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Synospis :  Un été en bord de mer sur les côtes arides de la Gaspésie. Résolu à arrêter de boire, Joseph s'installe dans la maison d'un ami. Il réussit à convaincre Emma, son ex-femme, de le rejoindre. Tandis que la campagne référendaire de 1995 sur l'indépendance du Québec bat son plein, des maisons brûlent, des discours s'affrontent, un couple se retrouve, s'aime et se défait.  

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Très librement adapté de "La Maison de Chef", courte nouvelle (constituée de 5 pages seulement) de l’écrivain américain Raymond Carver ( adapté au cinéma par l'immense Robert Altman), Ville neuve, premier long métrage de fiction du québécois Félix Dufour-Laperrière, deux ans après un essai documentaire (Transatlantique), reprend simplement quelques éléments de son matériau de départ . 

Si la trame de la nouvelle, les deux personnages principaux ( un couple récemment séparé dont l'homme est parti vivre en bord de mer pour faire le point) et l'état d'esprit général, entre colère, résignation et profonde mélancolie, sont bien présents, Félix Dufour-Laperrière a pris le parti d'y intégrer des personnages secondaires et surtout une dimension politique importante.

En effet, l'intrigue de son film se déroule en 1995, en pleine période de campagne référendaire pour l'indépendance du Québec, aboutissant à l'échec ( de très peu) des indépendantistes, et Ville Neuve entremêle ainsi  luttes intimes et luttes politiques dans un seul et même élan.

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  Le film est construit comme un long poème très sombre, dans lequel les monologues des différents personnages se répondent les uns avec les autres, et qui parvient à échapper au nihilisme qui lui pendait au nez, grâce à son dénouement, plutôt optimiste. 

Ville neuve n'est certes pas un film forcément très accessible et grand public, mais le spectateur un tant soit peu exigeant devrait en tirer quelques belles satisfactions.

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Utilisant une sublime technique d’encre sur papier, Ville Neuve est un long poème visuel qui fascine et envoûte souvent  grâce à un formalisme qui assume  une approche artisanale  à couper le souffle.

 80 000 dessins, fruit du travail d’une trentaine d’illustrateurs québécois et de 4 années de travail auront permis la réalisation du projet et rendent particulièrement envoutante cette Gaspésie sauvage et libre où se déroule une grande partie de l'histoire. 

 

Ville-Neuve-Photo-4Si la narration est loin d'être linéaire et  flirte parfois avec l'abstraction, et que l'ensemble dégage un côté aussi austère que les cotes de Gaspésie où l'histoire se situe, son propos interpelle par son intelligence et sa réflexion  sur les rêves brisés et ce que deviennent nos chimères de jeunesse à l'aune des réalités du présent.

Les références érudites sont légions (notamment celles à Andreï Roublev de Tarkovski qui joue un grand rôle dans le fin mot de l'histoire) et pourraient sans doute quelque peu rebuter, mais elles contribuent largement à faire de ce film d’animation un projet aussi singulier qu'ambitieux,qui a parfaitement sa place dans cette compétition contrechamps et qui pourrait largement séduire les plus curieux des cinéphiles.

 

VILLE NEUVE

De  Félix Dufour-Laperrière,

Date de sortie 26 juin

Durée : 1h 16

(compétition Contrechamp)

Note 3/5

 A suivre prochainement une interview avec le réalisateur du film réalisée à l'occasion du festival.