RENCONTRE AVEC LA CHANTEUSE ANJAA
En juin dernier, Anjaa a sorti son premier EP, "Les météores", comme un maëlstrom de chansons pop indé entêtantes et envoutantes. Anjaa chante le mouvement psychique, les passages de l'ombre à la lumière et ça fait un bien fou à l'âme et au cœur.
On a échangé au cours de l'été en visio avec une des artistes qu'il faut absolument suivre dans la scène pop française actuelle. Retour en mots sur cette rencontre.
Anjaa : Je ne suis pas d'origine indienne, en fait, mes parents qui appartiennent à la dernière génération tres peace and love et très féru de bouddhisme et d'Inde, ont voulu m'appeler de ce nom, Anjaa, du nom de la maman du dieu de la loyauté .
Depuis toute petite jusqu’à ma jeune adolescence, mes parents m’ont emmenée à Goa plusieurs mois par an.
Mais tu sais, Goa, c'est pas vraiment la vraie Inde, c'est le seul état chrétien de l'Inde colonisé par les portuguais c'est pas hyper représentatif de l'Inde ..
Si bien sûr, ce qui est certain, en tout cas, c'est que l'empreinte que ca m'a laissé, c'est l'idée d'un chaos, qui ferait partie d'un grand tout, cela fait partie de la vie et on compose avec , tout est très intense. et c'est à vrai dire assez déconcertant pour un enfant de devoir jongler entre deux mondes si différents.
Je dirais aujourd’hui que c’est vraiment fondateur de ma sensibilité, de mon rapport au sacré, et de ma philosophie de vie.
On perd totalement notre référentiel
J'ai lu quelque part que les français développaient un syndrome très particulier en Inde, et développent parfois des crises de bouffée délirante la bas alors que d'autres font au contraire des crises quasi mystiques .. On l'a appelé le syndrome de Tokyo car il faut savoir que les japonais ont aussi ce syndrome là quand ils viennent en France c'est comme si tu perds tes racines et tu fais une compensation psychique .
Personnellement, j'ai ce sentiment d'avoir été pendant toute ma jeunesse dans une position de funambule avec la France , pays dans lequel j'avais une structure assez solide, et l'Inde ou j'avais une explosion de couleurs de repères , et tout cela fait que c'était pas forcément évident de se structurer.
Mais cet aspect indien en toi, pour toi il est plus présent dans la musique ou les textes ?
A vrai dire, j'ai l'impression que dans les deux, musique et textes, il y une ambivalence.consante.
Une façon de jongler entre chaos et beauté, ou la vulnérabilité peut enfin parler, mais c'est pas une opposition mais plutôt un mouvement circulaire, l'Inde circule la dedans dans toute cette dimension là...
Cette dimension là, elle est aussi présente dans toute sa direction artistique complète à travers l'image notamment dans tes clips ou tes photos, non?
Oui c'est certain, je voulais quelque chose de pas très net, de pas très clair, on peut parfois me dire que c'est une facon de me planquer, mais j'aime bien avoir quelque chose d'une symbolique forte à laquelle on puisse s'y accrocher ....
Initialement, je n'étais pas quelqu'un qui donnait une immense priorité à l’image mais avec les années, j’ai compris la force et la résonnance qu’elles peuvent avoir.
Concrètement, cet EP sorti le 20 juin vient d'où? Quelle est la génèse de ces morceaux?
Ce sont en fait des titres qui sont tous arrivés assez récemment .. Même si le temps dans la musique est quelque chose de vraiment relatif, un disque ne sort jamais au moment ou l'écrit et enregistre. évidemment (sourires) .
Disons que l'année dernière j'ai connu une dépression une crise existentielle assez importante...
Et quand j'ai commencé à en sortir j'ai fait une rencontre essentielle avec mon label French Parade qui m'a tendu la main, ils ont flashé sur le titre enfermé dans un corps, ce titre qui raconte justement ma dépression avec ces paroles imagées encouragent à oser l'inconnu, à s'affirmer malgré les obstacles.
Ensuite on a travaillé ensemble sur le titre " Invincibles", à chaque fois cela leur a vachement plu . Nous avons été mis en contact avec Marc Collin par Nicolas Santi Weil.
Je l’ai rencontré autour d’un café, place du Châtelet, près de son studio, pour parler de nos projets respectifs
On a eu un super feeling ensemble et on a commencé à travailler ensemble sur ce projet d'EP qui est venu somme toute tout naturellement ....
Trois phrases...Wouach, c'est dur ça comme exercice ? ( rires)
Allez, je me lance :
Lâcher prise de ces quelques chansons piochées dans l éternité…
Ces chansons disent toutes qui j’étais hier, et elles portent des promesses et des vœux pour demain .
Et puis dire aussi qu'elles sont nées de mélancolie et de joies et m’ont amené là ou je suis aujourd’hui.
C'est très variable, en fait, comme chez beaucoup d'artistes, certaines chansons naissent d’une mélodie, d’autres d’un message, d’un texte qui s’impose et serpente jusqu’à trouver ses notes, son placement émotionnel…
Je donne souvent rendez-vous à l’inspiration sur mon piano. Mais avant cela, j’ai besoin d’éprouver des choses : lire, observer le monde, les gens, parfois ne plus du tout écouter de musique, marcher, me perdre un peu…
Il y a un mix entre des choses très directes et d’autres plus conceptuelles ; ça jongle pas mal entre les deux. J’adore les métaphores cosmiques aussi..
C’est drôle, mais en y réfléchissant, je me dis que ce qui relie ces trois influences, c’est peut-être le brio caché sous une apparente nonchalance, une certaine simplicité.
Souchon, j'adore notamment ses tournures de phrases, le placement rocambolesque et si chantant de ses mots, sa nostalgie.
Le titre, ENFERMÉE DANS UN CORPS; par exemple, avec ses lyrics frontales, j'ai voulu la concevoir, comme une ritournelle à la française” un refrain aux airs de Souchon 2025..
Après je n'aime pas que ces gens là évidemment, chez les artistes émergents j'adore Yoa ou Johnny Jane par exemple..
Tu peux nous dire un mot sur deux titres marquants de l'EP, je pense d'abord SUR LES PLAGES DE PIXELS ?
Oui, au départ ce morceau devait s'appeler "des raisons , des réseaux" . Finalement on a choisi “Sur les plages de pixels”
Ce titre explore la solitude numérique, la quête d’amour à travers les écrans,
La mélodie j'ai voulu qu'elle balance aux rythmes d’une batterie intemporelle à la Teillier, elle dénonce la perte de soi dans un monde parallèle .
J'avais envie de parler de cette génération ultra connectée dont je fais partie qui reste profondément seule, qui donne tout d’elle-même dans l’espoir d’exister vraiment..
Et AMI AMOUR, qui ouvre l'EP et qui est sans doute mon préféré de l'EP ?
a fait ses débuts avec son premier single, "INVINCIBLE".
Crédit photo: Romane Léo Marsaud
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