tout le monde, puisque  si Michel est sorti totalement enthousiaste de la projection du film (film financé par Auverge Rhone Alpes donc largement diffusé sur notre région), j'ai eu quelques réserves sur ce film au demeurant touchant..

Bref une fois de plus la rédaction de Baz'art se scinde en monstres à plusieurs têtes, et  on vous propose un petit échantillon de cette confrontation d'arguments à batons rompus sous forme de dialogue à base d'arguments et de contre arguments..une sorte de work in progress qui montrent que ca gamberge parfois à la rédac ..

Par contre pour une fois ceux qui n'ont pas vu le film risquent d'avoir quelques spoils..bah oui quand on s'empoigne forcément on a tendance à divulgacher pour affuter nos arguments :o)

 

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  Michel : Et si le film le plus passionnant, le plus bouleversant, le plus beau tout simplement de cet automne était un documentaire. Enfin non «  Carré 35 » d’Éric Caravaca n’est pas un documentaire, c’est un vrai film de cinéma, un film noir et tendre, un film intime et historique, un voyage d’une folle justesse au cœur d’une famille française.

Caravaca, la quarantaine passée, sent qu’il y a une faille dans son livret de famille.

A la naissance de son fils Balthazar, il questionne ses parents, il les filme au plus près, découvre un secret  et ensemble ils reconstruisent leur histoire.

Une histoire entachée d’un bonheur brisé, de honte et de non-dits. Voilà, c’est tout ce que vous saurez en lisant cette chronique, mais croyez-moi, si vous osez franchir la porte des quelques salles qui projettent ce formidable film, une vague d’émotion pure vous emportera.

De toute façon,  on en reparle forcément en février de ce film car Éric Caravaca devrait rafler une ou deux statuettes foi de Baz’art. ...

Filou :  N'allons pas trop vite cher Michel, ces statuettes,   pas sur que l'académie les lui remettra (n'oublions pas que dans le genre du  documentaire le Depardon ou le Varda ou même encore le génial "a Voix haute" sont de sérieux concurents, et en meilleur premier film "Jeune femme" ou" petit Paysan "se pose aussi là) pour faire la nique au film de Caravaca.

En effet malgré toutes ses qualités et son intérêt, Carré 35 ne mérite  pas forcément un enthousiasme aussi unanime et sans la moindre réserve..

Je ne suis pas un coeur de pierre :  je n'ai pas  détesté le film, loin de là,  mais je trouve  que le concert unanime de louanges donne envie ne laisse pas  passer la moindre parole un peu plus réservée sur ce film qui peut aussi ennuyer certains spectateurs sur certains cotés, et notamment un voyeurisme parfois génant.

Ah heureusement que je suis là pour aller contre la pensée unique  :o)  En tout cas on est au moins deux en France à avoir trouvé le film un peu trop impudique,  sache que ma maman aussi a été génée, elle me l'a fait savoir par sms après sa vision du film..

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 Michel :  Oups désolé,  c’est vrai que je n’avais pas anticipé la douleur encore vive des rapatriés et je peux comprendre le ressentiment de ta maman au vu des images  d'archives que Caravaca met dans son films sur les français qui quittent l’Algérie et du Maroc..

Mais je pense tout de même que Caravaca a touché quelque chose qui dépasse largement sa propre famille , donc pas de voyeurisme...c’est presque un cas d’école de psychothérapie familiale réussie.....

Mais à part cela,  baz'art comme pourfendeur de la pensée unique, je suis largement en théorie,  pour mais pas sur ce film là merci..

 Filou : Certes ma maman est une "pied noir",  comme l'est la famille Caravaca  (cette info va passionner les lecteurs de Baz'art j'en suis sûr :o) mais pour en avoir un peu parlé avec elle , ce qui la gêne n’a rien à voir avec  la douleur des rapatriés  ou alors si ca l’est c’est de manière inconsciente.

Je pense vraiment que  si il n’y avait pas eu l’histoire de l’indépendance qui s’était greffé à l’histoire intime,  elle aurait été quand même dérangée par le film.

Ma moman  a coté très  pudique qui fait qu'on ne dévoile jamais ses sentiments, et surtout on ne force pas les autres à parler de choses dont on ne veut pas parler, donc je comprends ses réticences car le film fme semble t-il fait exactement le contraire…

 Ce qui la gène beaucoup, et peut me géner aussi forcément (les chiens ne font pas des chats), c’est le fait que Caracava  semble imposer de force cette histoire  à sa propre mère qui  ne l’avait jamais visiblement  dépassé , que cela se fasse avec une caméra à la main  et qu’on en soit spectateur qu’un fils impose une telle épreuve à sa mère est déjà discutable mais qu’on en soit témoin avec ce film interroge fortement… 

 J’ai quand même cette facheuse impression d’être de trop dans cette histoire qui ne les concerne que la famille et pas le spectateur,  pour le coup le filtre de la fiction m’aurait bien plus mis  à l’aise..

C’est comme le fait que Caracava filme son père mort  et nous montre ces images qui durent me gêne aussi mais la tu me diras que c’est moi qui n’ait pas dépassé ce traumatisme et tu aurais sans doute raison :o)

Certes, je  comprends parfaitement la démarche du devoir de mémoire au sein des familles,  mais je  ne suis pas d’accord avec  les critiques qui trouvent le film très pudique  :  je trouve que la facon dont il pose les questions à sa mère des questions qu’il a du lui poser plusieurs fois avant  sans caméra donne un coté reconstitution qui me génait déjà dans les émissions de Delarue auxquels j’ai pensé (un coté reconstitution qu'on ne fait pas du tout d'ailleurs dans le billet du jour :o) 

Voir cette vieille dame repoussée dans ses derniers retranchements a quelque chose de profondément dérangeant. Franchement, tu ne trouves pas qu'il dans ce "carré 35"  quelque chose de perturbant à laver ainsi son linge sale en public?

 Michel  : Non, vraiment pas et surtout je  pense que les parents Caravaca était prèts pour assumer cette révélation et je dirais même que leur fils cinéaste les aide à se délivrer de ce lourd secret qui n' en était un finalement que pour Éric et son frère...

A mes yeux  il n'y a la aucune  impudeur, ni de viol intime car il n'y a ni crime ni faute impardonnable...les parents sont  simplement les victimes d' une époque et du regard des autres, la honte et la culpabilité d' avoir un enfant handicapé existe encore.

Le cinéaste offre un tendre pardon et il peut inscrire son fils Balthazar dans un arbre généalogique complet...c'est une auto fiction assumé de part et d' autre qui aide tout le monde...je pense que sa mère sera mieux après...

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Filou : Je ne suis pas certain de mon coté que les parents soient totalement conscients de la démarche de leur rejeton et qu'ils  assument  totalement cette révélation filmée ..
N'oublions pas non plus   le fait que lorsque Eeric les interroge (et je n'utilise pas ce verbe au hasard, on est là plus dans une forme d'interrogatoire que dans un entretien complice et familial, malgré la patte de velours de Caravaca junior) ils sont quand même en mauvaise santé, et  il semblerait que la mère n'ait pas voulu voir le film  ca veut tout dire...
 
Michel :  Que la mère ne veuille pas voir le film est parfaitement compréhensible, elle à tout donné et se sait fragile..
Se revoir, elle le sait, ne lui apporterait rien  : cela ne veut pas dire qu elle se sent trahie, elle avait certainement la possibilité d' empêcher sa diffusion et si elle avait dit qu'elle ne voulait pas que le film se fasse, son fils ne l'aurait pas distribué.
 
Je crois qu' elle se sent comme  délivrée  de son fardeau car au fond d' eux les parents savent que l'on ne peut garder un secret toute une vie...leur fils les delivre...bon c'est vrai que l'image du père est un peu dure, mais le palmier à la fenêtre et lui devenant père rend le film universel dans son intimité...
 
La continuité de l'humanité en fait,je trouve que c'est un film très construit et pudique dans son impudeur ce qui est vraiment difficile à réaliser dans ce genre si casse gueule de l'auto fiction..
 
Je rapprocherais cette oeuvre des disparus de Mendelhson,  un récit où l'auteur donnait des noms à des enfants sur une vieille photo de famille...
Les deux réussissent parfaitement cet art difficile de rendre le personnel et le singulier tellement universel..

Filou : Ok toi, tu penses à Mendhelson, et moi je pense aux émissions de Delarue, je n'en démordrais pas, chacun ses références...

Je trouve  franchement de manière plus globale que le film ne répond pas à toutes les questions qu’il pose, notamment quand Caravaca découvre la tombe de sa sœur, on ne comprend pas bien son cheminement il y a un côté manipulation qui me gêne un peu..  

Michel : Mais heureusement qu'il y a un coté fabriqué et qu'il ne nous montre pas tout,  on n' a pas envie de voir les coutures l'important est le résultat final et il est exeptionnel.

Enfin bon , au moins le film interpelle et ne laisse pas indifférent  et  je suis  sur que ce billet  vous donnera envie d'y aller aussi chers lecteurs de Baz'art pour vous faire une idée et peut être aussi engager une discussion aussi animé que celle ci!!