Notre journal de bord du Festival OFF Avignon 2025 : Jour 10
« Cabosse ou la particularité » est une pièce profondément touchante et d’une rare finesse, qui parle à tous les âges. Avec une salle composée à moitié d’enfants, le spectacle réussit à captiver un public intergénérationnel grâce à un texte magnifiquement écrit, poétique et riche en émotions, qui rappelle par son ton et sa portée le charme intemporel du « Petit Prince ».
L’histoire suit le parcours d’une enfant « cabossée », heureuse de son unicité et fière de ne pas se fondre dans la masse. Mais ses parents, par peur qu’elle souffre, souhaitent qu’elle devienne « normale », incognito.
Pour cela, elle subit une opération destinée à gommer ses différences. Pourtant, elle conserve en elle une lumière intérieure, cette part d’elle-même qui lui permet d’affronter le regard des autres.
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Avec le temps, l’innocence s’effrite. Les enfants deviennent parfois cruels, rejetant ce qui ne ressemble pas à la norme, et la société impose ses standards d’uniformité. Le personnage découvre alors la violence du jugement, la douleur du rejet et la difficulté de s’aimer face aux comparaisons incessantes. La petite voix intérieure se fait assassine et le bonheur semble s’éloigner.
Pourtant, cette pièce est avant tout une ode à l’acceptation de soi et des autres, un parcours initiatique vers la reconnaissance que nos différences — qu’elles soient physiques, mentales, sociales, ou liées à l’orientation sexuelle — sont une richesse inestimable. La singularité devient une force, et la perfection une source d’ennui.
« Cabosse » délivre une magnifique leçon de vie qui prône l’inclusion, l’amour de soi et la tolérance. Elle rappelle que, quelles que soient nos « cabosses », il y aura toujours des personnes capables de les aimer et de les chérir. Cette pièce mérite d’être vue, aimée, partagée et surtout célébrée, car elle fait entendre une voix précieuse dans un monde souvent trop normé. Vous allez forcément l’adorer.
Maxime Michallet
CORPS SAINTS – 13h25
Du 5 au 25 juillet, jours impairs
Compagnie : Les Affamés
Mise en scène : Gilles Droulez
Auteur⸱ices : Fanny Corbasson
Théâtre les étoiles
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Un vaudeville en mutation sous l’œil vigilant du politiquement correct
Dans Tabous et Bienséance, les acteurs nous plongent dans l’ambiance feutrée d’un cabinet d’avocats des années 50. On y retrouve les archétypes d’époque : un avocat autoritaire, une secrétaire soumise, des dialogues teintés de paternalisme et de sexisme ordinaire. Rien de nouveau — ou presque.
Très vite, l’intrigue dérape. Une première inspection gouvernementale impose un jeu “écologique” : plus de lumière, économie d’énergie oblige, les acteurs jouent désormais dans le noir… Mais ce mot aussi est interdit suite à une deuxième inspection gouvernementale, de l’inclusion cette foi : “noir”, forcément évocateur d’une époque coloniale, d’un imaginaire raciste, doit être supprimé du vocabulaire scénique. On parle alors de black, ou on ne dit plus rien du tout. Le spectateur rit, puis grince.
D’autres obligations : inclusion ethnique, neutralité de genre, éviction des mots trop connotés.
Suite à une troisième inspection pour la veille féministe et MeToo : la secrétaire refuse son rôle jugé stéréotypé, les dialogues sont réécrits, faire le café devient sexiste, les compliments deviennent micro-agressions. À chaque fois, le texte original est joué… mais vidé de sa substance.
Une mécanique absurde et implacable
La pièce devient peu à peu une farce kafkaïenne. Les comédiens, pour rester dans les clous de la nouvelle morale dominante, doivent tordre le sens, contourner le langage, effacer le contexte. La scène devient un champ de mines sémantiques où tout est potentiellement offensant, tout doit être corrigé, neutralisé, aseptisé.
Le résultat est vertigineux : ce qui était une comédie sociale devient une expérience absurde où le texte n’a plus aucun sens, où la forme écrase le fond. Et pourtant, les acteurs continuent, dociles, par peur d’être verbalisés, rejetés, ou — pire encore — lynchés sur les réseaux sociaux.
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Un miroir tendu à notre époque
Tabous et Bienséance n’attaque pas les combats légitimes pour l’égalité, l’inclusion ou l’écologie, mais interroge les excès qui les accompagnent parfois. Quand tout devient potentiellement offensant, quand le passé doit être purgé au lieu d’être compris, quand la peur de mal dire remplace le désir de bien faire, que reste-t-il de notre liberté d’expression ? De notre capacité à rire, à raconter, à transmettre ?
Le clin d’œil final — “après tout, la Chine et la Russie réussissent très bien à réécrire leur histoire” — achève de brouiller les lignes entre satire et dystopie.
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Conclusion : un théâtre lucide, inconfortable, nécessaire
Servie par une mise en scène volontairement sobre et des comédiens d’une grande justesse, Tabous et Bienséance déploie une critique subtile et percutante de notre époque. Une pièce courageuse qui ne cherche pas à choquer, mais à faire réfléchir : sur les lignes rouges qu’on franchit, parfois sans s’en rendre compte, au nom du progrès.
Maxime Michallet
Les étoiles – 16h
Du 21 au 26 juillet
Compagnie : La Caravane MJC
Mise en scène : Patrice Vachus
Auteur⸱ices : Emilie Usai
Maxime Michallet
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Buenos Aires. L'existence paisible de Daniella et Louis est brisée par l'irruption d'un visiteur aux questions insinuantes. Leur plus cher, leur plus ancien ami serait un criminel, leur dit-il. Face à de telles accusations, que peut-il demeurer de l'amitié ? Daniella et Louis vont devoir faire un choix entre croire, douter ou réfuter.
Dans ce huis clos glaçant, adaptation théâtrale par Philippe Forget de son roman Un tout dernier tango, les ressorts de la manipulation et de l'aveuglement face à sa propre loyauté sont mis à nu.
Chloé Froget, à la mise en scène, rend l’atmosphère policière et angoissante, avec le tango comme toile de fond, ajoutant un trouble à l'ensemble.
Car c'est bien le poison du doute le sujet principal de ce texte ou comment insidieusement, celui ci peut s'infiltrer sans même qu’on s’en rende compte.
Un peu long à se mettre en place, ce huis clos au décor plein d’ingéniosité monte en tension crescendo avant un dénouement très émouvant qui rabat les cartes sur tables.
Une intrigue plus complexe qu'attendue dans laquelle les personnages se déploient, incarnés avec brio par les 4 brillants comédiens.
Ariane Brousse est toute en émotion et grâce, Simon Larvaron est un séduisant Louis, Cyril Romoli passe de l’humilité à la détermination, et Philipp Weissert est énigmatique à souhait !
UN SOUPÇON D’AMITIÉ, d’après « Un tout dernier Tango » de Philippe Froget, mise en scène par Chloé Froget. Avec Ariane Brousse, Simon Lavaron, Cyril Romoli et Philipp Weissert.
Au Théâtre Actuel à 17h40 et le 18 juin au Mois Molière. Relâches les mardis (durée 1h30).
Rédacteur : Philippe HUGOT
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