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8 juin 2025

Interview de Pierre Guenard pour l album voltige

 Voltige, le deuxième album de Pierre Guénard a poussé le potard un peu plus loin vers le rock, avec une ambition fédératrice faite d’ouverture et d’énergie.

 

Les onze titres qui composent ce disque inclassable indiquent encore que Pierre a délaissé cette pression qu’il pouvait parfois ressentir au moment de créer.

Composé de onze titres, le successeur de Je n’ai plus peur de danser!!

 

Le premier album était introspectif, mais ce deuxième album est plus ambitieux, plus fédérateur, que ce soit dans les textes ou la musique. Qu'est-ce qui a motivé ce changement ?


C'est marrant parce que cette ambition-là, je l'avais déjà sur le premier, mais rétrospectivement... C'est pas que je n'ai pas réussi, mais les chansons ont dicté quelque chose de plus intimiste et introspectif. Le premier était un disque beaucoup plus "chanson". Et là, c'est vraiment un album de pop-rock, avec aussi un peu de variété. J'adore, et je crois qu'on a vraiment réussi. Il y a plein de titres qui correspondent vraiment à l'idée que j'avais en tête dès le début. Notamment un titre comme "Cinéma", car je le projetais avec ce son-là.

On sent  aussi une énergie très "jeune" dans cet album, alors que le premier album sonnait sans doute plus "adulte". Qu'est-ce qui a voulu ça ?


Pour le coup, c'est tout ce que j'écoute en ce moment. C'est beaucoup de très jeunes artistes. Donc c'est peut-être pour ça que ça se ressent.

En tout cas, il y a beaucoup de sourire, beaucoup d'énergie dans ce disque-là.

Et ça me plaît parce que même moi, quand je le réécoute, j'apprécie mon propre son. Je trouve ça chouette et on a réussi à avoir ce qu'on voulait. Je le trouve très flamboyant et ça me fait plaisir parce que c'est vraiment ce que je cherchais. Je rêve vraiment de tourner beaucoup sur scène parce que ça peut créer des moments de communion à cinq.

 

Ta carrière solo fonctionne-t-elle comme une remise à zéro pour toi  après Radio Elvis ?


C'est assez étonnant et contradictoire : ce n'est pas vraiment une remise à zéro artistique puisque je continue d'évoluer. Je ne peux pas effacer les deux albums avec Radio Elvis, je n'ai pas envie, et c'est quand même là que je suis né artistiquement.

Donc j'ai appris la première partie de ma vie avec eux, avec le groupe. Et maintenant, je le prends plus comme une évolution : je continue de chercher, de travailler l'écriture, la composition, d'essayer de toujours trouver la simplicité. Je travaille toujours à l'épure. J'ai l'impression que, depuis le début de Radio Elvis, je cherche à épurer.

Mais c'est un peu une remise à zéro parce que c'est ma première expérience en tant que chanteur, où je prends des musiciens différents à chaque fois et c'est quelque chose que je ne connaissais pas avant. J'étais habitué à répéter dans un garage, à se voir tous les jours, à jouer de 14 à 18 heures...

En gros c'était ça ma vie avant, donc ça fait bizarre, j'ai mis un peu temps à m'y habituer, mais je commence à apprendre une autre manière de travailler.

Et ça me plaît parce que ça veut dire qu'à chaque disque, selon la couleur que j'ai en tête, je peux aller directement choisir les personnes qui correspondent à ces couleurs là, sans essayer de me déguiser. Et c'est pour ça que j'ai adoré bosser avec Pierre Simon parce qu'il m'a tout de suite compris dans les sons que je cherchais et il savait les faire.

 

 


Sur le premier album, tu disais être passé du "nous" au "je". Cela se poursuit sur ce deuxième album. Est-ce plus simple ?


Le "je" c'est pas mal et c'est surtout là qu'il y a une différence aussi avec le premier disque. J'essaie de trouver un autre équilibre avec un tout petit peu plus de pudeur sur les choses.

Ça reste toujours moi, mais avec un peu plus de pudeur. Mais j'essaie de mettre plus d'universel dans les mots. C'est peut-être un peu moins "cru" que le premier disque. Sur le premier disque, il y avait plein de textes très crus, mais parce que c'était une période que j'ai vécu comme ça, que j'avais envie de raconter de cette façon.

Et même si ça reste un peu introspectif dans les paroles, parce que je parle de moi et j'essaie de me mettre à la place des gens, d'avoir des sujets qui me semblent universels, qui me semblent pouvoir toucher les gens. Je ne vis pas tout, c'est un travail de romancier quelque part aussi, car j'ai vraiment des histoires. Donc j'essaie de faire en sorte de me dire, tiens, il y a une chanson comme "La tête, le coeur", où je me dis que c'est un sujet intéressant à aborder.

Et là, ça l'est un peu moins. Il y a toujours de la facétie dans des chansons comme "Gain de temps, gain de place" ou "La tête, le coeur", où c'est finalement assez cash, mais il me semble qu'il y a un peu plus de distance et de pudeur. Et ça me plaît parce que ça me permet d'être encore plus concentré sur la musique à ces endroits-là.

 

A l'écoute de l'album, l'influence principale est évidemment celle de Bruce Springsteen . Pourquoi ?


C'est une musique que j'écoute. Il y a toujours des morceaux de Bruce Springsteen que j'ai adoré, mais j'ai découvert en détail sa musique il y a trois ans, au moment où je faisais mon premier album. Je ne sais pas pourquoi, tout d'un coup je suis rentré dans sa discographie. Pas tout, parce que c'est tellement prolifique !

Ce que j'ai vachement aimé chez lui, c'est qu'il sous-titre certains de ses morceaux ou de ses intervention sur scène. Je trouve que c'est un vrai geste envers le public. Il n'y a jamais de mépris de classe, il y a toujours cette volonté de parler à tout le monde. Je trouve que c'est très inclusif et ça fuit la posture du coup, ça fuit l'élitism

Je me méfie vachement du name dropping parce que j'ai pas envie de mettre en avant un truc que je ne suis pas. Je ne suis pas Bruce Springsteen, je le serai jamais parce que je suis autre chose, je suis Français. Il y a un truc qui m'a fait revenir à ces références-là. Quand j'étais petit j'aimais la musique, mais j'aimais la figure du chanteur. Je dis souvent que je ne suis pas musicien, moi je suis chanteur, c'est un peu différent.

C'est qu'il y a un statut dans le rôle du chanteur, et ce que j'aimais c'était de voir mes parents rêver sur un chanteur ou une chanteuse.

Mais je crois que, de toute façon, la manière dont on fait de la musique dit quelque chose de la manière dont on voit le monde. Je ne me considère pas comme un chanteur engagé parce que je ne porte pas de combat à l'intérieur de mes chansons ni dans ma communication.

Mais je crois que la manière dont je m'adresse aux gens et la manière dont je veux leur parler, là ça dit quelque chose de mon positionnement, de la manière de voir les choses politiquement et ma manière de voir le monde en fait. De ne pas faire de différence entre les gens et de vouloir parler à tout le monde, c'est quand même une démarche plutôt humaniste !

Et maintenant, je crois que j'ai envie de devenir ce chanteur qui fait rêver mes parents dans le sens où je veux être le chanteur que mes parents adoraient voir à la télé. Ce qui correspond à des musiques des années 90 qui ont bercé mon enfance, c'est pour ça que j'ai vachement écouté Bruce Springsteen, Jean-Jacques Goldman aussi. Ça me plait parce que c'est quelque chose qui me rassure.

 

 

Et puis il y a  chez eux un truc qui revient en ce moment  et qui semble évident sur ton disque, non?: c'est le live, l'organique, les guitares. ..

 

Chez moi, ça n'a jamais disparu mais il y a des modes... Et je crois que les gens ont envie de reprendre du plaisir, avoir des trucs organiques... Après, je n'ai pas envie de les mettre tout le temps en avant et peut-être que mon prochain disque sera de nouveau un peu "chanson française". J'essaie de concilier les deux.

C'est très vaste et puis il y a des trucs qui ne sont pas trop faits pour moi. Il y a des trucs qui ne passent pas trop sa génération à lui, je pense, qui ne passent pas trop les États-Unis non plus. Il y a des trucs qui sont très codés. Après, les fans te diront que ça reste trop bien. (Sourire)

Mais je suis allé le voir sur scène et ça, ça a été une vraie révélation, car je viens de là. J'avais beaucoup écouté ce genre de musique, comme Nick Cave, et je ressens le besoin qu'il y ait beaucoup d'instruments sur scène, que ce soit quelque chose de live et de très organique. Quelque chose de très tourné vers le public. Et pour moi, écouter Bruce c'est presque politique.

 

Justement, passer par ce premier album a permis de se libérer davantage pour le second ?


J'ai appris plein de choses avec le premier disque solo. J'ai fait évoluer ma voix, mon groove aussi. Je suis passé sur des grooves plus droits et plus pop, des rythmiques très resserrées. Et j'ai poussé encore un peu le curseur de ce point de vue là. J'avais tous mes rythmes de batterie en tête, je savais ce que je voulais à peu près tout le temps : des rythmiques assez proches avec de la caisse claire sur le "2" et le "4".

Ça correspondait à ce que j'écoute. Aussi, je voulais qu'il n'y ait pas beaucoup de ballades, une ou deux maximum, mais je suis content car ces deux ballades ont un côté flamboyant. Finalement, ce ne sont pas des ballades calmes. Et je suis content car quand on écoute le disque, j'ai l'impression que c'est une grosse boule d'énergie dès le premier titre. C'est pour ça qu'il n'y a pas d'intro et que ça commence direct par ma voix. J'aime bien ça car on ne s'y attend pas.

Et les retours que j'ai pour l'instant, c'est que ça donne envie de voir le live, et c'est ce que je voulais vraiment. C'est ce que j'ai dit à Pierre Simon quand je suis allé le voir : quand on écoute le disque, je veux qu'on se dise "Wow, c'est obligé, on doit le voir sur scène".

 

 

Vianney co-signe "Tant mieux", le premier single. Musicalement, qu'as-tu appris à ses côtés ?


Ça a été une vraie super rencontre : ça fait longtemps qu'on se croise et qu'on se côtoie un petit peu à l'occasion avec Vianney. J'ai adoré parce que ça a été vraiment un truc de simplicité et de lâcher prise, sans calcul. C'était trop bien, c'était deux jours où on est parti de zéro. Lui, il avait quand même cette grille d'accords qui tournait.

On a tout composé ensemble après. Et on ne s'est pas posé de questions. On n'a pas parlé de la musique. On a juste fait la chanson et on a trouvé ça bien. "C'est bien ? On garde. C'est pas bien, on ne garde pas", ce genre de choses. Il n'y avait pas de débat sur quoi que ce soit. Pas de prise de tête non plus, c'était vraiment très agréable.

C'est marrant parce qu'i y a quelques années, si on m'avait dit que j'allais faire une chanson à Vianney j'aurais surement rigolé et refusé, alors que finalement je trouve super naturel et logique en l'état actuel des choses, et tellement simple dans son procédé créatif.

Tu as sorti le roman "Zéro gloire" en 2022. Ecrire ce livre a-t-il eu une incidence sur l'écriture de tes chansons solos ?
Oui, parce que la forme longue m'a appris à faire court finalement. J'aime bien dire ça parce que je voulais absolument faire un roman court et concis. Et dans l'écriture, ce que j'aime, c'est la punchline. J'ai toujours eu ça, même avec Radio Elvis. J'ai toujours voulu faire des chansons dont on pouvait prendre des phrases et les mettre dans un autre contexte, des phrases fortes. Et donc dans le roman, j'ai vachement travaillé ça, à l'épure et à l'efficacité. À l'économie en fait. Et donc dans les chansons, je continue de faire ça. C'est vrai qu'il y a des phrases très très courtes et puis j'essaie de faire des images très cinématographiques pour pas qu'il y ait d'ambiguïté, qu'on ait tout de suite l'image sous les yeux. Dans les chansons, c'est un travail assez long et je le fais moins, mais j'essaie globalement de toujours continuer dans ce sens là. Le roman m'a aussi appris à me structurer ou en tout cas même me faire plus confiance dans l'écriture, à me sentir un peu plus légitime.

 

Légitime en quoi ?


J'ai un peu plus compris comment je fonctionnais, j'ai compris que c'était aussi du travail, que l'inspiration c'était pas juste attendre, et que c'était du travail d'écriture et de réécriture.

Et puis j'ai compris aussi que parfois on n'écrit pas toujours des choses bien, et que c'est normal. J'essaie d'être content quoiqu'il en soit.

Aussi avec le roman, j'ai retrouvé une certaine naïveté que j'avais perdu dans la musique. Avec les deux albums de Radio Elvis c'était devenu un travail aussi quelque part. Et avec le roman j'avais aucune ambition à travers ce roman-là, hormis celle de me faire plaisir et de créer quelque chose d'artistique. Ça a remis l'église au milieu du village, et ça me fait du bien.


Tu t'adresses à ta fille sur le dernier morceau "Toujours là". C'était important de le faire ?


Au début, ça se dessinait pas comme ça. Je voulais faire l'histoire d'un type pour qui le parcours artistique n'a pas abouti. Quelqu'un qui aurait joué toute sa vie devant des salles vides et qui aurait continué quand même.

C'est d'ailleurs ce qu'il dit dans la chanson : « Si jamais je ne suis pas applaudi, pourras-tu te souvenir de moi ? ». Il y a plein de gens pour qui ça restera, à vie, un loisir. Plein de gens qui chanteront dans leur chambre tout le temps, qui ne montreront jamais leurs chansons. Quand on créé une chanson, on a quand même envie que ce soit lu et que ça laisse une trace. Peut-être pas une trace mondiale mais au moins une petite trace, que quelqu'un le lise et que ça change la vie de quelqu'un pendant une seconde.

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