En ce moment au Théâtre du Soleil, l'ambiance est électrique. Jusqu'au 3 novembre, la Compagnie des 5 Roues revisite la légende d'Électre, dans une mise en scène signée Simon Abkarian où se danse et se chante la colère, au son de la guitare et de la basse du trio Howlin’ Jaws. Jouissif !

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ÉLECTRE : Je te tuerai, j’en ai fait le serment.

CLYTEMNESTRE : À l’avenir, fais des serments qui soient à la hauteur de tes forces.

Coyright :Antoine Agoudjian

Sophocle, Giraudoux, Sartre. Eschyle ou encore Euripide. Nombreux sont les écrivains qui se sont emparés du mythe d’Électre. Simon Abkarian vient s’ajouter à cet impressionnant panthéon avec l’écriture et la mise en scène d’Électre des Bas-fonds.

Coyright :Antoine Agoudjian

Avant de commencer, resituons nous un peu dans cette histoire trouble qu’est celle de la famille des Atrides. Dans la mythologie grecque, Électre est la fille du Roi de Mycènes, Agamemnon, et de Clytemnestre, ainsi que la sœur d'Oreste, d'Iphigénie et de Chrysothémis. Même si vous n’êtes pas expert en la matière, je tiens à vous rassurer d’emblée : le texte est tellement didactique, que, soit, vos lointains souvenirs d’étudiants resurgiront, soit, vous découvrirez le tragique destin de celle qui a inspiré tant d'écrivains et de dramaturges. 

Au moment où débute la pièce, Électre (Aurore Frémont) est en exil depuis sa fuite du royaume de Mycènes où règne désormais Egisthe (Olivier Mansard) aux côtés de Clytemnestre (Catherine Schaub Abkarian), après l’assassinat d’Agamemnon revenu victorieux de la Guerre de Troie. Depuis ce bordel où elle a trouvé refuge, dans les bas-fonds du quartier le plus pauvre d’Argos, elle (sur)vit avec des prostituées et son mari Sparos (Simon Abkarian) en ne rêvant que d’une chose : venger son père. En tuant cette mère qui a trahi. En retrouvant ce frère disparu (Assaad Bouab) qui sera le seul à pouvoir assouvir cette soif. En attendant, elle purge sa colère en priant, en chantant, en dansant.

Nous voici embarqués avec Électre dans ces bas-fonds où tout est sombre, crasseux, et où, pourtant, nous nous sentons bien. Cette façon qu’ont ces prostituées de nous encercler a quelque chose de rassurant. Ce Sparos, qui déplore de ne pas pouvoir toucher sa femme, nous amuse par sa lucidité et sa désinvolture. Kilissa (Maral Abkarian), cette nourrice, dont les yeux désormais sans lueur sont cachés par de grandes lunettes noires, nous trouble en même temps qu’elle nous berce, par ses paroles inquiétantes. La lourdeur de l’atmosphère nous étreint - on frisonne devant ces visions fantomatiques d’Agamemnon ou d’Iphigénie, dont les silhouettes se dessinent entre deux portes qui s’ouvrent et se ferment violemment, devant ces scènes où l’obscurité nous aveugle et où Électre apparaît, au comble de la souffrance, allongée comme une torturée, où elle crache sa haine à cette soeur qui l’a trahie, à cette mère qu’elle voudrait voir morte -, puis se dissipe grâce aux mouvements parfaitement chorégraphiés des robes des prostituées, au son des timbales d’opéra, d'une mandoline ou d'un youkoulélé, ou encore, aux danses d’un Monsieur Loyal (Laurent Clauwaert/ Simon Abkarian) savourant chaque acte de la tragédie qui est en train de se jouer. 

Coyright :Antoine Agoudjian

Mesdames et Messieurs, vous allez assister à ce qu’on appelle un spectacle total porté par vingt comédiens-danseurs-chanteurs époustouflants, des musiciens formidables capables de jouer sur la corde de nos émotions avec du rock et du blues, des costumes sublimes, un texte superbement écrit, résolument moderne et accessible.

Absolument jouissif !

Électre des bas-fonds, jusqu'au 3 novembre au Théâtre du Soleil, les mercredi, jeudi, vendredi à 19h30, le samedi à 15h et le dimanche à 13h30