Baz'art  : Des films, des livres...
30 août 2025

🎓  Rentrée Littéraire 2025- Les derniers jours de l'apesanteur : Fab(rice) Caro revisite ses années lycées

 La fin de l’année scolaire 1990 touche bientôt à sa fin, et Daniel va passer son bac. Avec ses amis Marc et Justin, ils vivent ce qu’ils devinent être une période qui bientôt ne sera plus - l’insouciance heureuse des années lycée et tous ces petits moments où l’on a l’impression de jouer sa vie tous les jours dans la cour de récré et forme un trio de perdants magnifiques : échecs avec les filles, résultats tout juste moyens, plans vaseux sur la comète…

Daniel, qui ne se remet pas de sa rupture avec Cathy, qu'il avait embrassée pour la première fois lors d'une boum, au son de Say You, Say Me, de Lionel Richie, va un peu sans le vouloir, donne des cours particuliers à une jeune élève de troisième, Béatrice Rigaux, mais le résultat va vite  s'avérer catastrophique :  la fille est fade et mutique, la mère lui empoigne la tête pour la frotter entre ses seins. 

Nous baignions tous dans un état de dépression larvée, naviguant entre ces deux eaux paradoxales que constituaient la meilleure période de notre vie en même temps que la pire. Les mois de Schrödinger. 

L’enceinte du lycée un jour de bac ressemblait à s’y méprendre à la cour d’un asile psychiatrique.

Les derniers mois de l’année avaient été bizarres, un temps suspendu entre euphorie et anxiété lourde.

 

Même si dans l'imaginaire collectif, on l'identifie encore bien plus comme un auteur de BD, depuis l'incroyable succès de Zaï zaï zaï zaï,   "Les Derniers Jours de l'apesanteur" est mine de rien le septième roman de Fabrice Caro

Dans ce dernier, sorti depuis la mi août, notre Fabcaro national se souvient de l'année scolaire 1989/1990, quand il était en terminale  et se sert de cette année charnière pour raconter les tribulations d’une bande de copains dans cette année de tous les possibles.

Mini-drames et vraies tragédies se succèdent, tout autant que les noms d'élèves qui se bousculent en un gigantesque « name-dropping à la manière d'une chanson de Vincent Delerm, première époque 

Ce récit nostalgique mais pas amer est un enchantement pour les quinquas d'aujourd'hui en tout cas ceux qui conservent un souvenir ému des playlists enregistrés sur cassettes, des boums  des Chiffres et des Lettres, de la filmographie et discographie des années 1980, de Retour vers le futur 2 a quelque chose dans mon coeur d'Elsa, en passant par Nick Kamen ou bien  encore l'incontournable  Cercle des poètes disparus.

 

 

Il ne se passe pas grand-chose  dans « Les derniers jours de l'apesanteur » à la part la description tellement juste de ces moments qui s’étirent malgré eux, et qui font peu à peu prendre conscience d’un temps qui se termine et qui ne reviendra pas.

Comme toujours avec Fabrice Caro, c’est léger, c’est drôle, c’est absurde.

Tout est  léger en apparence et en même temps tellement spirituel tant Fabrice Caro mêle  avec maestria observations sur une époque révolue et humour décapant,  parvenant même à nous faire rire avec un enterrement.

 

Fabrice Caro s’est toujours pris d'une grande affection pour les bras cassés sociaux ; une figure emblématique de son univers dans lequel l’auteur peut insérer à loisir ses propres questionnements, angoisses et plaisirs et dans lesquels le lecteur pourra aisément se retrouver.  

Avec un sens de la formule qui convoque nos zygomatiques,  ce roman fait un bien fou, en cette fin d’été , juste avant d'attaquer la rentrée et ses soucis en tous genres.


Les Derniers Jours de l'apesanteur, par Fabrice Caro. Gallimard, 217 p., 20 €.

Valérie Berger et Nicolas Morin avaient eu une aventure l'année précédente, durant deux mois. Pendant cette période, on les voyait souvent assis sur un banc de la cour, ayant l'air de ne rien avoir à se dire, lui son bras autour de ses épaules, rigolant avec ses copains à sa gauche, elle discutant avec ses copines à sa droite. À dix-sept heures, à la sortie des cours, il lui roulait une pelle expéditive devant le portail du lycée et chacun s'en allait prendre son bus. L'amour de sa vie.

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